La Forteresse de Lumière — Les secrets que les sorciers ne veulent pas que tu connaisses —2/9

Les boucliers 3, 4 et 5 : patience, confiance et liberté du cœur

Le soleil de l’après-midi commençait à descendre doucement derrière les arbres. Youssouf et Karim étaient toujours assis aux pieds de grand-père Ibrahim, sous l’olivier. Ils ne pensaient plus du tout au film des Maîtres des Ombres.

— Grand-père Ibrahim, dit Youssouf, tu nous as parlé de deux boucliers. Il en reste huit. On continue ?

Le vieil homme sourit. — On continue.

Bouclier N°3 — La patience face à l’ennemi

— Imaginons, dit grand-père Ibrahim, que quelqu’un te jalouse. Il te veut du mal. Il dit du mal de toi. Il essaie de te blesser. Que fais-tu ?

— Je me bats ! dit Karim sans hésiter.

— Et si je te disais qu’il y a une arme bien plus redoutable que les poings ?

Karim fronça les sourcils. — Laquelle ?

— La patience.

Un grand savant de l’islam, Ibn Al-Qayyim, a dit quelque chose d’extraordinaire. Il a dit que la jalousie de l’ennemi est comme des flèches qu’il lance dans ta direction. Mais si tu es patient — si tu continues à vivre normalement, à prier, à aller à l’école, à sourire — ces flèches font demi-tour et reviennent frapper celui qui les a lancées.

Allah l’a dit dans Son Livre :

(Cependant, la ruse perfide ne cerne que ses propres auteurs.) — Sourate Fatir : 43

— Alors que faire quand quelqu’un te jalouse ou te fait du mal ? Continue à vivre normalement. Accomplis tes prières, va à l’école, joue avec tes amis. Ne laisse pas la jalousie de l’autre empoisonner ta joie.

Grand-père Ibrahim prit une brindille et la tint entre ses doigts.

— La jalousie, dit-il, est comme un feu. Si elle ne trouve pas de combustible chez toi — si tu ne te mets pas en colère, si tu ne pleures pas, si tu ne t’effondres pas — elle brûle celui qui l’a allumée.

Karim regarda la brindille, pensif. — Donc plus je suis calme, plus mon ennemi souffre lui-même ?

— Exactement. La patience est une victoire silencieuse.

Bouclier N°4 — Compter sur Allah (tawakkul)

— Le quatrième bouclier, c’est le tawakkul, dit grand-père Ibrahim. Cela signifie : mettre toute sa confiance en Allah — tout en faisant sa part du travail.

— Un exemple ! demanda Youssouf.

— Bien sûr. Tu as un examen demain. Le tawakkul, c’est réviser sérieusement — faire ta part — puis dire du fond du cœur : Ya Allah, je compte sur Toi pour le reste. Pas : je ne révise pas et j’espère qu’Allah fera tout à ma place. Non. C’est agir, puis faire confiance.

Grand-père Ibrahim se pencha vers les garçons, les yeux brillants.

— Je vais vous raconter l’histoire du tawakkul le plus extraordinaire de toute l’histoire humaine. C’est l’histoire de Musa — Moïse — que le salut soit sur lui.

Musa et son peuple fuyaient Pharaon et son immense armée. Devant eux : la mer. Derrière eux : des milliers de soldats armés jusqu’aux dents. Impossible d’avancer, impossible de reculer. Le peuple criait de terreur : nous allons mourir !

Et Musa — le salut soit sur lui — dit ces mots qui résument tout :

(Jamais ! Mon Seigneur est avec moi. Il me guidera.) — Sourate Ash-Shu’ara : 62

— Et qu’est-ce qui s’est passé ? demanda Karim, la bouche ouverte.

— Allah fendit la mer. En deux. Musa et tout son peuple passèrent à pied sec. Et l’armée de Pharaon fut engloutie. Voilà ce que fait le tawakkul.

Et le Prophète Muhammad ﷺ a dit :

« Si toute la nation se réunissait pour te nuire, elle ne pourrait te faire que ce qu’Allah t’a prédestiné. Les calames sont levés et les feuilles sont sèches. »

— Donc, dit Youssouf lentement, même si tous mes ennemis se réunissaient contre moi…

— Ils ne pourraient rien faire sans la permission d’Allah. Et si Allah ne le permet pas, personne au monde ne peut te faire de mal. Personne.

Bouclier N°5 — Ne pas laisser le cœur s’obséder

— Le cinquième bouclier, dit grand-père Ibrahim, est peut-être le plus surprenant. C’est : ne pas trop penser au mal qu’on t’a fait.

— Comment ça ? s’étonna Youssouf.

— Ibn Al-Qayyim a remarqué quelque chose de très important : beaucoup de gens voient leur tristesse et leur maladie s’aggraver non pas à cause du mal qu’on leur a fait, mais à cause de l’obsession qu’ils en ont. Ils pensent sans arrêt : qui m’a jeté ce mauvais œil ? qui m’a ensorcelé ? qui me veut du mal ? Et cette obsession les rend malades bien plus que le sort lui-même.

Grand-père Ibrahim se leva et ramassa un caillou.

— Imagine qu’un homme dans la rue commence à t’insulter. Si tu t’arrêtes et lui réponds, la situation empire. Mais si tu continues ton chemin sans même le regarder, tu gardes ta paix — et lui reste seul avec sa rage et son péché.

Il posa le caillou par terre.

— Le cinquième bouclier, c’est donc : occupe ton cœur d’Allah. Occupe-toi de tes devoirs, de ta famille, de tes amis, de tes bonnes actions. Le mal que tu ne regardes pas perd de sa force. La jalousie sans combustible s’éteint d’elle-même.

Karim éclata de rire. — Donc la meilleure façon de vaincre quelqu’un qui me veut du mal… c’est de l’ignorer et de vivre heureux ?

— Tu as tout compris ! dit grand-père Ibrahim en riant lui aussi.

Ce que tu dois retenir aujourd’hui

Youssouf compta sur ses doigts :

— Bouclier 3 : la patience — les flèches de l’ennemi reviennent sur lui. Bouclier 4 : le tawakkul — compter sur Allah en faisant ma part. Bouclier 5 : ne pas laisser mon cœur s’obséder — continuer à vivre et à sourire.

— Bravo, dit grand-père Ibrahim. Et remarque une chose magnifique : ces trois boucliers ne coûtent rien. Ils ne nécessitent aucune formule magique, aucun objet mystérieux, aucun sorcier. Ils viennent du cœur — et le cœur, Allah l’a créé pour être fort.

Dans le prochain article, grand-père Ibrahim dévoilera les boucliers 6, 7 et 8 — dont le secret du cœur indestructible et la puissance cachée de la générosité.

À suivre…

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