6. La recherche de la Bénédiction, le Prodige et le Pouvoir d’administration de l’univers

La recherche de la Bénédiction (at-Tabarruk)

La signification de la recherche de bénédiction (at-Tabarruk) :

(Al-baraka) la bénédiction signifie : l’accroissement et l’augmentation. (At-tabrîk) le fait de bénir consiste à invoquer la bénédiction pour autrui.

(Al-baraka) la bénédiction est la stabilité du bien divin dans une chose. Allâh — élevé soit-Il — dit (S : 7/V : 96) : (Nous les aurions assurément couverts des bénédictions venues du Ciel et de la Terre.) Elle fut nommée ainsi en raison de la stabilité du bien en elle, de la même manière que l’eau stagne dans le bassin (al-birka). Étant donné que le bien divin provient de là où l’on ne peut le percevoir, et d’une manière qui ne peut ni être dénombrée ni être cernée, il a été dit de toute chose en laquelle on observe une augmentation imperceptible qu’elle possède une bénédiction (baraka).

Ce qui fut rapporté concernant la recherche de bénédiction (at-Tabarruk) :

1 — Mûsâ ibn ‘Uqba a dit : « J’ai vu Sâlim ibn ‘Abdillâh rechercher avec soin certains lieux du chemin afin d’y accomplir la prière. Il rapportait que son père priait en ces lieux, et qu’il avait vu le Prophète ﷺ y prier. »[1] On y trouve une preuve de la confirmation de la recherche de bénédiction auprès des traces du Prophète ﷺ.[2]

2 — Il fut rapporté que ‘Umar (qu’Allâh agrée) a dit à la Pierre Noire : « Par Allâh ! Je sais pertinemment que tu n’es qu’une pierre qui ne peut ni apporter du bien ni faire du mal. Et si je n’avais pas vu le Prophète t’embrasser, je ne t’aurais jamais embrassée. »[3] On y trouve une négation de la recherche de bénédiction. Al-Bâjî a dit : « ‘Umar expliqua aux gens que le fait d’embrasser cette pierre n’est qu’une imitation du Messager, et n’est point dû à une vénération de la pierre elle-même ou à une propriété qu’elle aurait, afin que cela ne s’apparente pas à la vénération des idoles par les gens de la période d’ignorance préislamique (Jâhiliyya), croyant qu’elles pouvaient apporter un profit ou causer une nuisance. »[4]

3 — ‘Umar ibn Al-Khattâb (qu’Allâh agrée) ordonna de couper l’arbre sous lequel le pacte d’allégeance fut prêté au Prophète ﷺ, et il le coupa ; car les gens s’y rendaient pour y prier, et il craignit pour eux la tentation (fitna).[5]

4 — Il fut rapporté qu’Al-Ma’rûr ibn Suwayd, a dit : « Nous sortîmes avec ‘Umar lors d’un pèlerinage qu’il accomplit. Il nous récita lors de la prière du fajr (l’aube) : (N’as-tu pas vu ce que ton Seigneur a fait aux gens de l’éléphant ?) (S : 105/V : 1) et (À cause de l’habitude de Quraysh.) (S : 106/V : 1).[6] Lorsqu’il eut terminé son pèlerinage et qu’il s’en retourna, il vit les gens s’empresser vers un lieu. Il demanda : « Qu’est-ce donc ? » Ils répondirent : « Un lieu de prière (masjid) dans lequel le Messager d’Allâh ﷺ a prié. » Il dit alors : « C’est ainsi que les gens du Livre ont péri : ils ont fait des vestiges de leurs prophètes des lieux de prière (biya’). Que celui d’entre vous qui se trouve en ce lieu au moment de la prière prie, sinon qu’il ne prie point. » »[7]

Ibn Waddâh a expliqué que le fait que les gens se rendaient à son lieu de prière ﷺ était destiné à la prière en ce lieu, puis rapporta que Mâlik et d’autres parmi les savants de Médine ont évoqué le caractère désapprouvé (karâhiyya) de se rendre dans ces mosquées et ces vestiges du Prophète ﷺ, à l’exception de Qubâ’ uniquement.[8]

Certains de ces récits confirment la recherche de bénédiction (at-tabarruk) et d’autres la nient, au point que ‘Umar et son fils ne furent pas unanimes sur la recherche de bénédiction auprès de ses traces ﷺ, malgré leur immense rang dans la science, la religion et leur grand amour pour lui ﷺ.

