Les jardins de la croyance islamique 5 — Moïse et Pharaon : la justice divine

Tamime Khemmar

Dans cet article, nous poursuivons le récit de Moïse, là où nous l’avions laissé — au pied du mont du Sinaï — pour entrer dans le cœur de sa mission prophétique : affronter Pharaon, le tyran d’Égypte, et libérer le peuple des fils d’Israël de l’esclavage. Nous verrons comment Dieu, dans Sa puissance et Sa justice, fit triompher les opprimés et anéantit l’oppresseur. Nous méditerons ensuite sur la leçon universelle que cette histoire nous enseigne : la justice divine est au-dessus de toute justice humaine, et c’est dans la soumission à Dieu que l’homme trouve sa vraie force et devient, en toutes circonstances, le gagnant absolu.

Moïse et Pharaon

Moïse fut envoyé, lui et son frère Aaron, comme messagers de Dieu à Pharaon, le roi d’Égypte.

Ils l’invitèrent à quitter son incroyance, son injustice et ses excès, et l’appelèrent à embrasser la seule et vraie religion, qui est la soumission à Dieu et Son adoration.

Allâh, élevé soit-Il, dit (S : 79/V : 17-19) :

« Va vers Pharaon. Il a certes transgressé toute limite. Et dis-lui : « Voudrais-tu te purifier ? Je te guiderai vers ton Seigneur afin que tu Le craignes. » »

Ils lui demandèrent de laisser partir avec eux le noble peuple des fils d’Israël, que ce dernier traitait en esclaves.

Ils lui demandèrent de libérer leur peuple pour que Moïse pût lui transmettre les commandements de Dieu et asseoir les fondements de la religion.

Allâh, élevé soit-Il, dit (S : 20/V : 47) :

« « Allez donc auprès de lui et dites : « Nous sommes certes deux Messagers de ton Seigneur. Envoie donc les Enfants d’Israël avec nous et ne les oppresse pas. Nous t’avons certes apporté un signe de ton Seigneur et que le salut soit sur celui qui suit la guidance. » » »

Malgré toutes les preuves et tous les miracles que les messagers de Dieu montrèrent à Pharaon, il persista, refusant de croire en Dieu, nia Son existence et désavoua leur message.

Allâh, élevé soit-Il, dit (S : 20/V : 56) :

« Certes, Nous lui avons montré tous Nos signes, mais il les a démentis et a refusé. »

Au lieu d’obtempérer aux appels des prophètes et de s’incliner devant les commandements divins, Pharaon s’obstina et continua à martyriser le peuple des fils d’Israël.

Allâh, élevé soit-Il, dit (S : 7/V : 127) :

« Les notables du peuple de Pharaon dirent : « Laisseras-tu Moïse et son peuple répandre le désordre sur terre et te délaisser, toi et tes divinités ? » Il dit : « Nous allons tuer leurs fils et laisser vivre leurs femmes. Nous avons sur eux une domination absolue. » »

Voyant les abus et les excès du terrible Pharaon sur son peuple, Moïse appela les siens à compter fermement sur le secours et l’aide de Dieu, s’ils avaient vraiment foi en Lui.

Allâh, élevé soit-Il, dit (S : 10/V : 84) :

« Moïse dit : « Mon peuple ! Si vous avez eu la foi en Allâh, comptez donc sur Lui si vous Lui êtes soumis. » »

Ils se tournèrent tous vers Dieu et Lui demandèrent de les sauver de l’injustice et de la tyrannie de Pharaon et de son peuple.

Ils se cachèrent, pour prier Dieu, dans des demeures secrètes.

Moïse leur annonça l’approche de leur délivrance, révélée par Dieu.

Allâh, élevé soit-Il, dit (S : 10/V : 87) :

« Nous avons révélé à Moïse et à son frère : « Choisissez des maisons en Égypte pour votre peuple, faites que vos maisons soient des lieux de prière et accomplissez la prière. Annonce donc l’heureuse nouvelle aux croyants. » »

Quand l’heure promise arriva, Dieu, dans Sa miséricorde, ordonna à Son prophète de quitter l’Égypte, lui et son peuple. Il leur ordonna de partir au début de la nuit et leur dit qu’ils seraient suivis.

