Parmi les histoires les plus saisissantes de l’éducation islamique figure celle de la mère de Rabî’a Ar-Ra’y, le shaykh de l’imam Mâlik. Son mari était parti en expédition militaire alors qu’elle portait encore son fils dans son ventre, et il ne revint que vingt-sept ans plus tard. Seule, sans soutien, avec pour tout capital une somme de trente mille dinars que son époux lui avait laissée, elle prit la décision la plus noble et la plus clairvoyante qu’une mère puisse prendre : elle consacra chaque dirham de cet argent à l’éducation de son fils. Lorsque son mari rentra et vit leur fils présider l’un des plus grands cercles de science de Médine, entouré des plus éminents savants de l’époque, il lui demanda si elle préférait les trente mille dinars ou ce qu’elle avait sous les yeux. Sa réponse fut celle d’une femme qui avait toujours su ce qu’elle faisait : elle avait tout dépensé. Et lui, ébloui, ne put que s’exclamer : « Par Allâh ! Tu ne l’as point gaspillé ! »
Un père parti à la guerre, une mère seule face à l’avenir
Parmi ces mères illustres figure la mère de Rabî’a ibn Abî ‘Abdirrahmân At-Taymî, Abû ‘Uthmân Al-Madanî, plus connu sous le nom de Rabî’a Al-Ra’y, qui fut le Shaykh de l’imam Mâlik.
Son époux, Farrukh, partit avec les armées vers le Khorasan à l’époque des Omeyyades, alors que Rabî’a n’était encore qu’un fœtus dans le ventre de sa mère. Elle se retrouva donc seule pour assurer sa croissance, son éducation et son instruction. Farrukh lui avait laissé la somme de trente mille dinars.
Vingt-sept ans plus tard : un père découvre un imam
Lorsqu’il revint, vingt-sept ans plus tard, il entra dans la mosquée de Médine et aperçut un cercle de science impressionnant. Il s’en approcha et l’observa ; il y vit Mâlik, Al-Hasan ainsi que les notables de Médine. Lorsqu’il demanda qui présidait ce cercle, on lui répondit : « C’est Rabî’a ibn Abî ‘Abdirrahmân » (son propre fils).
Trente mille dinars consacrés à la science : le plus beau des investissements
Il retourna alors chez lui et dit à son épouse : « J’ai vu ton fils dans une position que je n’ai vue chez aucun des gens de science et de fiqh. » Elle lui demanda alors : « Lequel préfères-tu : les trente mille dinars ou l’état dans lequel il se trouve ? ». Il répondit : « Par Allâh ! Je préfère cela ! ». Elle lui dit alors : « J’ai dépensé tout l’argent pour lui. » Il dit alors : « Par Allâh ! Tu ne l’as point gaspillé ! »
Rabî’a mourut — qu’Allâh lui fasse miséricorde — en l’an 136 de l’Hégire, selon l’avis le plus authentique.

