La Sunna prophétique constitue le second pilier de la législation islamique et le commentaire vivant du noble Coran. Les hadiths du Prophète — que l’éloge d’Allâh et Son salut soient sur lui — ont précisé, illustré et renforcé l’interdiction du ribâ (l’usure) avec une rigueur et une gravité sans équivalent dans le traitement d’aucun autre péché. Ces textes révèlent non seulement la nature du ribâ et ses formes multiples, mais dépeignent aussi ses conséquences dans la vie d’ici-bas et dans la vie dernière, afin que le musulman craignant Allâh s’en éloigne de toute la force de sa foi. Dans cet article, nous rassemblons les hadiths prophétiques essentiels concernant la mise en garde contre le ribâ, assortis des paroles éclairantes des Compagnons et des savants, et des réflexions de l’auteur.
Les hadiths prophétiques et les paroles des savants sur l’interdiction du ribâ
Le ribâ : l’un des sept péchés destructeurs
D’après Abû Hurayra — qu’Allâh agrée —, d’après le Prophète — que l’éloge d’Allâh et Son salut soient sur lui — qui dit :
« Éloignez-vous des sept péchés destructeurs ! »
Les Compagnons — qu’Allâh agrée — demandèrent : « Messager d’Allâh ! Quels sont-ils ? » Il répondit :
« L’association dans l’adoration d’Allâh, la sorcellerie, tuer une âme qu’Allâh a interdit de tuer sauf en toute justice, manger le ribâ (l’usure), manger les biens de l’orphelin, fuir le jour de la bataille et accuser d’adultère les vertueuses et innocentes croyantes. »
Sa parole « péchés destructeurs » — mûbiqât dans le texte arabe — signifie : ceux qui mènent à la perte.
La malédiction du Prophète sur celui qui mange le ribâ et celui qui le donne
Ibn Mas’ûd — qu’Allâh agrée — rapporta : « Le Messager d’Allâh — que l’éloge d’Allâh et Son salut soient sur lui — a maudit celui qui mange le ribâ (l’usure) et celui qui le donne. »
La malédiction s’étend à l’écrivain, aux témoins et à tous les complices
Ibn Mas’ûd — qu’Allâh agrée — rapporta également : « Celui qui mange le ribâ (l’usure), celui qui le donne, son écrivain, ses deux témoins s’ils en sont au courant, la femme qui se tatoue et celle qui demande à d’autres de le lui faire pour la beauté, celui qui refuse de donner la zakât (l’aumône obligatoire) et celui qui redevient nomade après sa hijra (émigration) sont maudits par la langue du Prophète — que l’éloge d’Allâh et Son salut soient sur lui — le Jour de la résurrection. »
Le mangeur, le donneur, l’écrivain et les témoins : tous pareils
Jâbir ibn ‘Abdillâh — qu’Allâh agrée — dit : « Le Messager d’Allâh — que l’éloge d’Allâh et Son salut soient sur lui — a maudit celui qui mange le ribâ (l’usure), celui qui le donne, son écrivain et ses deux témoins. » Et il dit :
« Ils sont tous pareils. »
Le ribâ associé à d’autres interdits dans la malédiction prophétique
‘Awn ibn Abî Juhayfah rapporta d’après son père — qu’Allâh agrée — : « Le Prophète — que l’éloge d’Allâh et Son salut soient sur lui — a maudit celle qui se tatoue et celle qui demande à d’autres de le lui faire, celui qui mange le ribâ (l’usure), celui qui le donne. Il a aussi prohibé le gain de la vente d’un chien et le gain de la prostituée, et il a maudit ceux qui fabriquent des images. »
Soixante-treize types de ribâ — le moindre surpasse l’inceste
‘Abdullâh ibn Mas’ûd — qu’Allâh agrée — rapporta d’après le Messager d’Allâh — que l’éloge d’Allâh et Son salut soient sur lui — :
« Le ribâ comporte soixante-treize types dont le moins grave est semblable à un homme qui commet l’acte sexuel avec sa propre mère. »
Pureté à Allâh ! Le lecteur ne réfléchit-il pas au fait qu’Allâh a placé celui qui pratique le ribâ (l’usure) au niveau de l’associateur dans l’adoration d’Allâh, dont les péchés ne seront jamais pardonnés ? Qu’Il a rendu l’usurier pire que celui qui commet l’adultère avec sa propre mère — qu’Allâh nous en préserve — ? Et qu’Il a réservé à celui qui mange le ribâ un châtiment dont Il lui fera la honte de divulguer publiquement le Jour de la Résurrection, contrairement aux autres péchés gravissimes (kabâ’ir) ? Quiconque entend cela ne devrait-il pas être dissuadé ? Ceux qui voient les exemples et les châtiments dévastateurs ne sont-ils pas exhortés par la vengeance d’Allâh contre ceux qui L’ont combattu ? Leur fin fut malheur et chagrin, ils furent châtiés par la perte dans la vie d’ici-bas et les comptes difficiles dans la vie dernière, tandis que leurs héritiers — épouses et enfants — jouissent licitement et abondamment de leurs biens. Demandons à Allâh de nous accorder la préservation contre la perte de la clairvoyance et l’égarement évident.