Ceux qui valident la recherche de bénédiction (at-tabarruk) cherchent à augmenter la récompense de l’obéissance. Quant à ceux qui la rejettent, leur objectif est de préserver les musulmans des croyances déviantes.

Il est attesté que les Compagnons (qu’Allâh agrée) recherchaient la bénédiction en touchant le surplus de son eau d’ablution[9] ﷺ, ainsi que par son crachat.[10] Seulement il ne fut jamais rapporté qu’ils ont fait cela avec autre que lui ﷺ. Ce type de recherche de bénédiction est limité à sa noble personne ﷺ, et s’est interrompu avec sa mort.

La précaution consiste à dire qu’il faut fermer les portes menant au mal (sadd adh-dharâ’i’), ce qui est la doctrine (madhhab) de Mâlik et de ses compagnons, et qui fut rapporté aussi d’Ahmad ibn Hanbal.

Ce qui fut rapporté à ce sujet est ce qui provient d’An-Nu’mân ibn Bashîr (qu’Allâh agrée) affirmant que le Messager d’Allâh ﷺ a dit : « Le licite est évident, et l’illicite est évident. Entre les deux, il y a des choses équivoques que beaucoup de gens ne connaissent pas. Celui qui évite ces choses équivoques préserve sa religion et son honneur. Quant à celui qui s’y aventure, il est comme un berger qui fait paître ses bêtes autour d’un espace interdit ; il est sur le point d’y pénétrer. »[11]

Le Prodige (al-Karâma)

La signification du prodige (al-karâma) :

(Karuma ash-shay’, karman, karâma) lorsque la chose a acquis de la noblesse par sa valeur en étant précieuse et rare, elle est alors noble (karîma). L’homme n’est qualifié de noble (karîm) que si des mœurs louables émanent de lui.

On dit : (karramtuhu, takrîman, akramtuhu, ikrâman) je l’ai honoré et élevé au-dessus de toute bassesse.

L’honneur (al-ikrâm) et l’hommage (at-takrîm) consistent à faire parvenir à l’homme un honneur, c’est-à-dire un profit qui n’est entaché d’aucune défaillance, ou à faire en sorte que ce qui lui parvient soit une chose noble, c’est-à-dire distinguée.

Le prodige (al-karâma), dans la législation, est : « un mot désignant ce qu’Allâh fait parvenir au Son allié (waliyy) et se manifeste sur sa personne, parmi tout ce qui est profitable, rare, précieux et noble. »

Le critère du prodige (al-karâma) :

Les gens de science l’ont défini par le fait qu’il ne doit pas contredire un fondement parmi les fondements de la religion, ni enfreindre un jugement légiféré (shar’î) ou une règle religieuse.[12]

Quant à nous, nous affirmons les prodiges des alliés d’Allâh et nous les limitons par la législation (shar’), afin de ne pas tomber à son sujet dans un excès menant à l’association (ash-shirk) — Qu’Allâh nous en protège !

Le prodige (al-karâma) n’est pas une preuve de l’alliance avec Allâh (al-walâya) en raison de sa confusion pour beaucoup de gens avec ce qui n’est pas un prodige. Bien au contraire, c’est l’alliance avec Allâh qui est une preuve du prodige (al-karâma). Le prodige n’a pas non plus d’influence sur les jugements légiférés (shar’iyya), mais il apporte à ses bénéficiaires[13] une certitude, une connaissance d’Allâh — élevé soit-Il — ainsi qu’une force les soutenant fermes sur la vérité sur laquelle ils se trouvent.

