Le ribâ (l’usure) 1 : définition, mise en garde coranique et exégèse

Toute la louange est à Allâh qui a dit dans Son noble Livre, (S : 2/V : 278) :

[Vous qui avez eu la foi ! Craignez Allâh et abandonnez ce qui reste comme ribâ (usure) si vous êtes croyants.]

Que l’éloge d’Allâh et Son salut soient sur le meilleur des Prophètes et Messagers, notre Prophète Muhammad, qui nous mit en garde contre le ribâ (l’usure) et nous montra ses conséquences dans la vie d’ici-bas et dans la vie dernière. Il dit ainsi : « Éloignez-vous des sept péchés destructeurs ! », et mentionna parmi ceux-ci : « et manger le ribâ ». [Rapporté par Al-Bukhârî (2766) et Muslim (89).]

Il dit (que l’éloge d’Allâh et Son salut soient sur lui) : « Il existe soixante-treize types de ribâ (usure), dont le moins grave est pareil à un homme qui commet l’acte sexuel avec sa propre mère. » [Rapporté par Al-Hâkim (2259) et jugé sahîh par Al-Albânî dans « Sahîh at-Targhîb wa at-Tarhîb » (1851).]

Il dit (que l’éloge d’Allâh et Son salut soient sur lui) : « Si l’adultère et le ribâ (l’usure) apparaissent dans une cité, ils ont alors encouru contre eux-mêmes le châtiment d’Allâh. » [Rapporté par Al-Hâkim (2261) et jugé hasan par Al-Albânî dans « Sahîh at-Targhîb wa at-Tarhîb » (1859).]

Il maudit, (que l’éloge d’Allâh et Son salut soient sur lui), celui qui mange le ribâ (l’usure), celui qui le donne, son écrivain et ses deux témoins, et il dit : « Ils sont pareils ». [Rapporté par Muslim (1598).]

Ce que l’on comprend de Sa parole, élevé soit-Il, (S : 2/V : 278) :

[et abandonnez ce qui reste comme ribâ (usure) si vous êtes croyants]

est que l’une des exigences de la foi est le fait d’abandonner le ribâ (l’usure), et que la foi et le ribâ (l’usure) ne peuvent se réunir dans le cœur d’un musulman.

Allâh, élevé soit-Il, a dit, (S : 3/V : 130-131) :

[Vous qui avez eu la foi ! Ne mangez pas le ribâ (l’usure) des profits multipliés de nombreuses fois. Craignez donc Allâh afin que vous réussissiez. (130) Craignez donc l’Enfer qui a été préparé pour les mécréants. (131)]

Il fut rapporté au sujet d’Abû Hanîfa qu’il disait : « C’est le verset le plus effrayant du Coran, car Allâh a promis aux croyants le Feu préparé pour les mécréants s’ils ne Le craignaient pas. » [Voir : « ‘Umdat Al-Qârî » (11/200).]

La législation islamique (shar’) ne se limita pas à énoncer uniquement l’interdiction du ribâ (l’usure) : Allâh, élevé soit-Il, menaça ceux qui n’y renoncent point de leur faire la guerre, disant, (S : 2/V : 279) :

[Si vous ne le faites pas, préparez-vous à une guerre de la part d’Allâh et de Son Messager. Mais si vous vous repentez, vos capitaux vous appartiendront. Vous ne léserez personne et personne ne vous lésera.]

Cet avertissement conduisit de nombreux savants à l’utiliser comme preuve que le ribâ (l’usure) est l’un des plus grands péchés gravissimes (kabâ’ir) — qu’Allâh nous en préserve. Au point que l’Imam de la demeure de la Hijra [Médine], Mâlik, déclara : « J’ai parcouru le Livre d’Allâh et la Sunna de Son Prophète et je n’ai rien vu de pire que le ribâ (l’usure). » [Voir : « Tafsîr Al-Qurtubî » (3/364).]

