Les savants de l’islam — à travers les siècles — n’ont cessé de mettre en garde contre le ribâ (l’usure) avec une insistance qui témoigne de la gravité de ce péché et de ses effets dévastateurs sur l’individu, la société et les nations. Leurs paroles, ancrées dans le Coran et la Sunna, éclairent notre époque avec une acuité saisissante : la réalité que nous vivons semble être le miroir fidèle de ce qu’ils ont décrit. Dans cet article, nous rassemblons leurs avertissements les plus marquants, avant de nous arrêter sur les signes précurseurs de l’Heure liés à la propagation du ribâ, tels que le Prophète — que l’éloge d’Allâh et Son salut soient sur lui — les a annoncés.
Paroles des savants sur le ribâ
As-Samarqandî : l’égalité des quantités comme rempart contre le ribâ
As-Samarqandî mentionna dans son ouvrage « La mise en garde des insouciants par les hadiths du Maître des Prophètes et Messagers » de nombreux hadiths sur la consommation du ribâ (l’usure), dont celui rapporté par Abû Sa’îd Al-Khudriyy, ‘Ubâda ibn As-Sâmit, Abû Hurayra et d’autres — qu’Allâh agrée — d’après le Prophète — que l’éloge d’Allâh et Son salut soient sur lui — :
« L’argent contre l’argent doit être en quantités égales et le surplus est un ribâ (usure). Le blé contre le blé doit être en quantités égales et le surplus est un ribâ. »
Et il cita l’orge, les dattes et le sel, puis dit : « Celui qui donne un surplus ou celui qui le demande aura commis un ribâ. »
Ibn Mas’ûd : délaisser les neuf dixièmes du licite par scrupule
Ibn Mas’ûd — qu’Allâh agrée — dit : « Nous délaissions les neuf dixièmes du licite de peur de tomber dans le ribâ (l’usure). »
Voilà l’essence de la piété (wara’), et l’homme ne peut préserver sa religion que par elle. Comme il a dit — que l’éloge d’Allâh et Son salut soient sur lui — :
« Le mérite du savoir est plus grand que celui de l’adoration, et la meilleure chose dans votre religion est la piété (wara’). »
La piété (wara’) signifie : abandonner ce dont on craint le châtiment. Car l’homme ne saurait s’éloigner de ce qui est interdit que s’il commence par s’éloigner de ce qui est douteux, et il ne saurait s’éloigner de ce qui est douteux que s’il est prêt à abandonner une partie du licite par précaution. Telle était la méthode des prédécesseurs — qu’Allâh leur fasse miséricorde.
Une maxime des savants : le ribâ et la fornication vouent un pays à la ruine
Il fut dit parmi les savants : nulle fornication ne s’est propagée dans un pays et le ribâ (l’usure) n’y fut mangé sans que celui-ci fût voué à la ruine.
La réalité et l’histoire en témoignent. Regarde certains pays qui furent autrefois célébrés et prospères, puis comment Allâh les ruina jusqu’au point où certains de leurs habitants en arrivèrent à manger des ordures. Tout cela confirme Sa Parole, élevé soit-Il : [préparez-vous à une guerre de la part d’Allâh et de Son Messager.] Car la guerre d’Allâh contre un peuple ne se manifeste pas nécessairement par les armes : elle peut prendre la forme de la pauvreté, de la désunion, de la perte de la bénédiction dans les richesses ou de l’effacement de la dignité devant les nations.
‘Alî ibn Abî Tâlib : celui qui commerce sans savoir tombe dans le ribâ
‘Alî ibn Abî Tâlib — qu’Allâh agrée — dit : « Celui qui commerce avant d’apprendre la religion tombera, certes, dans le ribâ (l’usure), puis tombera encore et encore. » C’est-à-dire : qu’il s’y noiera.
