La Famine
La situation humanitaire à Gaza continue de se dégrader de manière dramatique. Alors que le blocus israélien empêche l’acheminement de l’aide humanitaire, la malnutrition infantile explose et les morts s’accumulent. Près d’un demi-million de personnes seraient menacées par la famine selon l’ONU.
Une population affamée, des enfants en danger de mort
Un enfant sur cinq souffrirait actuellement de malnutrition à Gaza, d’après les dernières données alarmantes de l’UNRWA. « Émaciés, faibles et risquant fortement de mourir s’ils ne reçoivent pas immédiatement les soins nécessaires » : c’est dans ces conditions que les enfants sont accueillis dans les rares cliniques encore fonctionnelles (en effet Israël a pratiquement tout détruit pour pousser les Gazaouis à partir afin de voler ces terres), selon Philippe Lazzarini, commissaire général de l’agence onusienne.
Depuis des mois, les alertes se multiplient. « C’est la lente agonie d’un territoire », alerte l’ONU, tandis que ses agents sur place témoignent d’un effondrement total des indicateurs humanitaires. Rien que ces dernières 24 heures, quinze personnes – dont quatre enfants – seraient mortes de faim, selon les Nations Unies. Depuis le 7 octobre 2023, plus de 100 personnes sont mortes de malnutrition, la majorité étant des enfants.
Un seuil critique franchi
Selon l’OCHA (Bureau des affaires humanitaires de l’ONU), 9 % des enfants dépistés dans la bande de Gaza souffrent aujourd’hui de malnutrition aiguë – un chiffre qui grimpe à 16 % dans la ville de Gaza. En février, ce taux n’était que de 2 %. Cette explosion est la conséquence directe de l’effondrement des services de santé, de l’absence d’eau potable, de nourriture et de carburant. L’Unicef le résume sans détour : « Plus rien ne rentre depuis mars. Ni eau, ni nourriture, ni médicaments. Les boulangeries et cuisines collectives ont cessé de fonctionner, faute de denrées. »
Un rapport récent de l’IPC (Cadre intégré de classification de la sécurité alimentaire) dresse un constat sans appel : 470 000 personnes risquent de mourir des conséquences de la famine. La totalité de la population gazaouie est désormais en situation d’insécurité alimentaire aiguë.
Des appels à l’aide ignorés
« Les enfants meurent de faim à Gaza. La malnutrition sévère se propage plus vite que l’aide ne peut leur parvenir », alerte Edouard Beigbeder, directeur régional de l’UNICEF pour le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord. Il appelle à l’ouverture immédiate de corridors humanitaires et à l’entrée massive de carburant pour faire fonctionner les services vitaux. « C’est une urgence absolue : les enfants doivent être protégés, pas tués ou abandonnés à la faim. »
Sur le terrain, même les employés de l’UNRWA sont frappés par la crise. « Nos équipes ne mangent qu’un petit repas par jour, souvent uniquement des lentilles. Certains s’évanouissent en pleine mission », rapporte Lazzarini.
Le Programme alimentaire mondial indique pour sa part qu’une personne sur trois passe désormais la journée entière sans rien manger. Beaucoup n’ont plus d’autre choix que de mendier, fouiller les ordures ou jeûner par contrainte.
Une aide bloquée par Israël
Malgré les justifications israéliennes accusant le Hamas de détourner l’aide, les faits sont têtus : des milliers de camions chargés de vivres et de médicaments sont bloqués aux frontières de Gaza, notamment en Jordanie et en Égypte. L’UNRWA indique disposer de l’équivalent de 6 000 camions, en attente d’un feu vert israélien.
Le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, a dénoncé « une crise morale qui défie la conscience mondiale » et pointé du doigt l’indifférence de la communauté internationale : « Je ne peux pas expliquer ce manque d’humanité et de compassion. »
Vers un tournant diplomatique ?
Face à la gravité de la situation, des initiatives diplomatiques émergent. Le président français a annoncé son intention de reconnaître l’État de Palestine lors de la prochaine Assemblée générale de l’ONU. Dans la foulée, le Premier ministre britannique, Keir Starmer, a proposé un entretien d’urgence avec la France et l’Allemagne afin de « discuter de ce que nous pouvons faire de toute urgence pour arrêter les massacres et fournir à la population la nourriture dont elle a désespérément besoin ».
Mais pendant que les discours s’échangent, les enfants de Gaza continuent de mourir. Une famine provoquée, entretenue, et ignorée par une grande partie du monde.
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