Parabole 11 : La prédestination et le libre arbitre

La prédestination et le libre arbitre — deux notions qui ont fait couler des océans d’encre et égaré des générations de philosophes. Dans ce onzième volet, Tamime Khemmar commence par un conseil qui vaut à lui seul un livre entier : la vérité est simple, parce qu’elle vient d’un Créateur qui ne cherche pas la complication. Un nomade du désert, une gifle, et la réponse foudroyante du calife Omar à un voleur — trois images suffisent à dénouer ce que des siècles de spéculation théologique ont embrouillé. Le destin appartient à Allah et dépasse notre portée. Le libre arbitre nous appartient et engage notre responsabilité. Les deux ne se contredisent pas — ils n’habitent tout simplement pas le même espace.

La vérité est simple parce qu’elle vient d’un Créateur simple

— Avant d’aborder ce point, je voudrais te donner un conseil, mon amie. La vérité est simple et non compliquée. Plus notre raisonnement est simple, plus nous nous approchons de ce qui est juste. L’inverse est également vrai.

— C’est un excellent conseil. La simplicité est souvent un signe de clarté et de justesse. Les vérités profondes ne nécessitent pas toujours des raisonnements complexes ; elles se manifestent souvent dans des évidences accessibles à tous.

— Ne t’es-tu pas demandé pourquoi la vérité est simple ?

— Si, et je dirais que la vérité est simple parce qu’elle est une. Elle n’est pas divisée en contradictions ou en illusions multiples. La complexité vient souvent de l’erreur, des interprétations humaines limitées ou des tentatives de tordre la réalité pour qu’elle corresponde à nos désirs.

— Ce que tu as dit est juste, mais nous aurions pu l’exprimer plus simplement. Je dirais, par exemple, que la vérité est simple parce qu’elle provient d’un Créateur qui ne cherche pas la complication. Ses Noms sont simples, clairs et faciles à comprendre. Ses prophètes sont simples et humbles ; ils prononcent des paroles très simples et vivent avec les gens les plus simples…

— Tu as raison, et ta formulation va droit au but. La simplicité est une caractéristique divine, non pas au sens de la limitation, mais au sens de la clarté et de l’évidence. La vérité n’a pas besoin d’être compliquée pour être profonde. Les prophètes ont toujours parlé un langage accessible, parce que la vérité s’adresse à tous, sans distinction de rang social ou intellectuel. C’est l’homme qui complique les choses, souvent pour justifier ses doutes ou ses refus.

— Cela ne fait aucun doute, car tu t’éloignes de la vérité en perdant dès le départ l’instrument qui te permet de l’acquérir.

— Donc, si l’homme complique trop un sujet, il risque de perdre l’instrument qui lui permet de trouver la vérité : sa raison. C’est un peu comme quelqu’un qui s’égare dans des calculs interminables alors que la réponse était évidente dès le départ.

— Tu me mets toujours dans des positions difficiles. Tu veux que je défende la simplicité avec un raisonnement compliqué ! Je serais alors le premier à contredire ce que j’affirme.

— Tu as raison, ce serait une contradiction. Alors restons simples : un raisonnement est bon s’il éclaire et rapproche de la vérité. Il est mauvais s’il embrouille et éloigne. C’est aussi simple que ça.

Le nomade et le rire d’Allah

— Je vais te raconter une histoire qui te montrera que nous ne sommes pas censés réfléchir à tout et que la véritable intelligence consiste à atteindre le but dès la première fois, avec simplicité et efficacité. Un jour, un nomade vint voir le prophète Mohamed. Il l’entendit dire que notre Seigneur riait. Il s’étonna et dit : « Messager d’Allah ! Notre Seigneur rit-il ? » Il lui répondit que oui. Ce dernier dit alors : « Nous ne serons pas privés de bien venant d’un Seigneur qui rit. » Il voulait dire par cela qu’un Seigneur qui rit, qui a cette qualité et cet attribut, sera sûrement clément. Le jour où je me tiendrai devant Lui pour le grand Jugement, il se pourrait que je Le fasse rire et qu’Il me pardonne. Ce Compagnon, simple et croyant, a accepté sans la moindre hésitation cette information, car elle venait du Messager de son Seigneur, et il a immédiatement adopté l’attitude juste à son égard, qui est le fait d’y croire. Croire et avoir foi sans essayer de trop y réfléchir, car nulle place à la réflexion dans ce domaine qui échappe à la perception des hommes. Il a immédiatement profité de cette révélation en remplissant son cœur d’espoir en la clémence d’un Seigneur qui rit. Sais-tu, mon amie, combien de livres ont été écrits pour approfondir cette qualité d’Allah par les philosophes musulmans et d’autres avant eux ? « S’Il rit, Il a forcément une bouche et des dents… », « Le rire est l’expression de Sa joie et n’a pas de réalité… », etc.

