Frappe israélienne à Doha : Le Qatar claque la porte de la médiation

Israël cible le Qatar :

Le 10 septembre 2025, une frappe israélienne a visé des responsables du Hamas en plein cœur de Doha, la capitale du Qatar. Cet acte, qualifié d’une « extrême préoccupation » par la France selon son ministère des Affaires étrangères, a provoqué une onde de choc bien au-delà des frontières de l’émirat.

En réponse, le Qatar a annoncé une « réévaluation » de son rôle de médiateur dans le conflit israélo-palestinien, un rôle qu’il cultive avec soin depuis près de deux décennies. Cette attaque sur le sol d’un pays souverain, acteur central des négociations, ne constitue pas seulement une escalade militaire ; elle met en lumière les limites d’une diplomatie régionale déjà fragile et soulève des questions fondamentales sur la nature du projet sioniste et ses conséquences pour la stabilité mondiale.

En effet le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu avait il y a peu affirmé, lors d’une interview accordée à i24NEWS le 12 août 2025, qu’il se sentait investi d’une « mission historique et spirituelle » et qu’il était « très attaché » à la vision d’une « Grande Israël » (Greater Israel). Lire l’article suivant : Netanyahou et son grand Israël

Le Qatar, médiateur indispensable, poussé vers la sortie

La réaction du Qatar ne s’est pas fait attendre. Le Premier ministre, Mohammed ben Abdelrahmane Al-Thani, a déclaré que son pays réévaluait l’ensemble de son rôle de médiateur, allant jusqu’à exiger que Benyamin Netanyahou soit « traduit en justice » rapporte RFI. Cette prise de position radicale marque un tournant pour un pays qui a fait de la médiation la pierre angulaire de sa politique étrangère.

L’émirat s’est d’ailleurs illustré dans de nombreux dossiers complexes :

  • Liban (2008) : L’accord de Doha a mis fin à une grave crise politique qui menaçait de faire basculer le pays dans une nouvelle guerre civile là où d’autres puissances régionales avaient échoué.
  • Afghanistan (2020) : Doha a accueilli les longues négociations entre les États-Unis et les talibans, aboutissant à un accord historique pour le retrait des troupes américaines.
  • Iran-États-Unis (2023) : Le Qatar a facilité un échange de prisonniers et le dégel d’avoirs iraniens, démontrant sa capacité à dialoguer avec des acteurs jugés « infréquentables » par l’Occident selon une analyse du CERMAM.

Cette « polyvalence » diplomatique, qui lui permet de dialoguer simultanément avec le Hamas, l’Iran, Israël et les États-Unis, a fait du Qatar un acteur unique et essentiel. En frappant Doha, Israël s’attaque à l’architecture même des pourparlers de paix.

Un vide diplomatique aux conséquences imprévisibles

Le retrait potentiel du Qatar créerait un vide dangereux. Certains ont d’ailleurs affirmé que la frappe israélienne visait précisément à « empêcher la médiation sur Gaza » selon Le Figaro.

Le sionisme, une idéologie de conflit ?

La frappe de Doha, par sa brutalité et son mépris apparent pour les canaux diplomatiques, est perçue par de nombreux observateurs non comme un incident isolé, mais comme l’expression d’une logique plus profonde. Pour ses critiques, cette logique est inhérente au sionisme, une idéologie dont les fondements et les pratiques sont, selon eux, structurellement sources de conflit.

Quand l’ONU qualifiait le sionisme de « racisme »

Cette critique du sionisme a trouvé une résonance internationale majeure le 10 novembre 1975, lorsque l’Assemblée générale des Nations unies a adopté la résolution 3379. Ce texte, aujourd’hui historique, « détermine que le sionisme est une forme de racisme et de discrimination raciale » selon les archives de l’ONU. Adoptée dans le contexte de la Guerre Froide et de la décolonisation, elle fut portée par les pays arabes, le bloc de l’Est et de nombreux pays non-alignés qui voyaient une « alliance impie » entre le sionisme et le régime d’apartheid en Afrique du Sud.

Une « Nakba continue » et un système d’apartheid

Pour les critiques, la logique coloniale du sionisme ne s’est pas arrêtée en 1948. Ils parlent d’une « Nakba continue », un processus permanent d’expulsion et de dépossession. La Nakba (« catastrophe » en arabe) de 1948, qui a vu l’expulsion de plus de 780 000 Palestiniens, n’était pas un « événement » ponctuel mais le début d’une « structure » permanente d’élimination selon l’analyse de l’AFPS.

Cette structure se manifeste aujourd’hui de multiples façons :

  • L’occupation et la colonisation : Depuis la guerre de 1967, la colonisation de la Cisjordanie et de Jérusalem-Est se poursuit, fragmentant le territoire palestinien et rendant la création d’un État viable quasi impossible.
  • Une citoyenneté à deux vitesses : Les Palestiniens restés en Israël après 1948, bien que citoyens, sont soumis à des discriminations systémiques. Plus de la moitié d’entre eux vivent sous le seuil de pauvreté, contre 15% des Juifs israéliens selon l’UJFP.
  • Un régime d’apartheid : En février 2022, l’organisation de défense des droits humains Amnesty International a conclu dans un rapport retentissant qu’Israël imposait un « système d’apartheid » aux Palestiniens, que ce soit en Israël ou dans les territoires occupés.

Conclusion

La frappe israélienne à Doha est bien plus qu’une simple opération militaire. C’est un acte qui a fait voler en éclats la fragile architecture diplomatique régionale et qui a poussé son principal médiateur vers la sortie. Ce faisant, elle expose crûment une réalité que les critiques du sionisme dénoncent depuis des décennies : une idéologie qui, dans sa quête de sécurité et de territoire pour un seul peuple, recourt à des méthodes qui sapent la souveraineté de ses voisins, ignorent les cadres diplomatiques et perpétuent un état de conflit permanent.

Alors que le Qatar se retire, laissant un vide dangereux, la région se retrouve face à une incertitude accrue. Sans un canal de dialogue crédible, le risque d’une nouvelle conflagration est immense. La frappe de Doha aura ravivé le débat sur la nature d’un projet politique dont les conséquences continuent de déstabiliser le Moyen-Orient et le monde.

By Michael

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