Allâh — élevé soit-Il — dit (S : 49/V : 13) : (Celui qui est le plus estimé d’Allâh est celui qui a le plus de crainte parmi vous.)

Le prodige (al-karâma) chez le commun des gens :

Beaucoup de gens pensent aujourd’hui que les prodiges et les actes surnaturels font partie des capacités pour lesquels les alliés d’Allâh entrent en compétition, ce dont la religion de l’Islam se désavoue.

Parmi leur perte manifeste, figure le fait qu’ils ne comprennent presque rien du prodige, si ce n’est le pouvoir d’administrer l’univers et la connaissance de l’imperceptible (al-ghayb). Démolissant par cela deux fondements parmi les fondements de la religion établis tout en criant au visage de quiconque les désapprouve à ce sujet :

Et j’affirme pour les alliés d’Allâh le prodige

Et quiconque le nie, rejette donc ses paroles

Et si tu les appelles pour leur détailler cette généralité : (Ils tournent leurs têtes et tu les vois se détourner, enflés d’orgueil.) (S : 63/V : 5).

Le Pouvoir d’administration (at-Tasarruf) de l’univers

L’attribution de cet acte à la créature :

L’administration de l’univers n’appartient qu’à Allâh — élevé soit-Il — de manière exclusive. Tout terme exprimant l’attribution de l’acte à une créature ne peut relever que de trois cas :

1 — Au sens d’une influence dans l’acte en dehors d’Allâh.

2 — Au sens d’une influence accordée par Allâh et une délégation de Sa part.

3 — Au sens où l’on informe d’une habitude qu’Allâh a instaurée, sans influence intrinsèque ou déléguée.

Le jugement de l’attribution de l’acte à la créature :

Zayd ibn Khâlid Al-Juhanî (qu’Allâh agrée) rapporta : « Le Messager d’Allâh ﷺ nous dirigea dans la prière de l’aube à Al-Hudaybiya, à la suite d’une pluie tombée durant la nuit. Lorsqu’il eut terminé la prière, le Prophète ﷺ se tourna vers les gens et dit : « Savez-vous ce que votre Seigneur a dit ? » Ils répondirent : « Allâh et Son Messager savent mieux. » Il dit alors : « Parmi Mes serviteurs, certains se sont réveillés croyants en Moi et d’autres mécréants. Quant à celui qui a dit : « Nous avons reçu la pluie par la grâce et la miséricorde d’Allâh », celui-là est croyant en Moi et mécréant aux astres. Mais celui qui a dit : « Nous avons reçu la pluie par l’apparition ou la disparition de telle ou telle étoile », celui-là est mécréant en Moi et croyant aux astres. » »[14]

Ash-Shâfi’î — qu’Allâh lui fasse miséricorde — a dit : « Quiconque dit : « Nous avons reçu la pluie par l’apparition ou la disparition de telle ou telle étoile », dans le sens où certains adeptes de l’association (ash-shirk) attribuaient la pluie à l’apparition ou la disparition d’une étoile, alors cela est de la mécréance ; comme l’a dit le Messager d’Allâh ﷺ. Car ceci est un moment, et le moment est créé (makhlûq) et ne possède rien pour lui-même ni pour autrui. Quant à celui qui dit :  » Nous avons reçu la pluie par l’apparition ou la disparition de telle ou telle étoile « , dans le sens : « Nous avons reçu la pluie à tel moment », cela n’est point de la mécréance, bien qu’il me soit plus appréciable qu’il ne dise point cela. »[15]

Ce hadith nous apprend qu’Allâh est le seul qui administre l’univers, comme l’ont annoncé les versets suivants. Allâh — élevé soit-Il — dit (S : 3/V : 128) : (Rien du commandement ne t’appartient.) et Il dit (S : 6/V : 50) : (Dis : « Je ne vous dis pas que je détiens les réserves d’Allâh ni que je connais ce qui est imperceptible aux créatures et je ne vous dis pas que je suis un Ange.)