Un dirham de ribâ : pire que trente-six fornications
‘Abdullâh ibn Hanzala — dont les Anges accomplirent le lavage mortuaire — qu’Allâh agrée — rapporta que le Messager d’Allâh — que l’éloge d’Allâh et Son salut soient sur lui — dit :
« Un dirham de ribâ (usure) que l’homme mange alors qu’il le sait est pire que trente-six fornications. »
La fornication et le ribâ dans une cité : le châtiment d’Allâh est mérité
Ibn ‘Abbâs — qu’Allâh agrée — dit : « Si la fornication et le ribâ (l’usure) apparaissent dans une cité, ils ont alors encouru contre eux-mêmes le châtiment d’Allâh. »
Le ribâ, signe précurseur de l’Heure
Ibn Mas’ûd — qu’Allâh agrée — rapporta d’après le Prophète — que l’éloge d’Allâh et Son salut soient sur lui — :
« Avant la venue de l’Heure, se propageront le ribâ (l’usure), la fornication et les boissons alcoolisées. »
C’est ce que nous voyons se produire à notre époque, et ce qu’Allâh et Son Messager ont rapporté fut confirmé par la réalité. Or, Allâh dit, (S : 4/V : 122) : [Et qui est plus sincère, dans sa parole, qu’Allâh ?] Et Il dit, élevé soit-Il, (S : 39/V : 33) : [Quant à celui qui a apporté la vérité et qui y a cru, ceux-là sont ceux qui ont la crainte.]
Le mangeur de ribâ ressuscité comme un fou
‘Awf ibn Mâlik — qu’Allâh agrée — rapporta que le Messager d’Allâh — que l’éloge d’Allâh et Son salut soient sur lui — dit :
« Prends garde aux péchés qui ne seront pas pardonnés : le vol du butin. Celui qui vole quelque chose du butin le ramènera le Jour de la résurrection. Ainsi que celui qui mange le ribâ (l’usure). Celui qui mange le ribâ sera ressuscité le Jour de la résurrection comme un fou qui se débat. »
Puis il récita : [Ceux qui mangent le ribâ (l’usure) ne se lèveront que comme se lève le fou qui est étranglé par le Chaytân (le Diable).]
Celui qui s’adonne grandement au ribâ est voué au manque
Ibn Mas’ûd — qu’Allâh agrée — rapporta d’après le Prophète — que l’éloge d’Allâh et Son salut soient sur lui — :
« Nulle personne ne s’adonne grandement au ribâ sans qu’elle soit vouée au manque. »
L’usure est un argent illégal prélevé sans raison légitime. Celui qui le prend combat Allâh et Son Messager, comme Allâh, élevé soit-Il, dit, (S : 2/V : 278-279) : [Vous qui avez eu la foi ! Craignez Allâh et abandonnez ce qui reste comme ribâ (usure) si vous êtes croyants. (278) Si vous ne le faites pas, préparez-vous à une guerre de la part d’Allâh et de Son Messager. Mais si vous vous repentez, vos capitaux vous appartiendront. Vous ne léserez personne et personne ne vous lésera. (279)] Quelle réussite, quel commerce et quel profit celui qui combat Allâh et Son Messager attend-il donc ? La fin de celui qui se trouve dans cette situation sera la pauvreté du cœur, la privation de la bénédiction, la peur de toute chose. Il sentira que toute chose lui est ennemie, vivra dans la crainte du besoin et de la faillite — demandons à Allâh le pardon et la préservation —. On le trouvera le plus accablé des gens quant à sa santé, qui est la plus grande grâce accordée à l’homme après la certitude (yaqîn). Le Messager d’Allâh — que l’éloge d’Allâh et Son salut soient sur lui — a dit : « Demandez à Allâh la préservation, car aucun bien n’a été donné à quelqu’un de meilleur, après la certitude (yaqîn), que la préservation. »
Il se pourrait que la seule chose que gagnera celui qui s’adonne au ribâ (l’usure) soit la perte de sa santé. Or, si elle part, quelle vie reste-t-il ? Après elle, l’homme ne voudra ni argent, ni enfant, ni famille, ni ami. S’il lui était dit : « Veux-tu donner tout ce que tu possèdes pour que ta santé te soit rendue ? » il le dirait sans hésiter.
