Donald Trump s’exprimant lors d’un forum d’investissement à Riyad, en Arabie saoudite, le 13 mai 2025.
Le président américain Donald Trump a créé la surprise en déclarant depuis Riyad (Arabie saoudite) qu’il allégerait voire lèverait les sanctions des États-Unis contre la Syrie, marquant un revirement de taille dans la politique américaine. « Je vais ordonner l’arrêt des sanctions contre la Syrie pour leur donner une chance de grandeur », a-t-il affirmé lors d’un forum d’investissement, ajoutant avoir pris cette décision après des demandes insistantes du prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane. Cette annonce intervient alors que M. Trump est en visite officielle dans le Golfe et qu’il doit rencontrer le nouveau président syrien, Ahmed al-Chareh, en marge de son séjour saoudien.
Les sanctions visées sont celles imposées principalement par Washington (ainsi que ses alliés européens) depuis le début de la guerre civile syrienne en 2011. Elles incluent toute une série de mesures économiques visant à isoler le régime syrien de Bachar el-Assad – accusé de répression sanglante et de violations des droits humains – du système financier international. Ces restrictions avaient été renforcées par une loi américaine de 2019 connue sous le nom de Caesar Act, qui sanctionnait tout acteur coopérant avec le gouvernement syrien ou ses secteurs clés (énergie, construction, aviation). Bien que M. Assad ait été renversé en décembre dernier par une coalition, le Congrès américain avait prolongé ces sanctions jusqu’en 2029, arguant vouloir d’abord observer la conduite des nouvelles autorités syriennes – notamment en matière de droits des minorités – avant de changer de cap.
Le contexte diplomatique de cette déclaration est notable. En se prononçant depuis l’Arabie saoudite, Donald Trump répond en partie aux appels de partenaires régionaux. La monarchie saoudienne, tout comme la Turquie voisine, plaide pour la réintégration de la Syrie dans le concert régional et a encouragé Washington à alléger son régime de sanctions. La tournée de M. Trump au Moyen-Orient (qui le mènera également au Qatar et aux Émirats arabes unis) vise ainsi à normaliser progressivement les relations avec Damas. Il s’agit notamment de la première interaction officielle annoncée entre un président américain et le nouveau pouvoir syrien depuis plus d’une décennie de conflit. M. al-Chareh dirige un gouvernement intérimaire issu de l’alliance rebelle victorieuse, après cinq décennies de règne de la famille Assad.
Les réactions à l’international n’ont pas tardé. Damas a accueilli favorablement les propos de M. Trump, saluant « une étape encourageante vers la fin des souffrances du peuple syrien » d’après un communiqué du ministère syrien des Affaires étrangères.
L’annonce a également été applaudie par les partenaires arabes de Washington : l’initiative de Riyad est vue comme un pas important pour aider à la reconstruction d’une Syrie exsangue, où plus de 90 % de la population vit sous le seuil de pauvreté après près de 14 ans de guerre civile. Des pays occidentaux commencent par ailleurs à infléchir leur position – le Royaume-Uni a par exemple levé récemment certaines de ses propres sanctions ciblant d’anciennes institutions du régime Assad. La dynamique enclenchée à Riyad marque une évolution diplomatique majeure, susceptible de redessiner les rapports de force au Proche-Orient.