Définition du ribâ

Le sens linguistique du ribâ

Le mot « ribâ » signifie dans la langue : l’augmentation, la croissance et l’élévation. On dit de quelque chose « rabâ » ou « yarboû » s’il augmente. Rabwah ou roubwa désigne le lieu élevé ; rabâ al-râbiya signifie qu’il s’éleva au-dessus de la colline.

On emploie également : rabâ, yarboû — nom verbal : rabwan, ribâ’an — pour exprimer l’augmentation et l’accroissement. Allâh, élevé soit-Il, dit dans la glorieuse révélation, (S : 2/V : 276) :

[et yourbî (fait fructifier) les aumônes]

Le terme désigne aussi le fait de prendre le ribâ prohibé. Allâh, élevé soit-Il, dit, (S : 30/V : 39) :

[Tout bien en surplus que vous accorderez afin que vos biens augmentent en étant chez les gens, cela n’augmentera point auprès d’Allâh.]

Et dans la Sunna : « Personne ne donne l’aumône d’un tayyib (bon et halâl) — et Allâh n’accepte que le tayyib — sans qu’Ar-Rahmân (Le Miséricordieux) le prenne de Sa main droite, même si c’est une datte. Elle augmentera dans la paume d’Ar-Rahmân (Le Miséricordieux) jusqu’à ce qu’elle soit plus grande que la montagne, comme l’un de vous élève son poulain ou sa petite chamelle. »

Le sens terminologique du ribâ en droit islamique

Les savants — qu’Allâh leur fasse miséricorde — mentionnèrent dans leurs ouvrages de nombreuses définitions du ribâ selon la terminologie de la charia. En voici les plus importantes :

— Un nom désignant un surplus sur le bien initial, sans vente.

— Un contrat concernant une contrepartie spécifique dont la similitude n’est pas connue selon la norme de la charia lors du contrat, ou bien avec un retard des deux contreparties, ou de l’une d’elles.

— Un surplus de bien sans contrepartie, lors de l’échange d’un bien contre un autre bien.

— Tout surplus n’ayant pas de contrepartie.

La mise en garde coranique contre le ribâ et l’exégèse des versets

Les versets de Sourate Al-Baqarah et leur exégèse

[Ceux qui mangent le ribâ (l’usure) ne se lèveront que comme se lève le fou qui est étranglé par le Chaytân (le Diable). Ceci est dû au fait qu’ils ont dit : « La vente est pareille au ribâ. » Or, Allâh a permis la vente et a prohibé le ribâ. Celui à qui est parvenue une exhortation de son Rabb (Seigneur) puis, a cessé, ce qu’il a acquis auparavant lui appartient, et son sort ne concerne qu’Allâh. Par contre, celui qui y revient, ceux-là sont les habitants de l’Enfer où ils demeureront éternellement. (275) Allâh fait disparaître le profit du ribâ et fait fructifier les aumônes. Allâh n’aime pas tout mécréant pécheur. (276) Ceux qui ont eu la foi, ont accompli les bonnes œuvres, ont accompli la salât et se sont acquittés de la zakât auront, certes, leur récompense auprès de leur Rabb (Seigneur), n’auront aucune crainte ni ne seront tristes. (277) Vous qui avez eu la foi ! Craignez Allâh et abandonnez ce qui reste comme ribâ (usure) si vous êtes croyants. (278) Si vous ne le faites pas, préparez-vous à une guerre de la part d’Allâh et de Son Messager. Mais si vous vous repentez, vos capitaux vous appartiendront. Vous ne léserez personne et personne ne vous lésera. (279) S’il est en difficulté, patientez jusqu’à ce qu’une aisance survienne. Seulement, accorder la charité est meilleur pour vous, si vous saviez ! (280) Craignez donc un Jour où vous reviendrez à Allâh, puis, chaque personne sera rétribuée selon son œuvre et personne ne sera lésé. (281)]

L’exégèse de l’Imam Ibn Kathîr — qu’Allâh lui fasse miséricorde

L’Imam Ibn Kathîr — qu’Allâh lui fasse miséricorde — dit dans son exégèse :

