21. Les Guides de l’Association (ash-Shirk) et ses Protecteurs

L’ancienneté de l’invention dans la religion (al-Bid’a)[1] et la sagesse divine qui s’y rapporte :

Le vrai et le faux, la foi et la mécréance, la sunna et la bid’a[2], la guidance et l’égarement, le bien et le mal : tous ces opposés existent depuis les origines de l’humanité. Ils ne sont propres ni à une époque, ni à une contrée ; ce qui varie, c’est uniquement la prédominance de l’un sur l’autre selon les époques et les régions. En effet, chaque camp possède des prêcheurs qui y appellent et des guides qui y conduisent les gens, et chaque groupe se réjouit de ce qu’il détient : (chaque parti étant content de ce qu’il détient.) (S : 23/V : 53). (Si ton Seigneur le voulait, Il aurait fait que les hommes soient une même nation. Seulement, ils demeureront toujours divisés, (118) excepté ceux à qui ton Seigneur aura fait miséricorde. C’est pour cela qu’Il les a créés, (119)) (S : 11/V : 118-119).

Son époque ﷺ était la plus radieuse des époques, et sa cité était la plus noble des cités ; elles n’ont pourtant pas été exemptes de l’espèce la plus vile des menteurs : les hypocrites (al-munâfiqûn).

La génération des Compagnons (qu’Allâh les agrée) et l’époque des Califes droits et justes (râshidûn) a aussi été entachée par les inventeurs dans la religion (mubtadi’a).

Des bida’ sont apparues à leur époque du fait de certains individus ; elles furent pour les ignorants ténèbres et épreuve, et pour les doués d’intelligence lumière et miséricorde.

Le malheur des ignorants provient du fait que ces bida’ sont anciennes et qu’ils sacralisent tout ce qui est ancien, pensant que les générations qui les ont précédés étaient pures perfection et bonté.

Le bénéfice pour les savants réside dans le fait de s’éclairer par les traces des Prédécesseurs (As-Salaf) qui ont réfuté ces bid’a et de solliciter l’aide de leurs analyses pour purifier la Sunna de celles-ci.

L’origine de l’association (ash-Shirk) provient de l’excès dans le chiisme (at-Tashayyu’) :

La source de l’invention dans la religion (ibtidâ’) en Islam réside dans les hypocrites et les hérétiques (zanâdiqa). La première bid’a liée à l’association est celle qui fut initiée par Abdullâh ibn Saba’ le Juif, qui manifesta un respect apparent envers les membres de la famille prophétique (Âl al-Bayt) et l’excès (at-tashayyu’) envers ‘Alî (qu’Allâh agrée). Il apporta en cela ce qui ne concorde nullement avec l’Islam. Il implanta ses idées et ses enseignements au sein de la secte qu’il fonda, les Saba’iyya, et c’est de ces racines que sont nées la secte Bâtiniyya et la Râfidites Ismaélienne.

Les Râfidites recommandaient à leurs prêcheurs de semer les graines de l’excès (tashayyu’) parmi les gens en évoquant la prétendue injustice des Prédécesseurs (As-Salaf) à l’encontre de ‘Alî et le martyre d’Al-Husayn. C’est pour cela que leur égarement était manifeste aux yeux de l’élite comme du commun des gens ; ils étaient donc rejetés au sein des sociétés musulmanes, et leur marchandise ne trouvait preneur dans aucune classe sociale.

Ils ne parvenaient à leurs fins que dans certaines contrées où régnait l’ignorance religieuse, et où l’on ne connaissait de la religion que la prononciation des deux attestations (ash-shahâdatayn), ou par les formes d’adoration apparentes qui se répètent.

L’origine du Soufisme et la droiture des premiers :

Le soufisme a émergé dans les milieux islamiques comme une voie fondée sur l’intensité dans l’adoration et le renoncement à ce bas monde. La majorité de ses premiers représentants se caractérisait par la science religieuse, la sincérité dans l’action et l’attachement à la voie des Prédécesseurs (As-Salaf) ; parmi eux s’illustrèrent Al-Junayd et d’autres.