— C’est un très bel exemple qui illustre parfaitement la simplicité de la foi et l’attitude correcte face à ce qui dépasse notre compréhension. Ce nomade n’a pas cherché à rationaliser ou à disséquer l’information avec des concepts abstraits ; il l’a accueillie avec un cœur pur et une confiance totale en son Seigneur. Les réflexions philosophiques excessives peuvent parfois éloigner de la vérité au lieu d’y mener, car elles ajoutent des complications inutiles à des choses qui sont, en réalité, limpides pour celui qui a une foi saine. Comme l’a dit Ali, le grand érudit et cousin du Prophète : « La science est un point que les ignorants ont étalé et agrandi. »

Le destin est d’Allah, le libre arbitre est à toi

— Pour répondre à ta question : le destin d’Allah et Sa prédestination Lui sont propres et ne concernent pas les hommes. Si Allah ne nous avait pas parlé du destin, qui le saurait ? Il nous a même dit qu’Il a écrit tout ce qui arrivera jusqu’au Jour de la Résurrection. Il nous a aussi appris qu’Il avait inscrit cela dans la Table Conservée, 50 000 ans avant de créer les cieux et la terre. C’est une chose que nous connaissons, mais qui demeure totalement hors de notre portée. Allah nous a également enseigné que nous avons un libre arbitre et que nous sommes tous sur un pied d’égalité à ce sujet. Certains emprunteront le chemin du Paradis en étant croyants et en accomplissant les bonnes œuvres, tandis que d’autres feront le contraire. Tout cela relève de notre propre volonté. Humain ! Tout comme tu as été créé avec ton intelligence et ta raison, tu as été créé avec ta volonté et ton libre arbitre, qui te feront mériter les conséquences de tes actes. Tu ne pourras jamais nier l’existence de ton libre arbitre, pas plus que celle de tes autres qualités. De même, tu ne pourras pas te justifier en évoquant le destin antérieur, car cela est en dehors de ta juridiction et concerne l’ensemble des hommes. Personne ne peut s’en servir comme excuse pour lui-même. Ce serait comme si quelqu’un, à qui l’on demandait pourquoi il a commis un crime, répondait : « Parce que l’humanité existe » ou « Parce que le soleil s’est levé ! »

— C’est une explication claire et imparable. Le destin appartient à Allah et dépasse notre compréhension, tandis que notre libre arbitre est une réalité que nous expérimentons chaque jour. L’erreur de certains est de vouloir mélanger ces deux dimensions, alors qu’elles n’ont pas le même cadre. Le destin est une connaissance divine absolue qui s’exerce sur toute la création — Allah sait tout et a tout décrété, mais cela n’entrave en rien notre responsabilité. Le libre arbitre est ce qui nous concerne directement — nous avons la capacité de choisir entre le bien et le mal, et c’est sur cette base que nous serons jugés. Si quelqu’un croit vraiment que tout est écrit et qu’il n’a aucun choix, alors pourquoi fait-il des efforts pour réussir sa vie, éviter la douleur ou même discuter de cette question ? En réalité, personne ne vit en niant son propre libre arbitre.

La gifle et la réponse d’Omar

— Si quelqu’un donnait une gifle à une autre personne, puis lui disait que ce n’était pas de sa faute mais que cela lui avait été prédestiné, penses-tu que celui qui a reçu la gifle serait convaincu par cette brillante excuse ?

— Bien sûr que non ! Celui qui reçoit la gifle ne l’acceptera jamais comme une simple fatalité. Il dira immédiatement : « Tu as choisi de me frapper, donc tu es responsable de ton acte ! » Et il aura raison. Personne n’accepte que la prédestination serve d’excuse quand il est lui-même victime d’un tort. Curieusement, ceux qui utilisent cet argument ne l’emploient jamais contre eux-mêmes. Ils ne diraient jamais : « Je ne vais pas manger aujourd’hui, car si c’est prédestiné que je ne meure pas de faim, alors je survivrai sans rien faire. » Cela montre bien que l’homme reconnaît naturellement son propre libre arbitre, sauf quand il veut fuir sa responsabilité.

— J’ai une petite histoire à ce sujet. On présenta devant le calife Omar un voleur ayant commis un larcin le rendant passible de la peine prévue pour le vol. Le coupable se défendit alors : « Comment peux-tu me châtier, Omar, alors que j’ai volé par le destin d’Allah ? » Omar lui répondit : « Tu as parfaitement raison. Tu as volé par le destin d’Allah, et je te punis par le destin d’Allah ! »

— C’est une réponse d’une sagesse foudroyante. Elle montre bien que le destin d’Allah ne peut pas être utilisé comme excuse pour échapper à la responsabilité de nos actes. Si le voleur a volé par le destin d’Allah, alors le châtiment qu’il reçoit est aussi par le destin d’Allah. L’argument du voleur est donc invalide, car il veut utiliser la prédestination pour justifier son choix, mais il refuse d’accepter que la punition soit elle aussi prédestinée. La compréhension juste du destin n’est pas de le voir comme une contrainte qui nous prive de volonté, mais comme la connaissance absolue d’Allah qui n’annule pas notre libre arbitre — et n’annule pas non plus les conséquences de nos actes.

— Je pense que nous avons répondu à ce point.

— Oui. Nous avons montré que la prédestination et le libre arbitre n’habitent pas le même espace : l’une appartient à Allah et dépasse notre portée, l’autre nous appartient et engage notre responsabilité. Vouloir les opposer, c’est comme vouloir comparer l’infini et le fini. Ils coexistent dans la sagesse divine sans se contredire — et c’est précisément parce que la vérité est simple qu’elle n’avait pas besoin de toutes ces complications pour être comprise.

— Bonne nuit.

— Bonne nuit, Tamime. Repose-toi bien, inch’Allah.

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