Toute l’équipe d’Al Jazeera décimée à Gaza
Une frappe israélienne a atrocement décimé l’équipe d’Al Jazeera à Gaza. Dimanche 10 août, un drone a ciblé la tente où les journalistes se reposaient devant l’hôpital Al-Shifa, tuant cinq membres du bureau d’Al Jazeera – dont les correspondants Anas Al-Sharif (28 ans) et Mohammed Qreiqeh, ainsi que les photographes Ibrahim Zaher, Moamen Aliwa et le chauffeur Mohammed Noufal – aljazeera.com.
L’armée israélienne a reconnu avoir délibérément visé ces journalistes, qualifiant cyniquement Anas Al-Sharif de « terroriste qui se faisait passer pour un journaliste » afin de justifier son assassinat. Il s’agit d’une attaque directe contre la presse, qui s’ajoute à une longue liste noire : la guerre d’Israël à Gaza a déjà coûté la vie à plus de 230 journalistes palestiniens, un bilan qui dépasse celui de l’ensemble des journalistes tués pendant les deux guerres mondiales, la guerre du Vietnam, les conflits en ex-Yougoslavie et la guerre d’Afghanistan réunis – aljazeera.com. Cette hécatombe sans précédent fait de Gaza le conflit le plus meurtrier de l’Histoire pour les médias. Le syndicat RSF a d’ailleurs dénoncé « avec force et colère l’assassinat revendiqué » d’Anas Al-Sharif, l’une des dernières voix locales de Gaza, et appelle à une action internationale pour stopper ces crimes.
D’ailleurs et suite à cet assassinat de plusieurs journalistes par Tsahal, hier (10/08/2025) à Gaza, cheikh Al-Hassan El-Kettani a écrit : « […] …Israël, excédé par ceux qui dévoilent ses crimes ignobles, n’a trouvé d’autre issue que le meurtre…[…] »
Le dernier message d’Anas Al-Sharif, martyr et voix de Gaza
Anas Al-Sharif (qu’Allah lui fasse miséricorde) savait qu’il risquait sa vie. Quelques mois avant sa mort, il a rédigé un ultime testament publié sur ses réseaux sociaux après son martyre. « Ceci est mon testament et mon dernier message. Si mes mots vous parviennent, sachez qu’Israël a réussi à me tuer et à me réduire au silence », écrit le jeune reporter de Jabalia. Il raconte avoir « vécu la douleur dans tous ses détails » et goûté à la perte à de nombreuses reprises, mais n’avoir « jamais cessé de transmettre la vérité telle qu’elle est, sans falsification ni déformation » malgré les risques.
Dans ce message posthume, Anas confie la Palestine à la conscience du monde : « Je vous recommande la Palestine, perle de la couronne des musulmans et battement de cœur de tout homme libre dans ce monde… Je vous recommande son peuple et ses enfants opprimés… Leurs corps purs ont été écrasés sous des milliers de tonnes de bombes et de missiles israéliens… Ne laissez pas les chaînes vous réduire au silence, ni les frontières vous immobiliser, soyez des ponts vers la libération… ». Il implore qu’on prenne soin de sa famille – sa fillette Sham, son fils Salah, sa mère bien-aimée et son épouse Bayan – qu’il doit quitter prématurément. Enfin, Anas se dit résigné au destin et fier de mourir en martyr, priant Allah de l’accepter « parmi les martyrs » et de faire de son sang « une lumière qui illuminera le chemin de la liberté » pour son peuple. Son testament se conclut par une supplique bouleversante : « N’oubliez pas Gaza… Et ne m’oubliez pas dans vos prières ».
Déshumanisation, propagande et silence complice
Le meurtre d’Anas Al-Sharif et de ses confrères s’inscrit dans l’horreur du colonialisme sioniste en Palestine occupée. Depuis près de deux ans, Israël mène à Gaza une offensive d’une brutalité inouïe – qualifiée de génocidaire par de nombreux observateurs – aljazeera.com. Pour étouffer la vérité de ses crimes, le régime israélien s’attaque aux journalistes locaux, seuls témoins encore présents (les reporters étrangers étant bannis de Gaza). Systématiquement, Tsahal travestit ses victimes en “terroristes” pour les délégitimer.
Cette stratégie de déshumanisation atteint des sommets de racisme : dès le début de la guerre, le ministre de la Défense Yoav Gallant a qualifié les Palestiniens de Gaza d’« animaux humains » – aljazeera.com. Le président Isaac Herzog a affirmé qu’« il n’y a pas de civils innocents à Gaza », déclarant : « c’est une nation entière qui est responsable » – hrw.org. Dans la même veine, le ministre d’extrême-droite Bezalel Smotrich a publiquement souhaité voir Gaza « entièrement détruite » et sa population expulsée vers des pays tiers – cbsnews.com. Ces discours assumés révèlent une volonté de “dépalestinisation” totale – éradiquer jusqu’à l’identité même du peuple palestinien sur sa terre. Il suffit de jeter un coup d’œil sur ce qu’ils font en Cisjordanie occupée.
Les conséquences humanitaires sont effroyables. Le massacre se poursuit jour après jour, avec des dizaines de milliers de civils tués par les bombes et des centaines de milliers d’autres blessés ou mourant à petit feu sous blocus. Plus de 214 000 victimes (morts et blessés) ont déjà été officiellement recensées à Gaza – french.palinfo.com, et le bilan réel pourrait approcher les 400 000 en comptant les décès indirects dus à l’absence de soins, à la famine et aux maladies. Pourtant, face à cette tragédie, la réaction internationale demeure d’une tièdeur coupable. De nombreux médias dominants et responsables politiques occidentaux se montrent étonnamment tolérants envers ces atrocités – minimisant la souffrance des Palestiniens ou reprenant sans remise en cause la propagande israélienne qui criminalise un peuple entier. Ce silence complice, mâtiné de palestinophobie, encourage Israël à poursuivre son entreprise de destruction en toute impunité.
En dépit de tout, la voix d’Anas Al-Sharif continue de résonner. Son courage et son sacrifice rappellent au monde le devoir de vérité et d’humanité. Qu’Allah accueille Anas et ses collègues parmi les martyrs, et qu’Il apporte secours au peuple opprimé de Gaza. « N’oubliez pas Gaza… ».

