Il y a, durant l’année, des jours qui sont parmi les autres jours comme sont les prophètes parmi le reste des hommes : des jours glorieux. Ashura, le dixième jour du mois de Muharram, fait partie de ces nobles jours.

Pourquoi ? Parce qu’Allâh — élevé soit-Il — fit triompher, en ce jour, Son illustre Prophète Mûsâ — que l’éloge d’Allâh et Son salut soient sur lui — sur Son plus grand ennemi, l’un des tyrans les plus orgueilleux que l’humanité ait jamais connus : Pharaon.

En ce jour, Allâh ne se contenta pas de libérer le peuple des enfants d’Israël — les enfants de Ya’qûb, fils d’Ishâq, fils d’Ibrâhîm — du joug de l’esclavage et de l’oppression que leur faisait subir depuis de longues générations le peuple copte de Pharaon ; Il fit périr devant leurs yeux leur sanguinaire oppresseur ainsi que tous ses soldats, sans en excepter un seul. Les mécréants prirent le chemin de l’Enfer après avoir été noyés dans la mer, et les croyants guidés par Mûsâ prirent le chemin du prestige et de la gloire qu’Allâh avait prédestinés au grand peuple des fils d’Israël. Tout cela se passa en une seule journée : la journée de Ashura.

Ashura et l’Islâm

Lorsque le Prophète Muhammad — que l’éloge d’Allâh et Son salut soient sur lui — arriva à Médine, il trouva les Juifs jeûnant ce jour. Interrogés sur la raison de ce jeûne, ils répondirent qu’il s’agissait du jour où Allâh avait sauvé les enfants d’Israël de leur ennemi. Il leur dit : « Je suis plus proche de Mûsâ que vous ne l’êtes de lui. » [Rapporté par Al-Bukhârî et Muslim.] Puis il jeûna ce jour et ordonna aux gens de le jeûner.

En effet, les Juifs de Médine s’étaient éloignés de la voie de Mûsâ et des commandements de la Torah, qui leur ordonnaient d’avoir foi en tous les prophètes d’Allâh et de les suivre — ce qu’ils n’accomplirent ni à l’égard de ‘Îsâ ni à l’égard de Muhammad — que l’éloge d’Allâh et Son salut soient sur lui —. Les musulmans, héritiers de la foi des prophètes, ont donc plus de droit à ce jour et à la gratitude qu’il exprime.

Afin de se distinguer des Juifs, tout en accordant à ce jour la valeur qui lui revient, le Prophète — que l’éloge d’Allâh et Son salut soient sur lui — prescrivit d’y adjoindre un second jour de jeûne, soit le neuvième soit le onzième. [Rapporté par Muslim.]

La récompense du jeûne de Ashura

Le Prophète — que l’éloge d’Allâh et Son salut soient sur lui — fut interrogé sur le mérite du jeûne de ce jour. Il répondit :

« Allâh lui accordera d’expier l’année qui le précède. » [Rapporté par Muslim.]

Quelle immense récompense pour un si petit effort ! Un seul jour de jeûne — ou deux pour celui qui y ajoute le neuvième — et c’est une année entière de péchés mineurs qui s’efface. Qu’Allâh nous aide et nous soutienne, car sans Son aide rien n’est facile.

Comment jeûner Ashura

Plusieurs façons de jeûner ce jour béni ont été établies, toutes valables. Jeûner le 9 et le 10 est la formule la plus recommandée, car elle réalise pleinement la distinction d’avec les Juifs qu’a ordonnée le Messager — que l’éloge d’Allâh et Son salut soient sur lui —. Il est également valable de jeûner le 10 et le 11, ou les trois jours — le 9, le 10 et le 11 — ensemble, et il n’y a aucun inconvénient à cela. Jeûner le 10 seul est permis, bien que moins parfait. Quant à celui qui jeûne tout le mois de Muharram ou une grande partie, le 10 inclus, il accomplit un acte d’une valeur immense, conformément au hadith : « Le meilleur jeûne après Ramadân est le mois d’Allâh Muharram. » [Rapporté par Muslim.]

Il convient de rappeler que tout ceci est un jeûne surérogatoire : celui qui l’accomplit sera récompensé, et celui qui ne le fait pas n’encourt aucun blâme.

Questions pratiques relatives au jeûne de Ashura

Celui qui ne réalise qu’en cours de journée que c’est Ashura

S’il a déjà mangé en début de journée, son jeûne ne sera pas valable, même s’il s’abstient pour le reste de la journée. Le jeûne surérogatoire n’est en effet valable à partir du milieu de la journée que pour celui qui n’a rien consommé depuis l’aube.

Celui qui réalise après coup qu’il a jeûné le mauvais jour

Si quelqu’un a jeûné le neuvième et le dixième, puis réalise qu’il avait en réalité jeûné le huitième et le neuvième selon le calendrier réel, il n’a pas à rattraper ces jours. Il bénéficiera — si Allâh le veut — de sa récompense complète selon son intention, car il pensait qu’il s’agissait du neuvième et du dixième selon les calendriers.