« Lorsqu’Il — élevé soit-Il — mentionna les justes qui s’acquittent de leurs dépenses, donnent la zakât, font la faveur d’être bienfaisants envers les démunis et les proches et entretiennent leurs relations avec eux en toutes circonstances et à tout moment, Il se mit à citer ceux qui mangent le ribâ (l’usure) et les biens des gens par de faux moyens et toutes sortes d’ambiguïtés. Il raconta leur état le jour où ils sortiront de leurs tombes et en seront ressuscités, le Jour de la résurrection. Il dit alors : [Ceux qui mangent le ribâ (l’usure) ne se lèveront que comme se lève le fou qui est étranglé par le Chaytân (le Diable).] C’est-à-dire : ils ne se lèveront de leurs tombes, le Jour de la Résurrection, que comme l’épileptique se lève lorsqu’il est frappé par l’épilepsie et que Satan l’étrangle, car il se lève d’une affreuse manière. »

Concernant Sa Parole : [Ceci est dû au fait qu’ils ont dit : « La vente est pareille au ribâ. » Or, Allâh a permis la vente et a prohibé le ribâ,] Ibn Kathîr explique que ceux qui pratiquaient le ribâ ne l’ont rendu licite qu’en raison de leur objection contre les décisions d’Allâh dans Sa loi. Car ils ont dit : « La vente est pareille au ribâ » — c’est-à-dire son semblable — s’insurgeant ainsi contre la distinction divine. Or Allâh est Al-Hakîm (L’Immensément Sage), Al-‘Alîm (L’Infiniment Savant), dont nul ne peut contester la décision, et Il n’est pas interrogé sur ce qu’Il fait alors que eux le sont. C’est Lui qui connaît la vérité des choses et les intérêts qu’elles renferment : ce qui est profitable à Ses serviteurs, Il le leur rend licite, et ce qui leur est nuisible, Il le leur rend illicite.

Concernant [Celui à qui est parvenue une exhortation de son Rabb (Seigneur) puis, a cessé, ce qu’il a acquis auparavant lui appartient,] Ibn Kathîr précise que quiconque est informé de l’interdiction du ribâ et s’arrête de le pratiquer bénéficie de ce qu’il a acquis lors des transactions antérieures, conformément à Sa Parole (S : 5/V : 95) : [Allâh a pardonné ce qui fut commis par le passé.] C’est ainsi que le Prophète — que l’éloge d’Allâh et Son salut soient sur lui — déclara le jour de la conquête de La Mecque : « Tout ribâ (usure) acquis lors de la Jâhiliyya (la période d’ignorance préislamique) est placé sous mes deux pieds, et le premier ribâ que j’annule est le ribâ d’Al-‘Abbâs. »

Quant à [Par contre, celui qui y revient, ceux-là sont les habitants de l’Enfer où ils demeureront éternellement,] cela vise celui qui revient au ribâ après que l’interdiction divine lui est parvenue : la preuve est établie contre lui et il mérite le châtiment.

Concernant [Allâh fait disparaître le profit du ribâ et fait fructifier les aumônes,] Allâh, élevé soit-Il, nous apprend qu’Il éradiquera le ribâ — soit en l’enlevant complètement des mains de son propriétaire, soit en privant ce dernier de la bénédiction de sa richesse — tandis qu’Il multiplie, augmente et développe les aumônes. Et Sa Parole [Allâh n’aime pas tout ingrat pécheur] désigne celui qui est ingrat du cœur, pécheur par ses paroles et ses actes. L’usurier, en effet, n’est pas satisfait du bien licite qu’Allâh lui a accordé ; il cherche à dévorer injustement les biens des gens, ingrat envers la bénédiction reçue.

