Le président de la République a réuni un Conseil de défense et de sécurité nationale à l’Élysée ce dimanche 22 juin 2025 au soir. À l’issue de cette réunion, Emmanuel Macron a annoncé vouloir « accélérer » le départ des ressortissants français se trouvant en Israël, sur fond de conflit au Moyen-Orient. Parmi les mesures décidées figure la mobilisation d’avions de transport militaire A400M afin d’organiser un pont aérien pour évacuer les Français qui le souhaitent depuis Tel-Aviv – huffingtonpost.fr. Cette initiative a été prise alors que 160 Français évacués d’Israël venaient d’arriver à l’aéroport d’Orly (région parisienne) dimanche soir, où ils ont été accueillis par le ministre des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot.
Des avions A400M mobilisés de Tel-Aviv vers Chypre
Le chef de l’État a ordonné la mobilisation immédiate d’appareils Airbus A400M de l’Armée de l’Air afin de mettre en place des vols de rapatriement exceptionnels. Ces avions militaires transporteront les citoyens français depuis l’aéroport Ben Gourion de Tel-Aviv jusqu’à Chypre, point de transit vers la France. D’après le communiqué conjoint du ministère des Affaires étrangères et du ministère des Armées, ces vols spéciaux seront organisés « sous réserve de l’autorisation israélienne », c’est-à-dire qu’ils devront obtenir le feu vert des autorités israéliennes pour atterrir et décoller du territoire.
Vols spéciaux via la Jordanie et l’Égypte
Ce dispositif militaire vient s’ajouter aux rotations civiles déjà mises en place ces derniers jours. En effet, deux vols commerciaux affrétés depuis Amman, en Jordanie, étaient déjà programmés dimanche et lundi pour évacuer des ressortissants vers la France. Le Quai d’Orsay a également précisé que « d’autres vols suivront, en complément des liaisons commerciales directes ou indirectes au départ d’Amman (Jordanie) et de Charm el Cheikh (Égypte) ». Autrement dit, des vols spéciaux partent non seulement d’Israël même, mais aussi des pays voisins (Jordanie et Égypte), afin de multiplier les portes de sortie pour les Français de la région. Cette stratégie permet de contourner partiellement les contraintes locales : l’aéroport Ben Gourion de Tel-Aviv est très sollicité en cette période de crise, d’où l’importance d’utiliser aussi des hubs régionaux comme Amman et Charm el-Cheikh pour acheminer les personnes vers la France.
Priorité aux ressortissants vulnérables
Les opérations de rapatriement se concentrent en priorité sur les personnes les plus vulnérables parmi les expatriés et voyageurs français présents en Israël. « Ce sont des personnes fragiles, malades, en rupture de traitement médical, [ou] mineurs isolés », a expliqué Philippe Lalliot, directeur du Centre de crise et de soutien du ministère des Affaires étrangères, lors d’un point de presse samedi. En d’autres termes, les autorités ciblent en premier lieu :
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les individus dont l’état de santé est précaire (malades graves ou patients dont le traitement a été interrompu faute de suivi médical sur place) ;
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les enfants et adolescents non-accompagnés se retrouvant sans représentants légaux sur le terrain.
L’objectif est de mettre en sécurité ces cas humanitaires urgents. Deux avions ont ainsi décollé d’Amman ces derniers jours pour rapatrier plusieurs dizaines de personnes correspondant à ces critères vulnérables. D’autres rotations pourront suivre en fonction des besoins, a indiqué le Quai d’Orsay.
250 000 Français concernés et des milliers d’appels d’urgence
L’ampleur de la communauté française en Israël explique la mobilisation exceptionnelle décidée par Paris. On estime qu’environ 250 000 citoyens français résident en Israël, dont 100 000 sont inscrits sur les listes consulaires des ambassades et consulats de France. Ces derniers jours, l’inquiétude est montée d’un cran en raison de l’escalade militaire dans la région. Après l’attaque israélienne massive contre l’Iran le 13 juin, le Centre de crise du ministère français des Affaires étrangères a reçu un afflux d’appels à l’aide émanant de la zone : près de 4 000 appels de ressortissants français en Israël en quelques jours, ainsi qu’environ 1 500 appels depuis l’Iran, pays également touché par les hostilités.