Il a dit la vérité — qu’Allâh l’agrée —, et c’est la situation de beaucoup de gens aujourd’hui : ils se noient dans le ribâ (l’usure) sans s’en rendre compte, et beaucoup d’entre eux refusent d’en étudier les règles ou n’acceptent pas les paroles de ceux qui les guident vers ce qui est juste. Or, l’ignorance n’est pas une excuse après que le savoir est disponible : celui qui peut apprendre et ne le fait pas portera la responsabilité de ses transactions illicites.
‘Umar ibn Al-Khattâb : que nul n’entre dans nos marchés sans savoir
Al-‘Alâ’ ibn ‘Abdirrahmân rapporta d’après son père, d’après son grand-père que ‘Umar ibn Al-Khattâb — qu’Allâh agrée — dit : « Que ceux qui n’ont pas appris leur religion ne vendent pas dans nos marchés, ainsi que ceux qui n’accordent pas amplement la mesure et la pesée. »
Il fut rapporté que ‘Umar ibn Al-Khattâb — qu’Allâh agrée — allait au marché et testait les vendeurs : s’il trouvait un vendeur qui ignorait les règles du ribâ (l’usure), il l’expulsait du marché.
Quelle leçon pour nos marchés d’aujourd’hui, où les transactions usurières ont envahi jusqu’aux plus petits commerces ! ‘Umar — qu’Allâh agrée — avait compris que la corruption des marchés commence par l’ignorance des règles divines qui les régissent. Le commerce est une ‘ibâda (un acte d’adoration) lorsqu’il est accompli dans les limites qu’Allâh a tracées ; il devient une source de châtiment lorsqu’il les transgresse.
Layth d’après Ibn Sâbit : les quatre causes de la destruction d’un peuple
Layth rapporta d’après ‘Abdurrahmân ibn Sâbit : « L’annonce de la destruction d’un peuple n’est décrétée que s’ils commettent quatre choses : ils diminuent la pesée, ils n’accomplissent pas la mesure, ils commettent grandement la fornication et mangent le ribâ (l’usure). Car si la fornication se propage parmi eux, l’épidémie les frappe. S’ils diminuent la pesée et la mesure, ils seront privés de pluie. Et s’ils mangent le ribâ (l’usure), l’épée sera dirigée contre eux. »
Notre réalité d’aujourd’hui en témoigne avec une clarté accablante. L’épidémie qui s’est répandue dans le monde entier au point qu’il ne resta pas un seul pays qui ne fût touché. La sécheresse qui a frappé de nombreux pays et privé des populations entières d’eau et de récoltes. Le sang de personnes innocentes versé injustement — pas un jour ne passe sans que des dizaines de personnes ne soient tuées à travers le monde. Tout cela confirme ce noble hadith et les avertissements du Prophète — que l’éloge d’Allâh et Son salut soient sur lui.
La poussière du ribâ : nul n’y échappe
Il fut rapporté que le Messager d’Allâh — que l’éloge d’Allâh et Son salut soient sur lui — dit :
« Un temps viendra où personne ne restera sans manger le ribâ (l’usure). »
On demanda : « Messager d’Allâh ! Mangeront-ils tous le ribâ (l’usure) ? » Il dit : « Celui qui n’en mangera pas sera touché par sa poussière. »
C’est-à-dire qu’il sera touché par son péché parce qu’il en sera complice d’une façon ou d’une autre : témoin, écrivain, ou simplement en agréant qu’il soit commis. À notre époque, la propagation du ribâ (l’usure) et de sa poussière sont devenues évidentes : sociétés de facilité de paiement, concessionnaires automobiles, vendeurs à crédit, banques usuraires liées aux virements de salaires, à la sécurité sociale et aux pensions de retraite — autant de transactions dont les gens dépendent sans en mesurer les conséquences devant Allâh.
Ce hadith n’est pas une invitation à la résignation, mais une mise en garde : celui qui ne peut éviter totalement la poussière du ribâ doit au moins éviter d’en manger, et s’employer à apprendre les règles qui lui permettront de purifier ses transactions autant qu’il lui est possible.