Commentant l’injonction [Vous qui avez eu la foi ! Craignez Allâh et abandonnez ce qui reste comme ribâ (usure)] et la menace [Si vous ne le faites pas, préparez-vous à une guerre de la part d’Allâh et de Son Messager,] Ibn Kathîr rapporte qu’Ibn Jourayj cita Ibn ‘Abbâs — qu’Allâh agrée : « [préparez-vous à une guerre] signifie : soyez certains d’une guerre de la part d’Allâh et de Son Messager. »

Il précise encore, à propos de [S’il est en difficulté, patientez jusqu’à ce qu’une aisance survienne,] qu’Allâh ordonne la patience envers l’insolvable dans l’incapacité de remboursement — à l’opposé des gens de l’époque préislamique qui disaient à leur emprunteur lorsque l’échéance arrivait : « soit tu rembourses, soit tourbî (tu acceptes le ribâ) ». Puis Il incita à l’exemption en disant : [Seulement, accorder la charité est meilleur pour vous,] c’est-à-dire que vous abandonniez complètement le capital et en exonériez l’emprunteur.

Ibn Kathîr conclut en commentant [Craignez donc un Jour où vous reviendrez à Allâh, puis, chaque personne sera rétribuée selon son œuvre et personne ne sera lésé,] en rappelant la disparition du monde d’ici-bas et l’anéantissement de ce qu’il contient, l’avènement de la vie dernière, le retour à Allâh et Sa rétribution juste pour chaque acte. »  (Fin de ses paroles — qu’Allâh lui fasse miséricorde.)

Réflexion sur ces nobles versets

Pureté à Allâh ! Quelle réprimande et quelle menace sont plus grandes pour le cœur vivant, certain de la promesse et de la menace d’Allâh, que ces paroles : [Allâh n’aime pas tout mécréant pécheur] ? Qui est prêt à vivre dans le mécontentement d’Allâh et détesté de Lui ? Quelle terre pourrait porter et quel ciel pourrait couvrir de son ombre celui qui commet ce qui l’expose à cette menace claire et à ce grand avertissement — sans semblables dans leur dureté dans le Livre d’Allâh — exprimés par Sa Parole : [préparez-vous à une guerre de la part d’Allâh et de Son Messager] ?

Comment le musulman peut-il employer la grâce qu’Allâh lui a accordée — celle des biens — en faisant d’elle un moyen l’exposant à une guerre contre Allâh et Son Messager ? Est-il raisonnable pour un croyant, à qui Allâh a donné l’esprit qui distingue ce qui est nuisible de ce qui est bénéfique, d’oser vivre un seul instant en guerre contre Allâh et Son Messager ? Sachant que la mort survient soudainement, et que le jugement sévère du Jour de la rétribution l’attend.

C’est pour cela qu’Il dit, élevé soit-Il, à la fin de ces versets : [Craignez donc un Jour où vous reviendrez à Allâh, puis, chaque personne sera rétribuée selon son œuvre et personne ne sera lésé.] Car la justice d’Allâh, élevé soit-Il, veut qu’Il ne punisse aucun homme, sauf celui qui accepte cela pour lui-même en commettant ce qu’Allâh a interdit.

Regarde ceux qui ont adhéré aux commandements et à la loi d’Allâh. Il dit à leur sujet, (S : 2/V : 62) :

[Certes ceux qui ont eu la foi (les musulmans), ceux qui hâdoû (les juifs), les nasârâ (les chrétiens), les sâbi’în (les sabéens), quiconque parmi ceux-là a eu la foi en Allâh et au Jour dernier et a accompli les bonnes actions, sa récompense sera auprès de son Rabb (Seigneur) et il n’aura aucune crainte ni ne sera triste.]

Une personne rationnelle choisirait-elle de vivre comme eux, dans la sérénité de la parole d’Allâh [et il n’aura aucune crainte ni ne sera triste,] ou choisirait-elle de passer sa vie en guerre contre Allâh et Son Messager ? Pureté à Allâh contre le fait que celui qui s’allie à Lui soit triste ou ait une crainte, et que celui qui Le combat profite de la sérénité !

