Le récit d’Oum Soulaym nous est rapporté par Anas, compagnon du Prophète ﷺ, et relate un épisode poignant de la vie de sa mère, Oum Soulaym, et de son mari, Abou Talha, tous deux parmi les premiers croyants. Cet épisode illustre la patience, la foi et la résilience d’Oum Soulaym face à l’épreuve.
Le décès du fils et la réaction d’Oum Soulaym
L’histoire commence par la maladie de leur enfant, et alors qu’Abou Talha était sorti, l’enfant succomba. Oum Soulaym, dans une grande maîtrise de ses émotions et par souci de préserver la tranquillité de son mari, décida de ne pas l’informer immédiatement du décès.
Lorsqu’Abou Talha rentra et demanda des nouvelles de son fils, elle répondit avec des mots apaisants, disant que l’enfant était « le plus serein qu’il ait jamais été ». Elle prépara le dîner pour son mari, puis se para pour lui, avant de lui révéler la triste nouvelle d’une manière très douce et subtile.
Oum Soulaym employa une métaphore pour lui faire comprendre la situation : elle demanda ce qu’il penserait de quelqu’un qui aurait prêté quelque chose et qui réclamerait son bien. Abou Talha répondit qu’il serait juste de rendre ce qui avait été prêté, alors elle lui annonça que leur fils avait été rappelé par Allah.
La bénédiction du Prophète ﷺ
Abou Talha fit preuve de patience et se rendit auprès du Prophète ﷺ pour lui faire part de la tristesse qu’il ressentait face à la situation. Il souligna que sa femme, Oum Soulaym, semblait rester calme et ne montrait pas de signes extérieurs de tristesse. Il se demandait comment une telle situation pouvait être vécue.
Le Prophète ﷺ, en entendant cette plainte, a réagi avec sagesse et a félicité Oum Soulaym pour sa foi, montrant par là l’exemple de la patience et de la confiance en Allah face aux épreuves de la vie.
Touché par la foi et la résilience de ce couple, il ﷺ invoqua la bénédiction d’Allah sur eux. Peu de temps après, Oum Soulaym tomba enceinte et donna naissance à un garçon, qu’ils appelèrent Abdallah.
Le Prophète ﷺ prit soin de lui en lui donnant sa première bouchée, appelée « tahnik », et le bénit. Plus tard, on rapporta qu’Abdullah eut neuf fils, tous pieux et mémorisateurs du Coran, comme un signe de la bénédiction invoquée par le Prophète ﷺ.
Les enseignements et leçons à en tirer
Dans le commentaire de ce hadith, Cheikh Ibn Baz a mis en lumière plusieurs aspects essentiels de ce récit :
1. La patience et l’endurance : Oum Soulaym incarne la patience devant la perte, une vertu indispensable en Islam. Cette patience lui a permis de maintenir une certaine harmonie familiale malgré la douleur, et de respecter les convenances pour informer son époux de manière sage et mesurée.
2. Le rôle de la foi dans les épreuves : Oum Soulaym a perçu son enfant comme une « amânah » (dépôt) confiée par Allah et a su accepter le rappel de cette amânah. Le croyant est invité à faire preuve de patience et à se soumettre au décret divin en toute situation.
3. Le concept du tahnik : En Islam, le tahnik (mettre un aliment doux dans la bouche du nouveau-né) est une tradition prophétique pour les nouveaux-nés. Le cheikh précise que bien que cela ait été accompli par le Prophète ﷺ lui-même pour Abdallah, il est recommandé aux parents de le faire en utilisant une datte, un aliment noble et traditionnel.
4. La gestion des émotions : Le Prophète ﷺ enseigne qu’être fort ne signifie pas maîtriser les autres, mais savoir contrôler sa propre colère et ses réactions émotionnelles. La maîtrise de soi dans les moments de colère ou de chagrin est valorisée en Islam, car elle protège contre des paroles ou actions que l’on pourrait regretter.
Ce récit et son commentaire nous rappellent donc que la patience et la maîtrise de soi sont essentielles dans les moments de perte et de deuil. Le croyant doit se souvenir que tout ce qui est donné par Allah peut être repris, et qu’il est primordial de réagir à l’épreuve avec calme et soumission, en cherchant la bénédiction et l’agrément divin.
Ainsi, la réaction d’Oum Soulaym et la bénédiction accordée par le Prophète ﷺ montrent que la patience est une qualité récompensée par des bénédictions immenses, non seulement pour l’individu, mais aussi pour sa descendance et ses proches.