Ath-Thawrî : sous les vêtements des marchands se cachent des loups
Ath-Thawrî — qu’Allâh lui fasse miséricorde — dit : « Ne regarde pas les vêtements des gens du marché, car sous leurs vêtements se trouvent des loups. »
Cette parole lapidaire du grand imam de la sunna résume en une phrase ce que l’histoire des marchés a toujours confirmé : l’apparence de respectabilité ne préjuge pas de la licéité des transactions. Le musulman avisé ne se laisse pas éblouir par la façade d’un commerce florissant ou la réputation d’un commerçant : il s’enquiert des règles et vérifie par lui-même. Car le Prophète — que l’éloge d’Allâh et Son salut soient sur lui — a dit : « Délaisse ce dont tu doutes pour ce dont tu n’as aucun doute. »
Les signes précurseurs de l’Heure et le ribâ
Le hadith de Hudhayfa ibn Al-Yamân : les signes et la conduite à tenir
Hudhayfa ibn Al-Yamân — qu’Allâh agrée — rapporta qu’un homme vint vers le Prophète — que l’éloge d’Allâh et Son salut soient sur lui — et lui dit : « Quand arrivera l’Heure ? » Il dit :
« Celui qui en est interrogé ne la connaît pas plus que celui qui interroge. Seulement, elle a des signes : le rapprochement des marchés entre eux, c’est-à-dire leur récession ; une pluie sans plantes qui poussent ; la propagation de la ‘îna — c’est-à-dire manger le ribâ — ; les enfants de la fornication se propageront ; celui qui possède des richesses sera vénéré ; les voix des corrompus s’élèveront dans les mosquées et les gens de la fausseté domineront les gens de la vérité. »
L’homme dit : « Messager d’Allâh ! Que m’ordonnes-tu de faire ? » Le Messager d’Allâh dit :
« Fuis avec ta religion et sois comme un halas (tapis) parmi les halas (tapis) de ta maison. »
— Sa parole « un halas parmi les halas de ta maison » : le halas est tout ce qui est posé sous les vêtements précieux dans les maisons et reste toujours ainsi. C’est-à-dire : restez dans vos maisons et gardez le silence afin de ne pas tomber dans la fitna (épreuve) qui anéantira votre religion.
La fuite avec sa religion : une obligation à notre époque
Fuis donc avec ta religion loin de tous les lieux de fitna, des désirs et des ambiguïtés. Allâh, élevé soit-Il, a dit, (S : 29/V : 56) : [Mes serviteurs qui ont la foi ! Certes, Ma terre est vaste. Adorez-Moi donc.] Si le serviteur ne peut accomplir sa religion, la préserver et se protéger de ses opposants dans un pays, qu’il s’en aille dans un pays d’Allâh, élevé soit-Il, où il pourra adorer Allâh comme Il a ordonné et où il sera préservé de toute diminution dans sa religion.
Car, tout comme l’homme se déplace d’un pays à un autre à la recherche de ses subsistances ou pour acquérir les sciences modernes, il doit a fortiori fuir avec sa religion pour préserver sa religion. Ce verset est peut-être une recommandation divine de se déplacer d’un pays à un autre afin d’échapper aux fitan (épreuves) et par amour pour la religion. Celui qui sacrifie ses intérêts matériels pour préserver sa foi a accompli l’essentiel ; celui qui sacrifie sa foi pour ses intérêts matériels a tout perdu. Demandons à Allâh la préservation et la fermeté.
Dans le prochain article, nous aborderons les questions pratiques les plus fréquentes que se posent les musulmans aujourd’hui concernant le ribâ dans leurs transactions quotidiennes. Car la connaissance des principes généraux ne suffit pas toujours face à la complexité des situations modernes : les emprunts bancaires, les cartes de crédit, les assurances, les salaires versés par des institutions usuraires — autant de réalités contemporaines qui appellent des réponses claires, fondées sur la jurisprudence islamique et les fatwas des savants de notre temps.

