
Changedecarriere.com en collaboration avec ajib.fr lance une série d’articles sur le changement de carrière, nous aborderons chaque semaine un thème, que ce soit la place du hijab, le port de la barbe, l’expatriation, la pratique de la prière ou la mixité dans le monde du travail.
Notre premier sujet traitera de l’expatriation dans le golfe. Interview de Khaled Boudemagh, fondateur d’Hegire, expert de l’expatriation à Dubai, par Abdelillah Talbioui, fondateur de changedecarriere.com pour Ajib.fr
Salam Aleykoum wa RahmatouLlah wa Barakatouh
Khaled, cela fait maintenant 5 ans qu’on se connait, je me rappelle avoir été un des premiers membres du groupe Hegire que tu as créé, pourrais-tu, te présenter et nous parler du but de ce groupe ?
Je m’appelle Khaled Boudemagh, fondateur du groupe Hegire, créé en 2009 et qui a pour but l’information et l’entraide des francophones musulmans installés au Moyen-Orient ou souhaitant s’y installer. Nous organisons régulièrement des activités diverses, notamment un Brunch Hebdomadaire à Dubai et occasionnellement à Abu Dhabi et en France. D’ailleurs la prochaine rencontre en France aura lieu le Samedi 12 septembre 2015 au restaurant « Alambra » à Stains (93240) à partir de 11h . Nous organisons aussi des rencontres sportives, sociales, culturelles et religieuses. Nous aidons au financement de projets caritatifs locaux et nous venons en aide aux francophones musulmans dans le besoin et en situation d’urgence au Moyen-Orient. Côté business, nous partageons également des offres d’emploi et de stages. Nous avons lancé récemment le Hegire Business Club composé d’un groupe d’entrepreneurs et de preneurs de décisions travaillant dans les pays du golfe. Hegire compte aujourd’hui près de 2500 membres répartis sur différents medias sociaux tels que des groupes Yahoo, Linkedin et Facebook.
La thématique que je souhaitais aborder avec toi dans le cadre de changedecarriere.com est l’expatriation, souvent les professionnels français de confession musulmane souhaitent s’expatrier dans le golfe pour allier une certaine qualité de vie à une pratique de la religion plus simple, quels conseils pourrais-tu leur donner?
L’expatriation est un changement de vie à ne pas sous-estimer. Il est très important de préparer sa visite avant de faire le grand saut. Parmi les points à prendre en compte avant de partir, il faudra considérer : 1- une visite préalable de repérage, si possible en famille dans le cas où cela s’applique. 2- pour ceux qui cherchent un emploi, ne pas tout lâcher dans son pays d’origine mais plutôt faire ses recherches à distance puis organiser ses entretiens pendant ses vacances. 3- ne pas négliger l’importance de l’anglais. Prendre des cours avant d’arriver et continuer sa formation sur place. L’Arabe est un plus. 4- Ceux qui cherchent un emploi devront préparer leurs économies et se donner une date limite de retour dans leur pays, s’ils ne trouvent rien. Il arrive souvent que les candidats soient rappelés alors qu’ils sont rentrés chez eux. Dans ce cas, un numéro de téléphone local fera la différence auprès des recruteurs. Il est aussi préférable de chercher un emploi dans son domaine d’expertise car la concurrence est très importante.
Les recruteurs sont à la recherche de spécialistes dans leur domaine qu’ils ne trouvent pas dans la main d’œuvre locale et régionale des pays arabes et asiatiques, ils demandent souvent un minimum de 3 à 5 ans d’expérience. Un bon tremplin serait de passer par une expérience internationale dans un pays anglophone, notamment l’Angleterre ou les Etats-Unis, cela donnerait un avantage concurrentiel certain et la maitrise de l’anglais qui est indispensable.
Pour les jeunes diplômés et ceux ayant une première expérience à l’étranger, il y’a la solution du V.I.E (Volontariat International en Entreprise), qui est un emploi subventionné par le gouvernement français en partenariat avec des sociétés françaises, que ce soit des PME ou des multinationales. Les entreprises y voient un avantage financier puisque le salaire est payé par l’Etat français alors que l’entreprise est responsable des frais de logement et transports. La concurrence pour les postes de V.I.E est cependant très rude, beaucoup de monde veut venir aux Emirats Arabes Unis : Dubaï, Abu Dhabi ou Sharjah. Ainsi pour maximiser ses chances d’expatriation au Moyen-Orient, il faut envisager également des V.I.E dans d’autres pays de la région, certes un peu moins demandés mais tout aussi valorisants. Sinon il y’a le stage de fin d’études. Dans le cadre d’ Hegire, nous envoyons des offres et recevons régulièrement des candidatures de stage.
Qu’en est-il de la situation actuelle? Ressent-on un impact sur l’expatriation suite à la chute du prix du pétrole? Comment est le marché du travail aujourd’hui?