« Ils sont inquiets mais aussi résilients », a souligné Philippe Lalliot au sujet de ces compatriotes ayant contacté les services consulaires d’urgence. De nombreux Français d’Israël cherchent à quitter provisoirement le pays, par crainte d’une aggravation du conflit israélo-iranien en cours. Le ministère de l’Europe et des Affaires étrangères a rappelé que des liaisons aériennes commerciales (directes ou via des escales tierces) restent disponibles pour quitter Israël, tout en conseillant fortement aux Français qui le peuvent de profiter de ces vols sans attendre. La mise en place des avions militaires A400M vise à augmenter encore la capacité de transport pour ceux qui rencontrent des difficultés à trouver une place sur un vol régulier.
Les premiers rapatriés accueillis à Orly par le gouvernement
Un premier contingent de Français évacués a pu fouler le sol français dès ce week-end. 160 ressortissants français en provenance d’Israël ont atterri à l’aéroport de Paris-Orly le dimanche 22 juin au soir. Ils ont été accueillis à leur arrivée par Jean-Noël Barrot, le nouveau ministre des Affaires étrangères, venu saluer ces compatriotes épuisés mais soulagés. D’après les informations de la chaîne BFMTV, il s’agissait pour beaucoup de familles et d’individus identifiés comme prioritaires (personnes malades, parents avec enfants en bas âge, etc.) qui avaient exprimé le souhait de rentrer en France compte tenu de la situation sécuritaire dégradée.
Le ministre Barrot a assuré que la France mettrait tout en œuvre pour protéger ses ressortissants et pour aider ceux qui désirent partir. Il a également remercié les autorités chypriotes pour leur coopération, Chypre ayant accepté de servir de plateforme de transit aérien. Ces premiers retours s’organisent alors que les tensions régionales restent vives – la France suit de près l’évolution du conflit et affirme parallèlement « rester pleinement mobilisée pour parvenir à un cessez-le-feu à Gaza dès que possible », a fait savoir l’Élysée.
Pour mémoire : pas d’évacuation massive lors des bombardements à Gaza
En contraste, lors de l’offensive israélienne sur la bande de Gaza à l’automne 2023, qui avait coûté la vie à plusieurs Franco-Palestiniens, aucune opération de rapatriement d’envergure n’avait été déployée par la France. Le 31 octobre 2023, le Quai d’Orsay annonçait par exemple le décès tragique de deux enfants de nationalité française tués dans le nord de Gaza en pleine campagne de bombardements, aux côtés de leur mère également grièvement blessée – reuters.com. Durant ce conflit, de nombreux Français binationaux sont restés bloqués dans l’enclave palestinienne pendant des semaines, tributaires de l’ouverture ponctuelle du terminal de Rafah vers l’Égypte. Les Franco-Palestiniens sur place se sont souvent sentis abandonnés à leur sort. « La population, y compris les Franco-Palestiniens, [était] abandonnée à son sort dans les camps de réfugiés », témoignait ainsi un Français réfugié à Gaza fin 2023 – lepoint.fr. En tout, seules quelques centaines de personnes (environ 260 d’après le ministère des Affaires étrangères) ont pu quitter Gaza entre novembre 2023 et avril 2024 grâce aux efforts diplomatiques français – lemonde.frlemonde.fr, faute d’un dispositif d’extraction massif. Ce sentiment d’abandon exprimé par les familles de victimes et les évacués de Gaza a marqué les esprits, nombre d’entre elles estimant que les autorités françaises n’avaient pas su les protéger ni agir assez vite en 2023.
Aujourd’hui, face à la crise en Israël, Paris veut manifestement éviter de reproduire ce scénario. La décision d’Emmanuel Macron d’« accélérer » le départ des Français d’Israël – en mobilisant dès maintenant des avions militaires et des vols spéciaux – apparaît donc comme une réponse directe aux critiques passées et une volonté de rassurer les ressortissants français où qu’ils se trouvent dans une zone de conflit – huffingtonpost.frlefigaro.fr. Les prochains jours diront combien de Français auront profité de cette offre de rapatriement et si les moyens déployés suffiront à évacuer tous ceux qui en font la demande. Les familles, elles, espèrent que cette fois l’État ne les laissera pas livrées à elles-mêmes.
D’un point de vue strictement humain, Gaza demeure tristement synonyme d’abandon — hier comme aujourd’hui — contrairement aux ressortissants d’Israël, tant l’inaction ou la lenteur des soutiens contrastent avec l’urgence des souffrances.