 

L’union de la Bâtiniyya avec le Soufisme et ses manifestations :

Les gens furent satisfaits du soufisme en raison de cette affiliation[3], et furent saisis d’une immense admiration pour la piété et l’ascétisme de ses hommes. Puis, la confiance aveugle accordée au titre de « soufi » finit par étouffer toute critique constructive permettant de distinguer le vrai du faux dans la conduite de ceux qui s’en réclamaient. C’est alors que les mubtadi’a, mis au ban de la société, convoitèrent cette confiance dont jouissaient les soufis, et s’insinuèrent sous cette appellation. Ce fut particulièrement le cas des Râfidites qui nourrissaient des ambitions politiques. Il en résulta ainsi un soufisme ésotérique (bâtinî) qui prit progressivement le contrôle des masses, s’abritant derrière la confiance générale accordée au nom du soufisme pour se protéger contre les critiques des savants.

Parmi les manifestations de l’union des Râfidites Bâtiniyya avec les Soufis :

1- La doctrine de l’incarnation (al-hulûl)[4] et de l’union (al-ittihâd)[5] : Cette doctrine est apparue chez les soufis déviants tardifs comme Ibn ‘Arabî, Ibn Sab’în, Ibn Al-‘Afîf At-Tilimsânî et leurs semblables.

2- La doctrine du Pôle (al-Qutb) : Selon eux, il est le chef des connaisseurs d’Allâh (‘ârifûn). Ils prétendent que nul n’égale son rang jusqu’à sa mort, moment où un autre lui succède ; ce qui correspond exactement au concept de l’Imâm infaillible (ma’sûm) chez les Râfidites. Ils ont alors inventé pour ce Pôle un gouvernement secret et un conseil (Dîwân) imaginaire, calqués sur les aspirations des Râfidites à instaurer un gouvernement selon leur propre doctrine. Ainsi, le gouvernement occulte du Pôle n’est que la projection d’un gouvernement idéal que l’on souhaite concrétiser dans la réalité, à l’instar du « Congrès de la Renaissance Islamique » dessiné par Al-Kawâkibî dans son ouvrage Umm Al-Qurâ. Le gouvernement du Pôle est donc, pour l’élite d’entre eux, une ambition politique, tandis qu’il demeure, pour le commun des gens, une croyance religieuse.[6]

3- La doctrine des substituts (al-abdâl) : Ils les ont organisés selon la hiérarchie chiite de leurs Nuqabâ’ (délégués). Des hadiths ont été rapportés à leur sujet qui ne sont pas exempts de critiques[7], et Ahmad ibn Hanbal fut interrogé : « Y a-t-il sur terre des Substituts (abdâl) ? ». Il répondit : « Si les gens du Hadith ne sont pas les substituts, alors je ne connais point de substituts désignés par Allâh. »[8]

Ces véritables substituts (abdâl) sont donc ceux qui demeurent fermes sur la Vérité et les rénovateurs de la religion à la tête de chaque siècle. Ils ne sont point les substituts imaginaires des soufis, auxquels on attribue la connaissance de l’Imperceptible (al-ghayb) et le pouvoir de gérer l’univers, et qui imposeraient leur volonté à Allâh, sans être reconnus pour une science authentique ni pour la perfection de leurs œuvres. Au contraire, le mépris de la science fait partie de leur perfection prétendue chez les tardifs soufis déviants.

4- Le port de la bure (al-khirqa) et la prétention d’une chaîne de transmission (isnâd) de la Voie : ceci constitue leur emblème distinctif. Ils prétendent qu’Al-Hasan Al-Basrî l’a reçue de ‘Alî (qu’Allâh agrée) ; Or, le fait de spécifier ‘Alî par un élément particulier dans la religion est une bid’a des Râfidites. Il n’est nullement prouvé que le Prophète ﷺ ait revêtu une bure selon la forme connue chez les soufis à l’un de ses Compagnons (qu’Allâh agrée), et il n’a ordonné à personne de ses Compagnons (qu’Allâh agrée) d’agir ainsi, De plus, les Imams du Hadith n’ont pas authentifié pour Al-Hasan Al-Basrî une audition directe de ‘Alî (qu’Allâh agrée), et encore moins qu’il l’ait revêtu de la bure.

Les soufis déviants ne cessent d’exceller dans la fabrication de chaînes de transmission jusqu’à l’arrivée d’Ahmad ibn Sâlim At-Tijânî, qui a prétendu avoir reçu sa voie du Sceau des Prophètes sans aucun intermédiaire !