La femme en état de menstruation

Si le jour de Ashura survient alors qu’une femme est en état de menstruation, elle n’a pas à rattraper ce jeûne. Ce jeûne est spécifique à un jour déterminé dont la règle disparaît avec la disparition de ce jour — de même que l’acte surérogatoire lié à une cause disparaît avec la disparition de cette cause.

Celui qui a des jours de Ramadân à rattraper

Celui qui jeûne le jour de Ashura alors qu’il a encore des jours de Ramadân à rattraper voit son jeûne surérogatoire valide, tant que le temps est encore large. S’il forme l’intention de faire de ce jour un rattrapage de Ramadân, il bénéficiera des deux récompenses : celle du jour de Ashura et celle du rattrapage.

Ashura coïncidant avec un vendredi

S’il est en général déconseillé de jeûner le vendredi seul, celui qui jeûne ce jour parce que c’est Ashura et non parce que c’est un vendredi n’encourt aucun inconvénient, car c’est la spécificité que le Prophète — que l’éloge d’Allâh et Son salut soient sur lui — a prohibée, non le jeûne lui-même lorsqu’il repose sur une autre raison.

La recherche du croissant de Muharram

Il n’est pas obligatoire de procéder à l’observation du croissant lunaire spécifiquement pour déterminer la nuit de Ashura, car il s’agit d’un acte surérogatoire et non d’une obligation. Si le croyant manque le jour exact et jeûne un jour avant et un jour après, cela ne lui nuit aucunement et il bénéficie d’une immense récompense.

Ce qu’il faut éviter de faire lors de Ashura

Il n’est de meilleur chemin pour obtenir l’agrément d’Allâh que de Lui obéir et d’appliquer ce qu’Il a prescrit. Or, ce qu’Il a prescrit en ce jour, c’est le jeûne — et rien d’autre. Si un autre acte d’adoration présentait le moindre intérêt en ce jour, le Prophète — que l’éloge d’Allâh et Son salut soient sur lui —, soucieux de notre bien et le connaissant mieux que nous, nous l’aurait certainement enseigné.

C’est pourquoi, à part le jeûne de Ashura et la méditation de la grande grâce qu’Allâh accorda aux croyants en les sauvant de leur ennemi — ainsi que la façon dont Il fit triompher le haqq sur le bâtil —, rien d’autre n’est prescrit.

Le bain rituel, le khôl et la teinture au henné

Tous les hadiths relatifs au bain le jour de Ashura, à l’usage du khôl, à la teinture au henné et aux pratiques similaires sont des hadiths forgés, sans aucune valeur, selon le consensus des spécialistes du hadith. Le Prophète — que l’éloge d’Allâh et Son salut soient sur lui — ne pratiqua jamais ces actes, ni aucun de ses Compagnons — qu’Allâh agrée —. Ces hadiths ne figurent dans aucun des grands recueils de la Sunna — ni les musnad, ni les sunan, ni les sahîh.

L’élargissement des dépenses pour la famille

Les hadiths rapportés à ce sujet ne sont pas authentiques et ne sauraient fonder une pratique religieuse. La règle en Islâm est que la preuve réside dans le Livre et la Sunna, non dans la pratique isolée de certains, fussent-ils des savants renommés. L’élargissement des dépenses pour la famille le jour de Ashura en tant qu’acte religieux spécifique est donc une innovation non prescrite, en vertu de la parole du Prophète — que l’éloge d’Allâh et Son salut soient sur lui — : « Quiconque accomplit un acte qui ne repose pas sur notre ordre, cet acte est rejeté. » [Rapporté par Muslim et Al-Bukhârî.]

La veille nocturne spécifique

Réserver la nuit précédant Ashura à une veille particulière est un culte inventé (bid’a) blâmable, sans aucun fondement dans la Sunna.

Faire de ce jour un ‘Îd ou un jour de deuil

Il n’est pas prescrit de fêter ce jour comme un Aïd, ni d’en faire un jour de deuil, de pleurs et de lamentations — à la manière des Râfidites qui prétendent commémorer la mort d’Al-Husayn — qu’Allâh agrée — en ce jour. C’est là une invention dans la religion répréhensible qui s’oppose à ce qu’a établi le Prophète — que l’éloge d’Allâh et Son salut soient sur lui — et à la voie de ses Compagnons — qu’Allâh agrée —. Allâh et Son Messager n’ont jamais ordonné de faire des jours de calamités des prophètes et de leur mort des jours de deuil — alors qu’en est-il pour ceux qui leur sont inférieurs.

À Ashura, on ne célèbre pas, on ne pleure pas : on jeûne, on médite la grandeur de la grâce d’Allâh envers les croyants, et l’on rend grâce à Celui qui fait toujours triompher le haqq sur le bâtil.

Qu’Allâh nous accorde de jeûner ce jour dans la Sunna, d’en tirer la récompense promise, et de nous préserver des cultes unventés (bida’) et des égarements.

Et Allâh est plus Savant.

 

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