À l’opposé, quiconque s’attache à l’obéissance et à la crainte, vit comme il lui a été commandé et œuvre conformément à la volonté du Créateur, élevé soit-Il, gagnera ce qui a été promis dans Sa Parole, élevé soit-Il, (S : 16/V : 97) : [Quiconque aura accompli de bonnes œuvres, homme ou femme, tout en étant croyant, Nous allons, certes, lui faire vivre une belle vie et Nous lui accorderons son salaire selon ce qu’il a œuvré de meilleur.] Il obtiendra la belle vie dans toute sa plénitude.
Le ribâ cause la métamorphose en singes et en porcs
‘Ubâda ibn As-Sâmit — qu’Allâh agrée — rapporta d’après le Messager d’Allâh — que l’éloge d’Allâh et Son salut soient sur lui — :
« Par Celui dans les Mains de qui se trouve l’âme de Muhammad ! Des gens de ma nation passeront la nuit, joyeux, orgueilleux, jouant et s’amusant, puis seront transformés le matin en singes et porcs à cause de ce qu’ils auront bravé comme interdictions, des chanteuses qu’ils auront écoutées, des boissons alcoolisées qu’ils auront bues, du ribâ (usure) qu’ils auront mangé et de la soie qu’ils auront portée. »
Sa parole « joyeux et orgueilleux » — asharin wa batarin dans le texte arabe — désigne : l’orgueil, la prétention, la joie excessive ainsi que le mépris et le dédain des gens. Or, Allâh n’aime pas tout vaniteux et prétentieux. Ce grand mal arrive lorsque la grâce est accordée à l’homme alors qu’il n’a pas la crainte : il devient alors orgueilleux, prétentieux, pécheur et transgresseur.
Le mangeur de ribâ dans la rivière de sang — le songe prophétique
Samura ibn Jundub — qu’Allâh agrée — rapporta que le Prophète — que l’éloge d’Allâh et Son salut soient sur lui — dit :
« J’ai vu cette nuit deux hommes qui vinrent à moi et m’emmenèrent à une terre sacrée. Nous partîmes jusqu’à une rivière de sang où se trouvait un homme debout. Au bord de la rivière se trouvait un homme ayant des pierres devant lui. Chaque fois que l’homme dans la rivière voulait sortir, l’autre lui jetait une pierre dans la bouche et le renvoyait à sa place. »
Puis il demanda : « De quoi s’agit-il ? » On lui dit : « Celui que tu as vu dans la rivière est celui qui mange le ribâ (l’usure). »
Quelle honte, quelle punition et quelle humiliation sont plus grandes que celles de celui dont l’état sera ainsi dans la vie dernière ? Qu’Allâh nous protège de Son abandon et de la domination du Chaytân. Allâh dit la vérité dans Sa Parole, (S : 43/V : 36-37) : [Quiconque se détourne du rappel d’Ar-Rahmân (Le Miséricordieux), Nous lui susciterons un chaytân (diable) qui sera son compagnon inséparable. (36) Ils les détournent assurément loin du sentier mais ils pensent qu’ils sont sur la guidance. (37)]
L’annulation du ribâ de la Jâhiliyya lors du Pèlerinage de l’adieu
Sulaymân ibn ‘Amr rapporta d’après son père — qu’Allâh agrée — : « J’entendis le Messager d’Allâh — que l’éloge d’Allâh et Son salut soient sur lui — lors du Hajjat Al-wadâ’ (le Pèlerinage de l’adieu) dire :
« Certes, tout ribâ (usure) du ribâ de la Jâhiliyya (la période d’ignorance préislamique) est annulé. Vos capitaux vous reviennent ; vous ne lèserez personne et personne ne vous lèsera. Certes, tout sang du sang de la Jâhiliyya est annulé. »
Puis il dit : « Allâh ! Ai-je transmis ? » Ils dirent : « Oui », trois fois. Il dit : « Allâh ! Sois en témoin ! », trois fois. »
L’indifférence au licite et à l’illicite : signe de la fin des temps
Abû Hurayra — qu’Allâh agrée — rapporta d’après le Prophète — que l’éloge d’Allâh et Son salut soient sur lui — :
« Un temps viendra où l’homme ne se souciera plus de savoir d’où il a acquis ses biens, d’une voie licite ou illicite. »
Combien de fois invoquons-nous Allâh pour obtenir la pluie et nos prières ne sont pas exaucées ! Combien de fois prions-nous contre ceux qui ont transgressé, furent des tyrans et ont tué les musulmans, et on ne nous exauce pas ! N’est-ce pas la confirmation de ce qu’il a dit — que l’éloge d’Allâh et Son salut soient sur lui — ? Nous témoignons que nulle divinité ne mérite l’adoration hormis Allâh, sans associé, et nous témoignons que Muhammad est Son serviteur et Son Messager.