Il est certain qu’on ressent l’impact de la chute du prix du pétrole, j’ai rencontré pas mal de personnes qui travaillaient dans le secteur pétrolier et qui ont perdu leur emploi du jour au lendemain du fait du ralentissement de l’activité dans ce domaine. Mais le Qatar et les Emirats Arabes Unis ont su diversifier leur économie et développer considérablement et rapidement leur pays. Les infrastructures, les institutions, les écoles, les hôpitaux… sont en place. Dubaï par exemple n’est pas dépendante du pétrole en raison de ses faibles ressources. L’émirat a planifié sa transition de longue date et a su développer son économie essentiellement autour du tourisme, du commerce, du transport, de l’immobilier et des services… Chose qui n’est pas forcément le cas de l’Arabie Saoudite par exemple qui est très dépendante de sa manne pétrolière et qui est un cran en retard dans son développement. L’Arabie Saoudite est un pays beaucoup plus grand et avec une population bien plus nombreuse, l’impact économique se fera très certainement plus sentir là-bas.
Concernant le marché du travail dans la région, il faut considérer le phénomène de « discrimination positive » appliqué dans chaque pays du golfe et appelé Emiratisation, Qatarisation, ou Saudisation. La population locale est de plus en plus formée dans les plus grandes universités internationales installées sur place et les entreprises sont dans l’obligation d’embaucher un certain quota de leurs employés en main d’œuvre locale, souvent pour des postes à responsabilité, mais aussi à des postes peu qualifiés et sans pénibilité. L’accessibilité à l’emploi en est donc rendu plus difficile.
Il faut savoir également qu’il n’y a pas de minima sociaux ou autres syndicats d’employés aux Emirats. Il y a une insécurité de l’emploi qu’on peut perdre du jour au lendemain et être dans l’obligation de quitter le pays rapidement.
J’ai souvent croisé des expatriés qui se retrouvent en difficulté financière par manque de préparation ou de connaissance de la région. Quels conseils donnerais-tu pour éviter de se retrouver dans une telle situation ?
Le cout de la vie dans la région est très élevé. Dès lors qu’on n’ a plus d’emploi, on se retrouve à payer des loyers onéreux et on peut rapidement perdre toutes ses économies. Certains viennent sans argent, sans travail, tombent très rapidement en difficulté financière et font appel à la communauté pour les aider. D’autres peuvent se faire arnaquer dans l’immobilier ou dans de mauvais investissements. Bien que les Emirats soit un pays très sûr, on compte tout de même beaucoup d’escroqueries de haut niveau. Il faut être conscient de cette réalité pour éviter de se faire piéger. Les entrepreneurs, en arrivant aux Emirats prennent des risques en général pour se lancer dans le business, mais il faut que cela soit calculé et très bien préparé. Ne pas se lancer dans des business qu’on ne connait pas et ne pas mettre tous ses œufs dans le même panier. Sinon, un autre conseil à donner aux nouveaux arrivants, surtout faire attention à la société de consommation, tout pousse à dépenser aux Emirats et cela peut aller très vite, il faut donc limiter les dépenses et mettre de l’argent de côté, puisqu’il n’y a aucune sécurité de l’emploi.
Je sais que tu as aussi une activité de consulting dans l’accompagnement d’entreprises qui souhaitent s’installer à Dubaï « easycompanydubai » et que tu es toi-même autoentrepreneur puisque tu as créé l’institut de langue « golden age » à Dubaï, pourrais-tu nous donner quelques conseils pour réussir dans l’entrepreneuriat à Dubaï et éviter les pièges ?
Pour venir vivre dans le golfe il faut un visa, pour avoir un visa il faut un travail. Soit on arrive à trouver un emploi et l’employeur paie le visa pour nous, soit on monte sa société et on paye son visa soi-même. Pour créer un business il faut en moyenne entre 25000 et 250000 euros. Il y’a deux formules que je recommanderais, soit on a un emploi dans le golfe et on monte un business en parallèle, soit on a déjà un business qui marche dans son pays d’origine et les revenus générés permettront de développer son entreprise aux Emirats. Je déconseille fortement de tout vendre, business, maison, voiture… pour s’installer dans le golfe, cela ne serait vraiment pas raisonnable. Dans le cadre de mes activités, j’assiste mes clients à l’implantation et je les conseille en fonction de leur type d’activité sur l’endroit d’implantation, le développement de leurs business plans, la mise en relation avec des distributeurs, mais également des missions de recrutement. Ceci afin de leur permettre d’augmenter leurs chances de réussite.
Merci Khaled pour ces explications, je vois que nos activités sont assez liées, chez changedecarriere.com, nous proposons également du coaching professionnel mais dans le but de permettre aux gens, soit de se sentir mieux dans leur emploi, soit d’effectuer leur reconversion professionnelle. Le but étant qu’ils puissent gérer leur vie selon leurs priorités, que ce soit trop d’heures de travail qui ne leurs permettent pas de se consacrer à l’essentiel (famille, religion), que ce soit pour des raisons religieuses (riba, alcool, interdiction du port du voile ou de la barbe, impossibilité de prier…), que ce soit une envie d’expatriation (Hijra) ou encore tout simplement, que le domaine d’activité ne plaise pas ou soit trop stressant. Il y’a certainement des synergies à tirer de notre rencontre… Pour finir, j’ai une dernière question à te poser avant de nous quitter. Est-il vrai que pour lancer un business aux Emirats, un entrepreneur est obligé de s’associer avec un partenaire local qui détiendrait 50% du capital ?