Les versets de Sourate ‘Âl-‘Imrân et leur exégèse

Allâh, élevé soit-Il, dit, (S : 3/V : 130-132) :

[Vous qui avez eu la foi ! Ne mangez pas le ribâ (l’usure) des profits multipliés de nombreuses fois. Craignez donc Allâh afin que vous réussissiez. (130) Craignez donc l’Enfer qui a été préparé pour les mécréants. (131) Obéissez à Allâh et au Messager afin que l’on vous fasse miséricorde. (132)]

L’exégèse de l’Imam ‘Abdurrahmân As-Sa’dî — qu’Allâh lui fasse miséricorde

Le savantissime ‘Abdurrahmân As-Sa’dî — qu’Allâh lui fasse miséricorde — dit dans son exégèse :

« Ces nobles versets comprennent des commandements et des vertus du bien qu’Allâh a ordonnés, auxquels Il a incité et dont Il a évoqué la récompense pour ceux qui les accomplissent, ainsi que des interdictions qu’Il a incité à délaisser.

Il leur interdit de manger le ribâ (l’usure) des profits multipliés de nombreuses fois — pratique à laquelle les gens de l’époque préislamique étaient habitués, ainsi que ceux qui ne se soucient guère des prescriptions de la charia. Lorsque l’échéance de la dette d’une personne insolvable arrivait et qu’elle n’acquittait rien, ils disaient : « soit tu rembourses la dette que tu dois, soit nous augmentons le délai et nous augmentons ce que tu dois ». Le pauvre se voyait alors dans l’obligation d’accepter pour repousser son créancier, et ce qu’il devait augmentait ainsi, multiplié de façon exponentielle, sans bénéfice ni utilité.

Sa Parole [des profits multipliés de nombreuses fois] met en avant la gravité de son caractère odieux en raison de son grand nombre, et montre la sagesse de son interdiction. Car Allâh n’a interdit le ribâ (l’usure) qu’à cause de l’injustice qu’il entraîne : Il a rendu obligatoire la patience envers la personne insolvable, sans rien ajouter de plus sur sa dette. L’obliger à rembourser davantage est une injustice multipliée.

C’est pour cela qu’Il dit : [Craignez donc Allâh afin que vous réussissiez. (130) Craignez donc l’Enfer qui a été préparé pour les mécréants.] Car tous les péchés — en particulier les péchés gravissimes — conduisent à la mécréance. S’en éloigner sauve de l’Enfer et protège de la colère du Seigneur. Et les actions de bienfaisance et d’obéissance font mériter la satisfaction d’Ar-Rahmân (Le Miséricordieux), l’entrée au Paradis et l’obtention de la miséricorde. C’est pour cela qu’Il dit : [Obéissez à Allâh et au Messager afin que l’on vous fasse miséricorde.] L’obéissance à Allâh et à Son Messager est parmi les causes de l’obtention de la Miséricorde, comme Il dit, élevé soit-Il, (S : 7/V : 156) : [Ma miséricorde a englobé toute chose. Je vais donc la destiner à ceux qui ont la crainte, qui accordent la zakât…] jusqu’à la fin du verset. »  (Fin de ses paroles — qu’Allâh lui fasse miséricorde.)

Réflexion sur ces nobles versets

Cela se résume dans Sa Parole, élevé soit-Il, (S : 8/V : 24) : [Vous qui avez eu la foi ! Obtempérez à Allâh et au Messager lorsqu’il vous appelle vers ce qui vous donne la vie. Et sachez qu’Allâh S’interpose entre l’homme et son cœur et que c’est vers Lui seul que vous serez rassemblés.] À l’opposé, Allâh évoqua dans de nombreux versets la fin de ceux qui ont contrevenu à Ses commandements, notamment (S : 20/V : 124) : [Et quiconque se détournera de Mon rappel, aura une vie pénible et Nous le ferons venir aveugle au rassemblement du Jour de la résurrection.]