La croyance du commun des gens concernant le pouvoir des alliés (al-awliyâ’) :

Quiconque observe les intentions de beaucoup de ceux qui font partie du commun des gens concernant l’attribution des actes aux alliés et leur pouvoir d’administrer l’univers, ne doutera point de l’application du second cas à leur égard[16]. En effet, ils croient que les alliés sont chers à Allâh et qu’Il leur a délégué l’administration et les a mandatés. Ainsi, Il est d’accord avec tout ce qu’ils décrètent pour les gens. Nous avons d’ailleurs entendu certains exprimer cela en disant : « Moi je mens, et mon Seigneur croit. »

Jundub ibn ‘Abdillâh (qu’Allâh agrée) rapporta que le Messager d’Allâh ﷺ raconta : « Qu’un homme dit : « Par Allâh ! Allâh ne pardonnera pas à untel. » Allâh — élevé soit-Il — a alors dit : « Qui donc se permet de décider à Ma place en jurant par Moi que Je ne pardonnerai pas à untel ? Eh bien, J’ai pardonné à untel et J’ai annulé tes œuvres. » »[17]

Bien plus, certains d’entre eux en arrivent au point de croire que l’allié fait ce qu’il veut par sa propre force et non par la force d’Allâh ; et parmi ces abandonnés dans leur égarement, il y en a qui le prétendent pour soi-même !

Références et notes: 

[1] [Rapporté par Al-Bukhârî (483)].

[2] [Ce dont on doit rechercher la bénédiction est de deux types : Le premier : le lieu vers lequel le Prophète ﷺ est sciemment parti pour y accomplir la prière, telle que la mosquée de Qubâ’. Le second : est le lieu où le Prophète ﷺ a prié par coïncidence, contraint d’y accomplir sa prière le moment venu. C’est ce type de lieux que spécifiquement Ibn ‘Umar suivait. Cela fut cité par Ibn Rajab dans « Fath al-Bârî » (3/428). Bien qu’il ait été rapporté de ‘Umar (qu’Allâh agrée) le contraire de ce que son fils faisait, et il ferma la porte en coupant l’arbre du pacte (bay’a).]

[3] [Rapporté par Al-Bukhârî (1605) et par Muslim (1270)].

[4] [Voir : « Al-Muntaqâ » (2/287).]

[5] [Rapporté par Ibn Waddâh dans « An-Nahy ‘an al-Bida’ » (p. 88).]

[6] C’est-à-dire qu’il récita ces deux sourates lors de sa prière.

[7] [Rapporté par Ibn Abî Shayba (7550), et authentifié par Al-Hâfizh dans « Al-Fath » (1/450).]

[8] [Voir : « An-Nahy ‘an al-Bida’ » (p. 88).]

[9] [Rapporté par Al-Bukhârî (3553) et par Muslim (503).]

[10] [Rapporté par Al-Bukhârî (2731).]

[11] [Rapporté par Al-Bukhârî (2051) et par Muslim (1599).]

[12] [« Al-Muwâfaqât » (2/457)]

[13] Ceux à qui le prodige arrive.

[14] [Rapporté par Al-Bukhârî (4147) et par Muslim (71)].

[15] [Voir : « Al-Umm » (2/551)].

[16] Qui est : une influence accordée par Allâh et une délégation de Sa part.

[17] [Rapporté par Muslim (2126).]

Extrait de : « Le Raffinement de L’Épître sur l’Association (ash-shirk) et ses manifestations » De l’érudit Cheikh Moubarak ben Mouhammad Al-Mili. Résumé par : Dr Hacene Bouguelil. Traduit par : Tamime Khemmar.

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