Derrière l’une des plus grandes références islamiques du XXe siècle se tenait une mère d’une piété et d’un dévouement exceptionnels. Veuve alors que son fils n’avait que trois ans, elle prit seule en charge son éducation dans des conditions difficiles, l’encourageant à mémoriser le Coran, à fréquenter les mosquées et les cercles de science, et ce malgré le froid, la boue et toutes les épreuves. Lorsque son fils perdit progressivement la vue à l’âge de seize ans, elle ne désespéra pas, mais intensifia ses invocations avec une insistance que le Seigneur des mondes exauça d’une manière qui dépassa toutes les espérances : son fils aveugle devint le savant le plus clairvoyant de sa génération. Elle encourageait aussi sa générosité envers les étudiants en sciences religieuses, cousant leurs vêtements et partageant avec eux le repas du foyer. Le responsable du bureau de son Éminence résuma son rôle en ces mots : « L’attention totale qu’elle lui portait, sa vigilance et ses invocations furent les clés qui lui permirent d’acquérir son savoir. »
Un orphelin de trois ans sous la protection d’une mère pieuse
Son Éminence le Shaykh Ibn Bâz naquit à Riyad le 12/12/1330 de l’Hégire. Alors qu’il n’avait que trois ans, son père décéda. Il grandit ainsi orphelin, sous la protection de sa pieuse mère.
Le Shaykh Muhammad ibn Ahmad ibn Sa’îd — qui était l’aîné de son Éminence d’environ dix ans — racontait que, dans sa petite enfance, les autres enfants s’éloignaient de lui et ne le fréquentaient pas. Sa mère, pleine de compassion, prenait grand soin de lui, le lavait elle-même et multipliait énormément les invocations en sa faveur.
C’est ainsi que son Éminence débuta sa vie dans des conditions difficiles. Ses deux frères, Ibrahim et Muhammad, s’occupaient des affaires de la maison et de leur vertueuse mère.
La mémorisation du Coran : une mère qui veille et qui pousse
C’est elle qui, alors qu’il avait environ dix ans, le poussa à mémoriser le Coran et à étudier les sciences religieuses. Il entra à l’école coranique (kuttâb) du Shaykh ‘Abdullâh ibn Nâsir ibn Mufayrij — qu’Allâh lui fasse miséricorde — (1267-1350H). Il acheva sa mémorisation précocement grâce à l’attention constante de sa mère. Elle veillait sur lui avec ferveur, l’attendant à son retour de la mosquée et l’encourageant sans cesse à assister aux cours. On raconte qu’un jour de pluie torrentielle, il fut le seul élève à se présenter au cours !
Une générosité précoce encouragée par une mère clairvoyante
Outre les nobles caractères et la générosité dont il était naturellement doté depuis son enfance, sa mère l’encourageait activement à faire le bien. On rapporte qu’au début de ses études, il s’efforçait d’aider chaque nouvel étudiant arrivant à Riyad ; il s’asseyait avec lui, le rassurait et l’aidait, car il savait ce que signifiait être étranger. Il lui arrivait même de l’emmener chez lui pour le déjeuner ou le dîner. Il demandait alors à sa mère de donner son propre repas à l’invité. Lorsqu’elle lui répondait : « Nous n’avons rien d’autre que cela », il rétorquait : « C’est un étudiant en sciences religieuses, il est dans le besoin et étranger ici ; nous devons lui faire aimer la science. »
Sa mère, ayant décelé cette générosité profondément ancrée en lui, se mit à l’encourager et à l’aider à fournir tout ce dont les étudiants avaient besoin : de la nourriture à partager ou la couture de leurs vêtements. Car l’étranger éloigné des siens a besoin de certaines attentions qui lui sont chères.
Le responsable du bureau de son Éminence mentionne dans son livre « Al-Qawl al-Wajîz » : « Sa mère a eu un immense mérite dans l’éducation de son Éminence. L’attention totale qu’elle lui portait, sa vigilance et ses invocations furent les clés qui lui permirent d’acquérir son savoir. »
La perte de la vue : une épreuve, une invocation et une clairvoyance sans pareille
À l’âge de seize ans, sa vue commença à baisser progressivement jusqu’à ce qu’il la perde totalement au début de l’année 1350 de l’Hégire. Sa mère en fut profondément affligée.
Le Shaykh ‘Abdul’azîz ibn Nâsir ibn Bâz rapporte d’après le doyen Sa’d ibn ‘Abdulmuhsin ibn Bâz : « La mère du Shaykh ‘Abdul’azîz avait une pieuse voisine. Lorsque ses deux yeux furent atteints, cela fut très dur pour sa mère. Cette voisine lui dit alors : « Ne t’afflige pas, mais invoque Allâh pour que, après la perte de sa vue, Il lui accorde en échange la clairvoyance (al-basîra). » Sa mère se mit alors à invoquer Allâh avec une grande insistance. »
Il se peut que les invocations de cette mère compatissante aient été exaucées en faveur de ce jeune et faible orphelin, car il devint le savant de la nation et le rénovateur (mujaddid) de son époque. Que nul ne perde espoir dans le pouvoir de l’invocation.
Une enfance consacrée à la science malgré le froid et les épreuves
Le Shaykh a continué, tout au long de sa vie, à évoquer le mérite de sa mère. Dans ses conférences, il mentionnait comment elle le poussait à prier à la mosquée malgré son jeune âge, l’attendant à la porte malgré le froid, la boue et l’absence d’électricité à l’époque. Il assistait ensuite aux cours des savants à la mosquée. Il arrivait parfois que le Shaykh du cercle ne trouve que lui, car la plupart des prieurs étaient rentrés chez eux à cause du froid. Le Shaykh demandait : « Y a-t-il quelqu’un ? » et le petit ‘Abdul’azîz répondait : « C’est moi, ‘Abdul’azîz. » Le Shaykh lui disait alors : « Tu suffis, – ‘Abdul’azîz ! – Que la bénédiction soit sur toi. », et il lui enseignait alors les fondements de la croyance (al-‘aqîda).
Lorsqu’on interrogeait son Éminence sur son enfance, il disait : « Quant à mon enfance, je ne m’en souviens pas précisément, sauf lorsque je m’appliquais à fréquenter les gens de science, à lire le Coran et à étudier ce qui est nécessaire concernant les sciences de la religion. »
Des funérailles grandioses pour un savant exceptionnel
Son Éminence le Shaykh ‘Abdul’azîz ibn Bâz s’éteignit en l’an 1420 de l’Hégire. La prière funéraire fut accomplie au Haram de La Mecque en présence de près d’un million de personnes. Ce furent des funérailles grandioses et la nation fut plongée dans la tristesse par son départ. Qu’Allâh lui fasse miséricorde, lui pardonne et l’élève en degré. Qu’Il le récompense pour ce qu’il a offert à la nation, et qu’Il récompense sa mère de la meilleure des récompenses.