Les Râfidites sont parvenus, par leur infiltration du soufisme, à accomplir ce dont ils étaient incapables seuls : défigurer les beautés de l’Islam et renverser ses enseignements.

Il est étonnant que la réputation du soufisme soit demeurée préservée malgré la mauvaise renommée des Râfidites, alors que les deux groupes se sont unis. Le plus étonnant est que la parole de ces soufis l’emporte sur celle des savants, sont privilégiés par les faveurs, alors que le Livre et la Sunna n’ont été préservés et transmis que par les gens de science et leurs disciples.

L’Association des Savants Musulmans et les voies soufies : 

L’Association des Savants Musulmans Algériens était, dès sa fondation, infiltrée par certains de ces individus qui assistaient à ses réunions sans servir ses objectifs ni aider à son administration. Ils étaient au contraire des espions et des informateurs. Ils étaient contre elle un œil espion et un rapporteur, transmettant les informations à l’administration coloniale française ; Allâh les traita donc à l’opposé de leur intention, et ils n’ont récolté de cette guerre que l’aveu de leur chef, ignorant et insolent : « Nous les avons discrédités auprès du gouvernement, et ils nous ont discrédités auprès de la nation. »

Le feu de leur guerre ne cesse de s’allumer puis de s’éteindre, et leurs flèches continuent de voler vers nous sans nous atteindre, rebondissant. Nous ne cesserons d’œuvrer selon Son ordre — élevé soit-Il — pleins de confiance en Sa promesse, car Il a dit — élevé soit-Il — (S : 16/V : 127 et 128) : (Arme-toi donc de patience ! Or, ta patience n’est possible que grâce à Allâh. Ne t’attriste pas pour eux et que ton cœur ne se resserre pas à cause de ce qu’ils manigancent. (127) Certes, Allâh est avec ceux qui ont la crainte et ceux qui sont bienfaisants. (128)) Puisse Allâh faire que l’issue de cette épreuve soit dans le bien de l’Islam.

Catégories des combattants contre l’appel de L’Association des Savants Musulmans :

Les meneurs de cette discorde parmi les musulmans se répartissent en quatre catégories : ceux qui prétendent au soufisme, ceux qui s’affilient à la science religieuse, ceux qui détiennent le pouvoir, et ceux qui se targuent d’être porteurs du Coran.

Mu’âdh ibn Jabal (qu’Allâh agrée) rapporta que le Prophète ﷺ a dit : « Je crains certes pour vous trois choses, et elles arriveront : l’erreur du savant, la polémique de l’hypocrite par le Coran, et ce bas monde qui vous sera ouvert. »[9]

‘Amr ibn ‘Awf (qu’Allâh agrée) rapporta qu’il a entendu le Messager d’Allâh ﷺ dire : « Je crains certes pour ma nation trois choses : l’erreur du savant, un désir passionnel suivi, et un jugement injuste. »[10]

Et même si l’attribution de ces deux hadiths au Prophète ﷺ n’a pas été authentifiée, leur sens demeure véridique. Comme il a été dit en poésie :

La religion n’a-t-elle été corrompue que

Par les rois, les mauvais rabbins et leurs moines

Quant à ceux qui prétendent au soufisme : ils se divisent entre véridiques et menteurs. Mais combien sont-ils loin des fondements posés par les pieux soufis des premiers temps !

Quant à ceux qui sont affiliés à la science : ce ne sont pas tous ceux qui ont reçu la science qui seront élevés par Allâh en degrés.

An-Nibâjî a dit : « La perfection de la science ne s’atteint que par cinq conditions : la connaissance d’Allâh — élevé et glorifié soit-Il —, la connaissance de la vérité, la sincérité de l’œuvre pour Allâh, l’œuvre conforme à la Sunna, et la consommation exclusive du licite (al-halâl). S’il en manque une seule, l’œuvre ne s’élève pas. »[11]

Quant à ceux qui détiennent le pouvoir : beaucoup d’entre eux ne nous ont combattus que sous la pression de ceux qu’ils craignent, par souci de préserver leurs postes. Nous leur rappelons donc le hadith : « Point d’obéissance à une créature dans la désobéissance au Créateur. »[12]

