Un imam marseillais frappé par une mesure controversée
L’imam Ismaïl de Marseille a fait face à une situation dramatique : un gel administratif de ses avoirs bancaires, décidé par les autorités sans procès. Cette mesure, censée à l’origine cibler le financement du terrorisme, s’avère dans ce cas (et de nombreux autres) totalement injustifiée selon l’imam et ses soutiens. Elle le prive brutalement de l’accès à son argent, l’empêchant de subvenir aux besoins de sa famille et de vivre normalement.
Malheureusement, ce cas est loin d’être isolé : Récemment et depuis le début de 2025, une douzaine d’autres personnalités et entités musulmanes ont subi le même sort en France, leurs comptes bloqués par simple arrêté ministériel malgré l’absence de toute infraction commise – aa.com.traa.com.tr. Parmi les cibles figurent des imams, des éditeurs et même des associations caritatives musulmanes. Toutes se disent entravées dans leur vie sociale et familiale par ces sanctions extrajudiciaires – aa.com.tr. Certains observateurs évoquent même « deux à trois cas quotidiens » de musulmans touchés par des gels d’avoirs en France – aa.com.tr – un chiffre alarmant qui témoigne de l’ampleur du phénomène.
Il faut mesurer la gravité d’un gel d’avoirs : c’est une punition financière lourde, habituellement réservée aux individus réellement liés au terrorisme. Détournée de son objet, cette procédure permet aujourd’hui de bloquer les comptes d’un citoyen sur de simples soupçons ou critiques jugées dérangeantes par l’État – aa.com.tr. Dans le cas d’Imam Ismaïl, comme pour d’autres à l’instar de l’Imam de Comprends ton Dîn ou le Youtubeur Froment Mickaël d’Islam et Culture (qui d’ailleurs évoque cela dans un livret intitulé Stop au Gel des Avoirs : Halte à l’Injustice Contre les Musulmans), la sanction est tombée sans qu’aucune condamnation judiciaire ne la justifie, soulevant l’indignation bien au-delà de la communauté musulmane. Par cette mesure, l’imam se retrouve « incapable de payer son loyer, de nourrir ses enfants ou de se défendre », ainsi que le souligne l’exemple similaire d’un éditeur récemment touché – aa.com.tr. Une telle privation, fondée sur de vagues motifs, pose un sérieux problème d’état de droit et de respect des libertés fondamentales.
Accusations sans preuve : le témoignage édifiant de l’imam Ismaïl
Dans une vidéo récente, l’imam Ismaïl a détaillé comment un « mémoire préfectoral » – une note blanche des services de l’État – a servi à justifier son interdiction de prendre la parole dans des séminaires religieux, puis à appuyer les poursuites engagées contre lui. La lecture de ce document officiel a de quoi stupéfier : aucun fait établi, aucune preuve concrète, mais une série de formulations biaisées et de citations tronquées visant à créer un soupçon permanent. Par exemple, le mémoire l’accuse de « prôner l’obéissance des femmes à leur époux allant jusqu’à légitimer le viol conjugal » – une interprétation abusive d’un de ses prêches sur la vie conjugale. On l’étiquette d’« imam hostile aux principes de la République » pour avoir soutenu d’autres personnalités musulmanes injustement diffamées ou expulsées. On lui reproche de « minimiser la menace terroriste » ou de « soutenir des groupes islamistes armés » alors même que sa propre famille a été endeuillée par le terrorisme en Algérie. Enfin, le simple fait d’avoir enseigné des textes classiques de l’islam, tels que les 40 hadiths de l’imam An-Nawawi ou le recueil Les Jardins des vertueux (Ryadh as-Salihin), est présenté comme un indice de radicalité – sous prétexte que ces ouvrages seraient prisés des extrémistes. Ainsi, des références religieuses tout à fait ordinaires de la tradition musulmane sont dépeintes comme “dangereuses”, alors même qu’elles sont en vente libre dans les librairies grand public – aa.com.tr.
D’après l’imam Ismaïl, trois procédés bien huilés permettent de construire ce dossier à charge sans fait tangible :
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Détourner le discours religieux en « endoctrinement » : chaque verset coranique cité, chaque règle de droit musulman enseignée est systématiquement présentée dans la note comme une tentative de conditionnement des esprits, plutôt que comme une transmission savante.
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Multiplier les étiquettes stigmatisantes : les termes « islamiste », « fondamentaliste », « radical » ou « séparatiste » parsèment le document sans jamais être définis. Leur seul but est de provoquer la peur et de discréditer l’imam, en le peignant d’emblée sous un jour menaçant.
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Prêter des intentions malveillantes sans preuve : tout au long de la note, on lit des formules au conditionnel – « il suggère que… », « il vise à… », « ces propos sont de nature à… ». Au lieu de reprocher à l’imam des actes ou des paroles précises, on lui reproche l’interprétation subjective et orientée qu’on choisit d’en faire. C’est, comme il le résume lui-même, « un procès d’intention permanent » où « ce qu’on vous reproche, ce n’est pas ce que vous avez dit, mais ce que d’autres ont choisi d’y voir ».