Allâh, élevé soit-Il, dit (S : 26/V : 52) :

« Nous avons révélé à Moïse : « Pars de nuit avec Mes serviteurs. Vous serez certes suivis. » »

Effectivement, quand Pharaon prit connaissance du départ nocturne du peuple des fils d’Israël, il rassembla tous ses hommes et s’élança à leur poursuite.

Allâh, élevé soit-Il, dit (S : 26/V : 53-56) :

« Pharaon envoya dans les villes des rassembleurs, en disant : « Ceux-là ne sont qu’une poignée de gens. Ils nous ont mis en colère. Nous sommes tous sur nos gardes. » Ils les poursuivirent au lever du soleil. »

Il les rattrapa alors qu’ils atteignaient le bord de la mer Rouge. Voyant qu’ils avaient devant eux la mer et que derrière eux s’approchait le menaçant et tyrannique Pharaon avec ses troupes, les compagnons de Moïse crurent fermement à leur perte.

Allâh, élevé soit-Il, dit (S : 26/V : 61) :

« Lorsque les deux groupes se virent l’un l’autre, les compagnons de Moïse dirent : « Nous sommes certes rattrapés ! » »

Moïse, confiant et serein, leur dit que non — Dieu est avec lui et Il le guidera.

Allâh, élevé soit-Il, dit (S : 26/V : 62) :

« Il dit : « Bien sûr que non ! Mon Seigneur est avec moi. Il me guidera. » »

C’est alors que, dans toute Sa puissance et Son pouvoir infinis, Dieu ordonna à Son messager de donner un coup avec son bâton sur la mer.

Il s’exécuta, et ce fut le miracle que personne n’attendait — ni les fils d’Israël, ni Pharaon, ni ses sbires.

La mer s’ouvrit en douze endroits différents et laissa paraître douze chemins reliant chacun les deux rives. Aussi hautes que des montagnes, les parois d’eau se dressaient des deux côtés de chaque chemin.

Allâh, élevé soit-Il, dit (S : 26/V : 63) :

« Nous avons alors révélé à Moïse : « Frappe la mer avec ton bâton ! » Elle se fendit. Chaque partie était comme une immense montagne. »

Le peuple des fils d’Israël s’engagea dans ces douze voies — sèches et praticables — et continua sa marche vers la seconde rive, fuyant son tortionnaire.

Pharaon, aveuglé par sa haine et sa soif de mal, ne prenant même pas conscience de la grandeur et de la suprématie de ce miracle, s’engagea, lui et ses troupes, dans les chemins qui traversaient la mer.

Quand le peuple des fils d’Israël eut terminé sa traversée et atteignit la rive opposée — jusqu’au dernier d’entre eux — et que le malheureux Pharaon et ses troupes furent engagés, tous, dans la mer, Dieu ordonna à la mer de se refermer. Les gigantesques masses d’eau s’abattirent sur Pharaon et ses hommes, et ils périrent engloutis, sous les yeux du peuple opprimé des fils d’Israël.

Allâh, élevé soit-Il, dit (S : 26/V : 64-66) :

« Nous avons alors rapproché les autres, sauvé Moïse et tous ceux qui étaient avec lui, puis noyé les autres. »

Dieu fit apparaître le cadavre de Pharaon pour que le peuple des fils d’Israël, traumatisé et horrifié, pût croire à la mort de leur tyran et en être certain.

Allâh, élevé soit-Il, dit (S : 10/V : 92) :

« Aujourd’hui, Nous allons faire sortir ton corps afin que tu sois un exemple pour ceux qui viendront après toi. Or, beaucoup de gens sont certes insouciants vis-à-vis de Nos signes. »

Quand ils virent son cadavre sans vie, ils surent enfin que leur tragique asservissement et leur longue captivité avaient pris fin.

La justice divine

Telle fut l’histoire de Moïse, messager et prophète du peuple des fils d’Israël, et de son ennemi — l’ennemi de Dieu, oppresseur des faibles — le tyrannique et tortionnaire Pharaon, roi d’Égypte.

Comme tous les tyrans qui vinrent avant lui et ceux qui viendront après lui, le malheureux Pharaon — maillon d’une longue chaîne de tortionnaires que l’humanité a connus — succomba avec toutes ses troupes à une fin tragique, mais méritée.