Quant à ceux qui se targuent d’être porteurs du Coran : quelle excellente fierté cela aurait été, s’ils ne l’avaient pas porté comme les fils d’Israël ont porté la Torah !  Le Prophète ﷺ a dit : « Fait certes partie de la vénération d’Allâh : honorer le musulman aux cheveux blancs, honorer le porteur du Coran sans excès ni détournement, et honorer le détenteur d’autorité équitable. »[13] Or, le véritable porteur du Coran est celui qui en connaît le sens et agit selon ce qu’il contient.[14]

La plupart des étudiants du Coran aujourd’hui ne recherchent, à travers son apprentissage, que la mémorisation de ses mots, et ne cherchent, en le mémorisant, qu’à tirer profit de son écriture[15] pour les malades et sa récitation sur les morts.

Quant à l’écriture du Coran pour les malades, la Sunna le concernant est le rappel (adh-dhikr) non l’accrochage. Et quant à sa récitation sur les morts contre rémunération, la Parole d’Allâh est la parole la plus élevée, sa récitation est la meilleure des évocations (adhkâr), et les évocations (adhkâr) comptent parmi les meilleurs actes d’adoration. Or, l’adoration ne doit être vouée qu’à Allâh seul, et Allâh n’en accepte que ce qui est conforme à Sa Législation (ash-sharî’a).

L’acceptation de ces actes par Allâh relève du domaine de l’Imperceptible (al-ghayb), dont nous ne pouvons garantir l’issue. Dès lors, celui qui récite le Coran uniquement pour une raison sociale, telle que complaire à la famille du défunt, ne peut prétendre à aucune rémunération pour cela. Il ne lui est pas permis de consommer la nourriture offerte, ni de percevoir quoi que ce soit en contrepartie.

Car en réalité, sans cette rémunération, le récitateur n’aurait pas récité ; et sans cette récitation, la famille du défunt n’aurait rien donné à ce lecteur. Telle est la réalité constatée chez les gens de notre époque. Pour autant, nous ne fermons pas la porte de la sincérité (al-Ikhlâs) à celui qui a été guidé vers le succès.

Les guides de l’association (ash-shirk) et ses protecteurs :

Tel est notre discours adressé aux chefs de cette discorde (fitna), par lequel nous espérons les conseiller en leur exposant la vérité. Cependant, nous réservons aux shaykhs des confréries soufies un discours spécifique, car ce sont eux qui ont encouragé ceux qui partageaient leurs desseins, et égaré ceux qui ont succombé à cette maladie.

Il nous est parvenu que, lorsque nous avons annoncé la publication de « L’épître sur l’association (ash-shirk) et ses manifestations », ils ont déclaré lors d’une de leurs assemblées : « Nous devons défendre l’association (ash-shirk) ! » Ils méritent donc plus que quiconque d’être appelés : « Les guides de l’association (ash-shirk) et ses protecteurs ! »

Notre discours spécifique à leur égard se résume en ceci : ils ont mêlé la grandeur de la Divinité à la bassesse de la mendicité, les mystères des Anges aux vices des démons, et la législation prophétique aux débauches de l’instinct animal ; et nous résumerons le discours en points :

Premier point : Leur prétention d’être intermédiaires entre Allâh et Ses serviteurs pour l’acceptation du repentir. Ils imposent à leurs disciples l’allégeance (al-bay’a) par l’obéissance à leur égard et l’obligation de suivre la voie (at-tariqa), et imposent leur autorité en tant que shaykhs sur les autres en disant : « Celui qui n’a pas de shaykh, le Diable est son shaykh », visant par là le shaykh de la tariqa que l’on visite avec des offrandes et de l’argent.

Or, se placer en intermédiaire entre le serviteur et son Seigneur pour l’acceptation de son repentir et le pardon est l’un des fondements de la mécréance des juifs et des chrétiens qu’Allâh a aboli par l’Islam. Il n’est permis à personne, après le Messager ﷺ, d’exiger qu’on lui prête allégeance par l’obéissance et le repentir envers Allah, sauf à un souverain qui s’établit pour unifier la parole des musulmans, préserver leur unité afin de manifester leur force.

Deuxième point : La limitation de l’alliance (al-wilâya) à ceux qui leur ressemblent, même s’ils faisaient partie des gens de l’ignorance et des adeptes de la débauche.