« Je ne suis pas jugé sur mes actes ni même sur mes paroles, mais sur le sens qu’un autre décide d’y projeter », déplore l’imam marseillais. Cette phrase résume son désarroi face à des accusations impossibles à réfuter, tant elles s’appuient non sur la réalité de ses prêches mais sur la suspicion qu’on entretient autour de sa personne. En creux, c’est toute une parole religieuse indépendante qu’on cherche à faire taire : « Ce que vous dites peut être retenu contre vous, même si c’est vrai, même si c’est légal, il suffit qu’il dérange l’image d’un islam acceptable que certains veulent imposer. » Derrière le cas d’Imam Ismaïl transparaît ainsi un enjeu plus large de liberté d’expression religieuse, de liberté de croyance et de culte : de nombreux imams et intellectuels musulmans ressentent aujourd’hui qu’ils risquent des sanctions s’ils enseignent leur religion « sans filtre », de manière autonome, hors des discours validés par les autorités. Cette situation crée un climat de peur qui incite à l’autocensure – exactement ce que dénonce l’imam Ismaïl dans son témoignage.
Trop d’innocents touchés : pour une réforme au service du « vivre-ensemble »
Le cas de l’imam Ismaïl illustre les dérives d’un arsenal législatif qui, au nom de la lutte contre l’extrémisme, fait des victimes collatérales parmi des citoyens musulmans sans histoire. Bien sûr, nul ne nie la nécessité de combattre fermement le terrorisme et les idéologies de haine comme le kharidjisme contemporain. Toutefois, il faut mettre en garde : des mesures injustes ou disproportionnées, appliquées aveuglément, sapent l’État de droit et alimentent un profond sentiment d’injustice – cfcm-officiel.frcfcm-officiel.fr. Ces derniers mois, le CFCM a recensé une succession de sanctions administratives frappant des institutions musulmanes (fermetures de lieux de culte, dissolutions d’écoles, gels de fonds d’associations…), au point que beaucoup de fidèles ressentent “un fort deux poids, deux mesures” à leur égard – cfcm-officiel.fr. Ce ressenti, s’il est ignoré, constitue un terreau fertile pour les discours de rejet – tout l’inverse du but recherché. À l’inverse, l’efficacité de la lutte contre les dérives repose sur des décisions justes, proportionnées et fondées sur des faits établis, dans le respect de l’égalité de tous les citoyens – cfcm-officiel.fr.
Il devient urgent de revoir les lois et procédures qui permettent de telles injustices, afin de les recadrer sur leur objectif légitime. L’article L.562-2 du Code monétaire et financier, par exemple, pensé pour geler les avoirs de terroristes, ne devrait pas servir à bâillonner des militants associatifs ou des intellectuels coupables seulement d’avoir « dénoncé le racisme » ou critiqué des politiques publiques – aa.com.traa.com.tr. De même, les fameuses « notes blanches » des renseignements, non contradictoires et parfois infondées, ne devraient plus avoir autant de poids décisif dans des sanctions administratives lourdes (expulsions, fermetures, interdictions d’exercer). Trop d’innocents en font les frais aujourd’hui, et ce constat à lui seul justifie une profonde réforme.
Plutôt que de pointer du doigt l’État de manière frontale, cet appel vise à encourager nos responsables publics à améliorer le cadre légal pour le bien général. Il en va de la confiance de millions de citoyens musulmans dans les valeurs de la République. Personne ne conteste la nécessité d’assurer la sécurité nationale : il s’agit au contraire de mieux cibler les vrais dangers, tout en évitant de jeter l’opprobre sur une communauté dans son ensemble. Des personnalités de premier plan, des avocats et même des organismes officiels appellent à corriger ces dérives afin de prévenir de nouvelles injustices – cfcm-officiel.fraa.com.tr. Autrement dit, protéger les libertés fondamentales et le vivre-ensemble n’est pas incompatible avec la lutte antiterroriste – c’en est même une condition indispensable.
En réformant ces lois mal calibrées, la France a l’occasion de montrer qu’elle peut concilier efficacement sécurité et justice. Il est dans l’intérêt de tous – autorités comme citoyens – que plus jamais un imam respecté, un enseignant ou un simple parent musulman ne soit traité en paria sur la base d’accusations fantômes. La grandeur de l’État de droit se mesure à sa capacité à défendre les droits de chacun, y compris des minorités, tout en combattant fermement ceux qui menacent réellement la paix publique. L’affaire de l’imam Ismaïl nous rappelle enfin qu’aucune cause juste n’est servie en sacrifiant les principes d’équité. Il est temps d’y répondre par une réforme courageuse, gage de respect mutuel et de cohésion nationale – afin que plus aucun citoyen ne subisse d’injustice pour sa simple islamité.
Bref, pour une France du vivre ensemble, du respect de croyance et de culte et pour que disparaissent les injustices…
Sources : Le Conseil Français du Culte Musulman alerte sur la multiplication de sanctions arbitraires visant les institutions musulmanes – cfcm-officiel.frcfcm-officiel.fr. Agence Anadolu – « France : le gel des avoirs sans jugement d’éditeurs et intellectuels musulmans interroge sur l’état de droit », 23 juillet 2025 – aa.com.traa.com.tr.