Celui qui domine et gouverne par la force, par le mal, par la souffrance des autres et par le feu périt lui aussi par le feu, dans la souffrance et dans la douleur.

Cette histoire est l’exemple que Dieu, dans Sa miséricorde, nous donne de celui qui acquiert le pouvoir et la puissance et les consacre à la torture et à l’asservissement des autres.

Tout despote ou tyran est concerné par cette vérité.

Aussi, toute nation ou tout peuple qui domine injustement une autre nation ou un autre peuple se verra puni et châtié.

La justice divine est au-dessus des hommes, quelle que soit leur force. Elle est aussi au-dessus des nations, aussi puissantes soient-elles.

Et quelle puissance peuvent atteindre les hommes, comparée à la force et à la puissance de Celui qui les a créés et leur a donné leur force ?

Lui qui est le Fort et le Puissant, qui a la force absolue et la puissance parfaite qu’aucune faiblesse n’altère — élevé soit-Il au-dessus de toute imperfection et de tout défaut.

Élevé soit-Il au-dessus de toute ressemblance avec Ses créatures, dont la force est précédée de faiblesse et sera suivie de faiblesse.

Allâh, élevé soit-Il, dit (S : 30/V : 54) :

« C’est Allâh qui vous a créés d’une chose faible, puis a fait succéder à la faiblesse la force, puis a fait succéder à la force une faiblesse et des cheveux blancs. Il crée ce qu’Il veut, et c’est Lui L’Infiniment Savant, L’Omnipuissant. »

L’injustice humaine

Cette histoire est aussi une leçon et un espoir pour tous les faibles et les opprimés de cette terre. S’il y a au-dessus de leur tête un tyran ou une nation despote qui les martyrise, qu’ils sachent et soient certains qu’au-dessus de leur oppresseur se trouve un Dieu fort et puissant — un Dieu juste et équitable.

L’homme a certes cherché, au fil des siècles, à construire des systèmes de justice. Mais même la meilleure d’entre elles reste imparfaite et limitée, car elle est l’œuvre de créatures elles-mêmes imparfaites et intéressées.

Et si l’injustice humaine et les commandements instaurés par les hommes — qui ne défendent que les intérêts des forts — dominent, au-dessus de cette soi-disant justice humaine se trouve la justice divine, qui, elle, ne connaît ni fort ni riche. C’est une justice absolue et équitable.

C’est la justice d’un juge qui est le Créateur, qui voit tout et entend tout, et dont tous les mots prononcés par les hommes et tous leurs gestes sont transcrits dans des registres qui ne laissent rien passer et n’omettent aucun détail.

C’est la justice d’un juge divin, devant qui toutes les créatures sont pauvres, dépourvues et dans le besoin permanent de Sa bienveillance et de Son assistance.

C’est la justice d’un juge fort et puissant, devant qui tous et toutes sont faibles et impuissants. Dans cette justice, le fort parmi les humains est faible jusqu’à ce qu’il paye ses méfaits, et le faible est fort jusqu’à ce que justice lui soit rendue.

Aussi, comme Dieu, dans toute Sa force et Sa puissance, a anéanti le tyrannique Pharaon, Il anéantira tous les tyrans. Et comme Il a sauvé de l’oppression le peuple des fils d’Israël, Il sauvera tous les opprimés et les faibles de ce monde.

Seulement, pour cela, ils doivent suivre les commandements de leurs prophètes et messagers. Telle est la condition nécessaire pour mériter et acquérir l’assistance et le secours de Dieu : obéir à Ses messagers, c’est-à-dire obéir à Ses commandements.

Qu’a fait Moïse et qu’a-t-il ordonné à son peuple de faire ?

Allâh, élevé soit-Il, dit (S : 7/V : 128) :

« Moïse dit à son peuple : « Demandez le secours d’Allâh et armez-vous de patience. La Terre appartient à Allâh — Il en fait hériter qui Il veut parmi Ses serviteurs — et la fin heureuse est pour ceux qui ont la crainte. » »

Demandez l’aide et le secours de Dieu et prenez patience en attendant l’heure de la délivrance. La terre n’appartient pas à Pharaon. La terre est à Allâh et à Lui seul, et Il la donne à qui Il veut. N’hérite cette terre que celui qui est pieux, obéit à Ses commandements, L’adore, fait le bien et s’éloigne du mal et des péchés.