Tout d’abord, concernant nos activités, il est vrai qu’elles sont très liées et des synergies peuvent se créer autour de la thématique de l’expatriation. Sinon pour en revenir à la question du capital, on a la chance d’avoir des « Freezone » , qu’on pourrait traduire par zones franches, dans lesquelles on détient l’entreprise à 100% avec la possibilité de rapatrier ses fonds sans restriction, ainsi que l’avantage d’être totalement indépendant. Cela dit, il y a des cas où l’installation hors freezone est obligatoire, tel que dans le domaine de la restauration, pour des raisons géographiques, si on souhaite se situer dans certaines zones piétonnes. Dans ce cas-là par exemple, il n’y a pas d’autres choix que de s’associer avec un Emirati. Il peut y avoir des activités où on peut s’associer avec un Emirati mais pour lesquelles on reste propriétaire à 100% de son business, cela s’appelle la licence en service professionnel, un coiffeur par exemple peut bénéficier d’une telle licence.
Khaled, BarakAllahoufik, merci d’avoir répondu à mes questions. Je rappelle juste la prochaine rencontre « Hegire », « easycompanydubai » en France qui aura lieu le Samedi 12 septembre 2015 au restaurant « Alambra » à Stains (93240) à partir de 11h.
Quant à moi, je vous donne rendez-vous dans une semaine, pour traiter de la place du hijab dans le monde du travail. En attendant, pour en savoir plus sur le changement de carrière, vous pouvez consulter mon guide gratuit sur les 7 étapes clés du succès en cliquant ici
Abdelillah Talbioui
www.changedecarriere.com pour ajib.fr
Sites de Khaled Boudemagh:
www.easycompanydubai.com www.goldenage.ae/fr www.hegire.org

Salam’alikoum
Merci pour cet article très instructif.
Quelques éléments de compléments (basé sur mon expérience personnelle avec les Emirats, et des témoignages).
Il y a quelques mois, J’avais obtenu un emploi à Dubai (en restant en France, ce qui était une très belle opportunité). Une fois l’emploi obtenu, l’employeur a émis une demande de visa de travail. Bizarrement, j’ai remarqué qu’on me demandait plus de paperasse que ce qui est habituellement exigé.. et que cela trainait beaucoup plus de temps que ce qu’on a l’habitude de voir/entendre.
Mon employeur a été direct avec moi: il se trouve que les contrôles aux émirats depuis quelques mois et quelques années sont beaucoup plus stricts vis à vis des candidats provenant d’un pays arabe, ou d’un pays occidental mais dont le nom aurait une consonance arabe/islamique (plus particulièrement depuis le printemps arabe, et les événements en Syrie). En gros, ils m’ont dit que si je m’appelais John X ou François Y, cela aurait mis 2 semaines max. Après un premier refus, mon employeur a émis une seconde demande, qui s’est soldé par un échec. Suite à cela, mon « ex-futur employeur » s’est lassé (ce que je peux comprendre), et a arrêté toutes les démarches.
Oui, vous avez du mal à y croire, mais c’est une réalité: un état musulman qui applique une certaine forme de discrimination envers des musulmans basée sur des préjugés; un certain nombre de personnes (comme moi), se sont donc vu refuser leur visa de manière arbitraire. Il y a des articles de presse qui ont été publié sur le sujet, et même en faisant un tour sur les forums on se rend compte que c’est une réalité assez répandue..
Ne négligez donc pas ce point avant d’y aller, et ne démissionnez surtout pas de votre boulot actuel avant d’avoir confirmation du visa.
Salam’alikoum,
Ensuite, pour ce qui est de l’aspect économique, il y a un gros sentiment que les « belles années » sont derrières ces pays…Baisse du prix du baril oblige.
Certes, parmi ces pays certains ont réussi à diversifier plus ou moins leurs économies. Mais même pour les pays/émirats dont l’économie est la plus diversifiée (exemple dubai), on sent que niveau fiscalité cela commence à changer : récemment les subventions aux pétrole ont été stoppées aux émirats, impliquant une augmentation de +20% au prix de l’essence (qui reste tout de même bien moins cher qu’en France), le gouvernement des émirats a également travaillé sur un projet de loi pour introduire dans le future une TVA ainsi qu’un impôt sur les société.
Malgré tout cela, ces états resteraient très compétitifs fiscalement parlant, mais cela dénote d’une tendance nouvelle, qui risque de s’accélérer si le prix du baril reste à de faibles niveaux.
Et ne pas oublier que la vie est très cher dans ces pays, notamment au Qatar et aux émirats. Les loyers (qui accapare la plus grosse partie du revenu) peuvent facilement atteindre 1300-1400€ pour un studio à Dubai voire, plus en fonction du quartier.