Ceux qui croient en eux défendent leurs actes blâmables en prétendant que leur buveur d’alcool « ne boit que du miel », ou que la fornication de leur fornicateur n’est qu’une illusion par laquelle il éprouverait la famille de la femme — et cela relève de la stupidité profonde et de la propagation du manque de jalousie masculine (dayâtha).

Troisième point : Le mépris des obligations légales et l’autorisation donnée à leurs adeptes d’assouvir leurs passions, ainsi que la garantie du Paradis à ceux qui sont sincères dans leur service. Le shaykh de la confrérie Hansâliyya a autorisé à ses adeptes les divertissements et l’assouvissement de leurs passions. At-Tijânî a rassemblé ses adeptes le jour de la vision (an-nazhra), s’est tenu sur une colline à ‘Ayn Mâdhî[16] et a placé sur sa tête une grande pièce d’or pour être vu, puis a proclamé dans son assemblée la garantie du Paradis pour quiconque le verrait, et ce jusqu’à sept générations !

Or, l’Islam a garanti le Paradis selon une description et non selon un nom, et cette description est la foi pure et l’œuvre pieuse sans invention dans la religion (bid’a). Allâh — élevé soit-Il — dit (S : 6/V : 48) : (Nous n’envoyons les Messagers qu’en annonciateurs de l’heureuse nouvelle et en avertisseurs. Ceux qui ont eu la foi et ont réformé leurs œuvres n’auront aucune crainte ni ne seront tristes.) Le Prophète ﷺ a dit : « Quiconque me garantit ce qu’il y a entre ses mâchoires et ce qu’il y a entre ses jambes[17], je lui garantis le Paradis. »[18]

‘Alî (qu’Allâh agrée) a dit : « Certes, le véritable savant est celui qui ne fait pas désespérer les gens de la miséricorde d’Allâh, ne les rassure point contre le châtiment d’Allâh, ne leur accorde pas de licences dans les actes de désobéissance à Allâh et ne délaisse point le Coran par aversion vers un autre, car il n’y a point de bien dans une adoration sans science, ni de bien dans une science sans compréhension, ni de bien dans une récitation sans méditation. »[19]

Quatrième point : Leurs nombreuses prétentions mensongères, telles que l’ascension vers le ciel, et la rencontre avec le Messager ﷺ à tout moment en état d’éveil. Parmi les propos célèbres attribués à Al-Qashî, sa parole : « Par mon Seigneur ! J’ai cherché l’Antéchrist (Ad-Dajjâl) dans le septième ciel mais je ne l’ai pas trouvé. » Malgré cela, il est considéré comme un vertueux (waliyy), et sa descendance est glorifiée.

Cinquième point : Le fait de fonder leur religion sur les superstitions, les rêves et les récits qui accroissent leur emprise par la crainte sur les cœurs de leurs adeptes.

Ils ne sont point en lien avec les savants, si ce n’est avec ceux qui les aident dans l’asservissement du commun des gens, ou pour répondre aux conseillers lucides[20] en interprétant fallacieusement en leur faveur les arguments qui les condamnent, ou en authentifiant un hadith mensonger s’il contient un argument en leur faveur.

Sixième point : Le détournement des cœurs des gens loin d’Allâh en suscitant l’espoir en eux-mêmes et la crainte envers eux. Ceci constitue une divinisation de leur personne et un asservissement de leurs adeptes.

L’un des marabouts a dit : « Seigneur ! Toi, exerce la pression (ashbah) et moi aussi je l’exerce ; et je ne crains de relâchement que de Ton côté ! »

Le terme (ashbah) signifie : « presse » ou « opprime ». Son intention était d’exprimer son exaspération envers les gens et son agacement à leur égard, considérant qu’ils méritent toute forme de châtiment divin. Il se place ainsi en partenaire de la Divinité dans cette oppression, se montrant impitoyable, tout en redoutant qu’Allâh ne fasse preuve de clémence !

Septième point : Propager la passivité parmi les gens et cultiver leur insouciance, puis les inciter à leur rendre visite et à voyager vers eux afin de leur extorquer leur argent.

Parmi leurs maximes courantes : « Soumets-toi, tu seras sauvé », « Soumets-toi aux hommes[21] en toute circonstance », « Crois et ne critique pas », « Visitez, vous serez illuminés ! »

Un avertissement sévère a certes été rapporté concernant le fait de solliciter indûment ce qui se trouve entre les mains des gens par désir pour ce bas monde. Or, si tu observais comment les chefs de confréries s’évertuent à s’accaparer ce qui se trouve entre les mains des gens, tu serais vraiment étonné !