La soumission

Telle est la mission de l’homme, créature de Dieu, créée pour L’adorer et Lui vouer une soumission absolue qui est l’essence même de cette adoration.

Cette soumission volontaire doit être totale et absolue. C’est la soumission de la volonté humaine à la volonté divine, la soumission des sentiments humains à l’adoration du divin.

La soumission des règles et lois humaines aux commandements de Dieu — ces commandements qui nous sont parfaitement transmis par Ses fidèles messagers. Cette soumission dicte aux hommes leurs actes et leur demande une obéissance totale à leurs messagers. Et après la disparition de ces messagers, ils doivent se retourner vers ceux qui ont hérité leur savoir et la connaissance de la prophétie — qui ne sont autres que les savants qui ont appris le savoir du Livre, ont cru à ses récits, suivi ses commandements et se sont voués à l’enseignement des autres.

Le gagnant absolu

Le savoir de la prophétie permet à tout homme de connaître sa voie dans la multitude de chemins qu’est la vie.

L’homme guidé par ce savoir ne lève une main et ne pose un pied qu’avec une certitude et une confiance issues d’une connaissance précise de l’aboutissement de ses actes.

Tous ses actes sont dirigés dans son propre avantage et dans son plein enrichissement.

Le gain et le bénéfice — matériel et moral — l’accompagnent toujours, dans sa vie et après sa mort.

C’est le gagnant absolu. Qu’il pleuve ou qu’il vente, que le destin sourie ou grimace, qu’il soit riche ou pauvre, fort et puissant ou seul entouré de loups rugissants — il gagne toujours.

Allâh, élevé soit-Il, dit (S : 6/V : 162-163) :

« Dis : « Ma prière, mon sacrifice, ma vie et ma mort appartiennent à Allâh, le Seigneur des mondes. Il n’a aucun associé. C’est ce qui m’a été ordonné, et je suis le premier des soumis. » »

Il gagne toujours, car sa vie et sa mort, son amour et son adoration, sa soumission et son obéissance sont voués à Dieu et à Lui seul, sans aucun associé dans tout cela.

Et la juste récompense et le fruit mérité de cette dévotion sont que Dieu le guidera dans sa longue marche, S’occupera de lui et le protégera.

Et après sa mort, Il le guidera dans le chemin qui mène au Paradis éternel et le protégera des tourments de ce terrible jour.

N’est-ce pas le gagnant absolu ?

Supposons que quelqu’un se perde dans un désert torride, sans eau et sans véhicule, voué à une mort certaine. Ne lui serait-il pas utile et profitable de rencontrer des habitants de ce désert qui le guideraient et lui montreraient le chemin qui mène vers une oasis où il trouvera eau et nourriture — et ses bienfaiteurs nomades l’y accompagneront, le protégeant de toute bête et de tout danger ? Si, bien sûr. Ils lui seront d’une grande utilité, d’une utilité vitale. Et ce pauvre égaré leur sera plein d’obéissance et de reconnaissance.

L’homme dans cette vie est plus égaré et plus démuni que ce dernier. La vie est plus vaste et plus dangereuse que ce désert. Et les ennemis de l’homme, dans sa longue marche, sont plus terribles et plus haineux que quelques scorpions et quelques serpents. Et si, après tout, il meurt de soif dans le désert ou finit dans le ventre d’un animal vorace, il n’aura perdu que sa vie — qu’il finira, un jour ou l’autre, par perdre. Mais s’il perd son chemin vers le Paradis, c’est une vie éternelle en Enfer qu’il aura gagnée.

Dans l’article 6, nous quittons le récit de Moïse et Pharaon pour nous arrêter sur une leçon spirituelle profonde qu’il nous laisse. Si Moïse put traverser la mer et triompher de Pharaon, c’est parce qu’il avait pour guide et protecteur le Seigneur des mondes. Nous méditerons sur ce que signifie être guidé par Dieu, sur Ses noms de perfection qui correspondent à chacun de nos besoins, et sur la faiblesse fondamentale de l’homme — cette faiblesse qui, loin d’être une honte, est la porte d’entrée vers la connaissance de son Créateur et vers une relation vraie avec Lui.

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