Les versets de Sourate An-Nisâ’ et leur exégèse

Allâh, élevé soit-Il, dit, (S : 4/V : 160-161) :

[C’est à cause de l’injustice que les Juifs ont commise que Nous leur avons prohibé de bonnes choses qui leur étaient licites et parce qu’ils déviaient continuellement loin du chemin d’Allâh. (160) Aussi, parce qu’ils pratiquaient le ribâ (l’usure) alors que ceci leur fut interdit et parce qu’ils mangeaient injustement les biens des gens. Nous avons, certes, préparé aux mécréants parmi eux un douloureux supplice. (161)]

L’exégèse de l’Imam At-Tabarî — qu’Allâh lui fasse miséricorde

L’Imam At-Tabarî — qu’Allâh lui fasse miséricorde — dit dans son exégèse :

« Allâh, élevé soit-Il, veut dire par cela : Nous avons interdit aux juifs — qui rompirent le pacte qu’ils avaient scellé avec leur Seigneur, qui mécrurent aux signes d’Allâh, qui tuèrent leurs Prophètes et proférèrent des calomnies contre Marie — de bons aliments et d’autres choses qui leur étaient licites, en guise de punition pour l’injustice qu’Allâh rapporta à leur sujet dans Son Livre.

Sa Parole [Aussi, parce qu’ils pratiquaient le ribâ (l’usure)] concerne le surplus qu’ils prenaient sur leur capital en contrepartie du retardement de l’échéance après l’arrivée de son terme, [alors que ceci leur fut interdit,] c’est-à-dire le fait de prendre le ribâ. [Et parce qu’ils mangeaient injustement les biens des gens] fait allusion aux pots-de-vin qu’ils prenaient lorsqu’ils jugeaient. Allâh les punit pour tout cela en leur interdisant ce qu’Il leur avait précédemment accordé parmi les bonnes choses. »  (Fin de ses paroles — qu’Allâh lui fasse miséricorde.)

Réflexion sur ces nobles versets

Cette recommandation divine et cet appel divin proviennent de Celui qui est plus miséricordieux envers Ses serviteurs que leurs mères, de Celui qui leur prescrit tout ce qui leur sera utile dans la vie d’ici-bas et dans la vie dernière, et leur interdit tout ce qui leur portera préjudice dans l’une ou l’autre. C’est Lui qui leur a tout donné de Sa bienfaisance et de Sa générosité. S’ils Lui obéissent, Il leur conservera ce qu’Il leur a donné, leur en accordera davantage et le leur rendra béni et bénéfique.

S’y opposer révèle une raison insensée, une clairvoyance aveugle, une ingratitude face au bienfait et une opposition à Allâh et à Son Messager — ce qui fait encourir la colère d’Allâh et Son antagonisme. Il est, élevé soit-Il, jaloux à l’égard de Ses interdictions. Invoquons la protection d’Allâh contre le manque de pudeur à Son égard et contre le fait de ressembler à ceux qu’Allâh a maudits et dont Il a été en colère.

Car Allâh n’a interdit ces actes que par miséricorde envers Ses serviteurs, par désir de leur guidance et pour préserver la grâce qui était entre leurs mains, afin qu’ils en profitent dans la vie d’ici-bas et dans la vie dernière. Car Allâh n’a pas besoin de Ses créatures. Ce sont eux qui ont besoin de Lui, comme Il dit, élevé soit-Il, (S : 35/V : 15) : [Humains ! C’est vous qui avez besoin d’Allâh et c’est Allâh qui est Al-Ghaniyy (Celui qui n’a besoin de personne), Al-Hamîd (Celui qui est digne de toutes les louanges).]

*****

Dans le prochain article, nous passerons du Livre d’Allâh à la Sunna de Son Prophète — que l’éloge d’Allâh et Son salut soient sur lui. Les hadiths prophétiques ont en effet précisé, illustré et renforcé l’interdiction du ribâ avec une gravité sans égale, allant jusqu’à maudire celui qui le mange, celui qui le donne, son écrivain et ses témoins. Nous y verrons également comment les Compagnons et les savants ont mis en pratique cette mise en garde dans leurs transactions quotidiennes, et comment les formes concrètes du ribâ se manifestent dans les échanges de biens et de monnaies.

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