La Forteresse de Lumière 5/9 Les trois premières épées — S’armer pour chaque jour

Le lendemain matin, le soleil venait à peine de se lever. Youssouf, Karim et Maryam étaient déjà dans le jardin, assis sous l’olivier. Ils avaient chacun apporté un petit carnet.

Grand-père Ibrahim arriva avec un plateau de dattes et un verre de lait. Il s’assit en souriant.

— Vous êtes là de bonne heure, mes enfants !

— On n’a pas pu dormir ! dit Karim. Tu nous avais promis les épées !

— Les épées, dit grand-père Ibrahim en posant le plateau. Les boucliers protègent le cœur de l’intérieur. Mais les épées, elles, repoussent l’ennemi de l’extérieur. Ce sont des paroles, des invocations, des habitudes quotidiennes. Simples. Gratuites. Et redoutables.

Il prit une datte et continua.

— Un guerrier sans bouclier ni épée est vulnérable. Mais celui qui a les deux — les dix boucliers et les dix épées — est une forteresse vivante que Shaytan et ses alliés ne peuvent pas franchir.

Épée N°1 — L’invocation du matin et du soir contre Shaytan

— La première épée, dit grand-père Ibrahim, est une invocation que le Prophète ﷺ a enseignée à son meilleur ami, Abou Bakr As-Siddiq. Un matin, Abou Bakr lui dit : « Messager d’Allah, apprends-moi quelque chose que je réciterai le matin et le soir. » Et le Prophète ﷺ lui apprit :

« Ô Allah, Toi qui connais le caché et l’apparent, Créateur des Cieux et de la Terre, Seigneur de toute chose et son Possesseur, je témoigne qu’il n’y a de divinité digne d’adoration que Toi. J’invoque Ta protection contre le mal de mon âme, contre le mal de Shaytan et son association, et contre que je commette un méfait contre moi-même ou que je le cause à un musulman. »

— Cette invocation, dit grand-père Ibrahim, est comme une armure que tu enfiles chaque matin. Elle te protège toute la journée. Et le soir, tu la remets avant de dormir.

Maryam écrivait soigneusement dans son carnet. — Et si on ne la connaît pas encore par cœur ?

— Tu l’apprends progressivement. Une phrase par jour. En une semaine, tu la sauras. Et tu la réciteras toute ta vie.

Épée N°2 — Les trois sourates protectrices

— La deuxième épée, continua grand-père Ibrahim, ce sont les trois mu’awwidhat — les trois sourates qui protègent : Al-Ikhlâs, Al-Falaq et An-Nas.

Il regarda Karim avec un sourire.

— Tu te souviens d’Al-Falaq et An-Nas du premier bouclier ?

— Oui ! dit Karim fièrement.

— Ici, on y ajoute Al-Ikhlâs — Qul Huwa Allâhu Ahad — et on les récite trois fois le matin et trois fois le soir. Le Prophète ﷺ a dit à l’un de ses Compagnons :

« Dis Al-Ikhlâs et les deux mu’awwidhat le soir et le matin, trois fois — elles te suffiront contre toute chose. »

— Contre toute chose ! répéta Youssouf. Ça veut dire contre la sorcellerie aussi ?

— Contre tout. La sorcellerie, le mauvais œil, la jalousie, les shayatin. Tout. Et le Prophète ﷺ a dit à un autre Compagnon :

« Je vais t’apprendre des sourates qui ne furent révélées ni dans la Torah ni dans l’Évangile, et il n’y a pas dans le Coran comme elles. Ne passe surtout aucune nuit sans les réciter. »

Karim referma son carnet d’un coup sec. — Ça, c’est une épée !

Épée N°3 — Ayat Al-Kursi avant de dormir

Grand-père Ibrahim prit une datte, la regarda un instant, puis dit :

— La troisième épée est peut-être la plus célèbre. C’est Ayat Al-Kursi — le verset du Trône. Le plus grand verset du Coran.

Il se racla la gorge et récita doucement :

« Allâhu lâ ilâha illâ Huwa-l-Hayyu-l-Qayyûm… »

— Je vais vous raconter une histoire extraordinaire qui prouve la puissance de ce verset. Une nuit, Abou Hurayra — l’un des plus grands Compagnons du Prophète ﷺ — gardait la zakat du Ramadan. Soudain, une créature s’approcha et commença à prendre de la nourriture. Abou Hurayra la saisit et lui dit : « Je vais te conduire au Messager d’Allah ! »

La créature supplia : « Laisse-moi ! Je suis pauvre et j’ai une famille. Je ne reviendrai plus. » Abou Hurayra la laissa partir. Mais le lendemain, elle revint. Et le surlendemain encore. La troisième fois, la créature dit :

« Laisse-moi te montrer quelque chose qui te sera utile. Quand tu vas te coucher, récite Ayat Al-Kursi. Allah t’enverra alors un protecteur et Shaytan ne t’approchera pas jusqu’au matin. »

Le lendemain, Abou Hurayra raconta tout au Prophète ﷺ. Et le Prophète ﷺ dit :

« Il t’a dit la vérité — et c’est un grand menteur. C’était Shaytan. »

Un silence stupéfait tomba sous l’olivier.

— Shaytan lui-même ! dit Maryam, les yeux écarquillés. Il a été obligé de dire la vérité !

— Oui. Parce qu’il savait qu’Abou Hurayra allait le conduire au Prophète ﷺ. Alors il lui a enseigné cette protection pour être libéré. Voilà la puissance d’Ayat Al-Kursi.

Grand-père Ibrahim regarda les trois enfants avec tendresse.

— Alors ce soir — et tous les soirs de votre vie — avant de fermer les yeux, récitez Ayat Al-Kursi. Allah vous enverra un ange gardien. Et Shaytan ne pourra pas vous approcher jusqu’au matin.

Ce que tu dois retenir aujourd’hui

Youssouf lut ce qu’il avait écrit dans son carnet :

— Épée 1 : l’invocation du matin et du soir — l’armure quotidienne. Épée 2 : Al-Ikhlâs, Al-Falaq et An-Nas trois fois le matin et trois fois le soir — suffisantes contre toute chose. Épée 3 : Ayat Al-Kursi avant de dormir — un ange gardien toute la nuit.

— Parfait, dit grand-père Ibrahim. Et remarque quelque chose de merveilleux : ces trois épées ne prennent que quelques minutes par jour. Quelques minutes le matin. Quelques minutes le soir. Quelques secondes avant de dormir. C’est tout ce qu’il faut pour être protégé.

Karim rangea son carnet dans sa poche avec un sourire satisfait. — Shaytan n’a vraiment aucune chance !

Grand-père Ibrahim rit doucement. — Aucune. À condition de ne pas oublier.

Dans le prochain article, grand-père Ibrahim révèle les épées 4, 5 et 6 — dont une formule que le Prophète ﷺ a reçue directement du trésor du Trône d’Allah.

À suivre…

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