Tel est notre discours concernant les soufis de notre temps, les propagateurs de l’association (shirk) et ses protecteurs. Nous les avons appelés, par le Livre et la Sunna, à la concorde, mais l’orgueil suscité par le péché les a saisis, et ils se sont obstinés dans la discorde : (Quiconque s’oppose au Messager après que la guidance lui est clairement apparue et suit un chemin autre que celui des croyants, Nous le vouerons à son choix et lui ferons subir le feu de l’Enfer. Et quelle malheureuse fin !) (S : 4/V : 115).

Fin de la série

Références et notes : 

[1] Nous avons choisi de traduire bid‘a par « invention dans la religion », car cette traduction reflète fidèlement son sens technique en jurisprudence islamique, tout en évitant le terme « innovation », qui comporte une connotation positive en français et pourrait induire en erreur. Pour fluidifier la lecture, nous utiliserons la translittération « bid‘a » dans le reste de ce livre. (Pluriel : bida’, inventeur dans la religion : mubtadi’, son pluriel : mubtadi’a, l’action d’inventer dans la religion : ibtidâ’) le contraire de bid’a est sunna.

[2] Ce qui est prescrit dans la religion et ce qui est inventé.

[3] De l’affiliation du soufisme à Al-Junayd et aux autres imams pieux et agréés.

[4]  L’incarnation (Al-Hulûl) signifie qu’Allah s’incarne dans certaines de Ses créatures et s’unit à elles, à l’image de la croyance des chrétiens en Son incarnation dans le Messie Jésus fils de Marie, ou de la croyance de certaines personnes en Son incarnation dans Al-Hallâj.

[5] L’union (Al-Ittihâd) signifie que l’essence même des créatures est l’essence même d’Allah, subhânah.

[6] [Les Râfidites ont concrétisé leur ambition par la révolution de Khomeini en 1979, et ont établi un État râfidite en imposant Wilâyat al-Faqîh (gouvernement du juriste-théologien), comme l’a mentionné l’auteur.]

[7] [« Adh-Dha’îfa » (5/520).]

[8] [« Mukhtasar al-Hujja ‘alâ Târik al-Mahajja » (1/113).]

[9] [Rapporté par At-Tabarânî dans « As-Saghîr » (1001), « Al-Awsat » (6575) et « Al-Kabîr » (282) ; Al-Haythamî l’a jugé faible dans « Al-Majma’ » (1/186).]

[10] [Rapporté par Al-Bazzâr (3384) ; Al-Haythamî l’a jugé faible dans « Al-Majma’ » (1/187).]

[11] [« Tafsîr al-Qurtubî » (2/208).]

[12] [Rapporté par Ahmad (20659), Al-Hâkim (5870) et authentifié par Adh-Dhahabî.]

[13] [Rapporté par Abû Dâwud (4843), et jugé hasan par Al-Albânî dans « Al-Mishkât » (4972).]

[14] [« At-Tamhîd » (11/256).]

[15] Sous forme d’amulette « tamîma ».

[16] [Une région de la province de Laghouat, au sud de l’Algérie.]

[17] C’est-à-dire : sa langue et son organe sexuel ; qu’il ne dise que du bien et ne commette pas d’adultère.

[18] [Rapporté par Al-Bukhârî (6474).]

[19] [Rapporté par Abû Nu’aym dans « Hilyat al-Awliyâ’ » (1/77).]

[20] Comme Shaykh Al-Mîlî et ses compagnons (qu’Allâh leur fasse miséricorde).

[21] Par ces « Hommes » auxquels il faut se soumettre et en qui il faut croire aveuglément, ils entendent ceux qui leur ressemblent [les chefs de confréries], et non les savants de la religion ou les hommes animés d’une jalousie protectrice (pour la foi) et de bons conseils. (Al-Mîlî, dans l’original)

Extrait de : « Le Raffinement de L’Épître sur l’Association (ash-shirk) et ses manifestations » De l’érudit Cheikh Moubarak ben Mouhammad Al-Mili. Résumé par : Dr Hacene Bouguelil. Traduit par : Tamime Khemmar.

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