5. Ribâ an-nasî’a : le ribâ des dettes et des prêts

La législation islamique a posé des règles précises pour protéger le musulman du ribâ (l’usure) dans toutes ses formes. La première et la plus répandue à notre époque est le ribâ an-nasî’a — le ribâ du report — qui se manifeste dans les prêts et les dettes. C’est la forme que l’on retrouve aujourd’hui dans les emprunts bancaires, les crédits à la consommation et les prêts entre particuliers assortis d’intérêts. Comprendre cette forme avec précision est une obligation pour tout musulman qui veut préserver ses transactions de ce péché gravissime que le Prophète — que l’éloge d’Allâh et Son salut soient sur lui — a classé parmi les sept péchés destructeurs.

Ribâ an-nasî’a : définition et formes

Le ribâ an-nasî’a se divise en deux parties distinctes selon le moment où l’augmentation est introduite dans le contrat.

Première forme : l’augmentation en échange du report du paiement

Sa forme : un homme emprunte une somme d’argent ou une marchandise commerciale qu’il doit rembourser après un délai précis. Lorsque le moment du remboursement arrive et que l’emprunteur est dans l’incapacité de payer, le choix lui est donné d’augmenter la dette en échange d’un report du terme de paiement.

Exemples

— Un homme emprunte dix mille dinars, à rembourser au créancier après six mois. À l’échéance, on lui propose soit de payer sa dette, soit de l’augmenter — qui devient par exemple douze mille dinars — en échange d’un report de huit mois supplémentaires.

— Un créancier vend une montre contre cent siwâk à remettre après trois mois. Si l’emprunteur est en retard et que le créancier lui augmente la quantité de siwâk — même d’un seul — en échange d’un allongement du délai, c’est un ribâ des dettes.

— Un homme emprunte deux chameaux à rembourser après une année. À l’échéance, n’étant pas en mesure de le faire, le créancier lui ajoute deux chameaux supplémentaires — portant le total à quatre — et reporte le remboursement d’une année supplémentaire. Ils sont tombés dans le ribâ (l’usure). Il en est de même pour deux moutons, deux mesures de nourriture ou tout autre prêt, qu’il s’agisse d’argent, de devises, de marchandises ou d’autre chose.

Tout prêt qui arrive à échéance et qui est différé en échange d’une augmentation — même infime — est un ribâ (l’usure) sans équivoque. Certaines personnes parmi le commun des gens pensent que le ribâ ne concerne que le doublement du prêt ou davantage, et que la légère augmentation n’en fait pas partie. Or, tout surplus sur le montant du prêt est un ribâ (l’usure), fût-ce 1% ou même la moitié de cela.

Cela ne se limite pas à l’augmentation du bien : tout profit lié à cette transaction est concerné. S’il dit : « À condition que tu me transportes en voiture à tel endroit, ou que tu règles telle transaction, ou que tu me rendes tel service », il est tombé dans le ribâ (l’usure).

Deuxième forme : l’augmentation stipulée dès le début du prêt

Sa forme : un homme emprunte une somme d’argent et s’engage à rembourser le capital après une période convenue, avec une augmentation stipulée dès le début du contrat — soit en la payant intégralement à l’échéance, soit en versant mensuellement une partie de cette augmentation, le capital de la dette restant intact jusqu’au terme convenu. C’est ce qu’on appelle aujourd’hui dans les banques : accorder un prêt pour une durée avec intérêts annuels ou mensuels, comme (7%) ou (3,5%).

Exemples

— Un homme emprunte cinq mille dinars et s’engage à rembourser sept mille dinars après un an.

— Un homme emprunte vingt mille dinars à une banque, à rembourser au bout de deux ans, à condition qu’il verse un intérêt mensuel de cent dinars — soit (0,5%) du montant total. L’emprunteur devra rembourser les vingt mille dinars à l’issue des deux ans.

Les preuves de l’interdiction

Allâh, élevé soit-Il, a dit, (S : 3/V : 130) :

[Vous qui avez eu la foi ! Ne mangez pas le ribâ (l’usure) des profits multipliés de nombreuses fois. Craignez donc Allâh afin que vous réussissiez. (130)]

Et Il a dit, élevé soit-Il, (S : 2/V : 278-279) :

[Vous qui avez eu la foi ! Craignez Allâh et abandonnez ce qui reste comme ribâ (usure) si vous êtes croyants. (278) Si vous ne le faites pas, préparez-vous à une guerre de la part d’Allâh et de Son Messager. Mais si vous vous repentez, vos capitaux vous appartiendront. Vous ne léserez personne et personne ne vous lésera. (279)]

Le ribâ change de nom mais non de nature

Ce type de ribâ a changé de nom à notre époque. On l’appelle désormais « intérêts », ou « frais », ou « étude de faisabilité » des projets pour lesquels le prêteur accordera son financement. Si une augmentation survient — que tu donnes au prêteur pour ce qu’il a versé, même un montant infime tel que dix dinars pour un prêt de dix millions — ceci est un ribâ (l’usure), et changer son nom n’y changera rien devant Allâh.

Car Allâh, élevé soit-Il, juge les réalités et non les apparences. L’emballage juridique ou commercial que l’on donne à une transaction usurière ne la rend pas licite. Ce qui compte est la substance du contrat : si une somme d’argent est prêtée et qu’un surplus est exigé en retour — quelle qu’en soit la dénomination — le ribâ est là, avec toutes les conséquences que le Coran et la Sunna lui ont attachées. Demandons à Allâh de nous préserver de ce péché et de nous accorder des transactions bénies dans la vie d’ici-bas et dans la vie dernière.

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