Le bien acquis par un péché : rejeté même s’il est dépensé en aumône
Al-Qâsim ibn Mukhaymira rapporta que le Messager d’Allâh — que l’éloge d’Allâh et Son salut soient sur lui — dit :
« Quiconque acquiert des biens par un péché, puis les donne en aumône, les donne à un parent ou les dépense dans le sentier d’Allâh, tout ceci sera rassemblé et sera jeté en Enfer. »
Abû Bakr As-Siddîq refuse le surplus sur une balance
Abû Râfi’ rapporta : « J’achetai un bracelet de cheville à Abî Bakr As-Siddîq — qu’Allâh agrée —. Il mit le bracelet de cheville dans un plateau de la balance et les dirhams dans l’autre. Le bracelet de cheville était légèrement plus lourd. Je lui dis : « Successeur du Messager d’Allâh ! Le surplus est pour toi. » Il dit : « Non. J’ai entendu le Messager d’Allâh dire :
« Celui qui donne un surplus et celui qui le demande iront en Enfer. »
Ce qui est regrettable et triste, aujourd’hui, c’est que le ribâ (l’usure) est commercialisé parmi les gens plus largement que la nourriture, les boissons et les vêtements. Il a été diffusé par les banques, les sociétés de paiement par tranches et les sociétés commerciales de telle manière que les gens n’y prêtent plus garde. Nous craignons à cause de cela un châtiment général et rapide. Demandons à Allâh de nous préserver de Son châtiment, de nous protéger de la disparition de la clairvoyance et de l’ingratitude envers les grâces, et de ne pas nous compter parmi ceux qui Le combattent par le biais de Ses grâces.
Paroles des Compagnons sur la gravité du ribâ
‘Abdullâh ibn Salâm : soixante-douze péchés et la honte du Jour de la résurrection
‘Abdullâh ibn Salâm — qu’Allâh agrée — dit : « Le ribâ (l’usure) comporte soixante-douze péchés dont le plus petit est comme celui d’un homme qui a un rapport sexuel avec sa propre mère lors de l’islam. Et un dirham de ribâ est pire que trente et quelques fornications. » Il ajouta : « Allâh, élevé soit-Il, permettra au bienfaisant et au malfaisant de se lever le Jour de la résurrection, sauf celui qui mange le ribâ (l’usure) : il ne se lèvera que comme se lève celui qui se débat étranglé par le Chaytân, c’est-à-dire comme le fou ; à chaque fois qu’il se lève, il retombe. »
Ka’b Al-‘Ahbâr : la fornication préférable au ribâ
Ka’b Al-‘Ahbâr — qu’Allâh agrée — dit : « Commettre trente-trois fornications m’est plus agréable que de manger un dirham de ribâ (usure), sachant qu’Allâh sait que je l’ai mangé en connaissance de cause. »
‘Imrân ibn Al-Husayn : le ribâ annule le mérite des actes d’adoration
‘Imrân ibn Al-Husayn — qu’Allâh agrée — dit : « Allâh n’accepte pas le hajj d’un homme, ni sa ‘umra, ni son jihâd, ni son aumône, ni ses dépenses s’ils proviennent de ribâ (usure), de pot-de-vin, de trahison, de vol du butin ou de vol. » Puis il dit : « Les cinq contre les cinq. »
‘Abdullâh ibn Salâm : même le présent de l’emprunteur est un ribâ
Sa’îd ibn Burda rapporta d’après son père : « Je me rendis à Médine et rencontrai ‘Abdullâh ibn Salâm — qu’Allâh agrée —. Il dit : « Ne veux-tu pas venir que je te donne à manger de la semoule grillée et des dattes, et que tu entres dans notre maison ? » Puis il dit : « Tu habites dans une terre où le ribâ (l’usure) est répandu. Si quelqu’un te doit quelque chose et qu’il t’offre comme présent un himl (charge) de paille, d’orge ou de qatt (aliment de bétail), ne le prends surtout pas, car c’est un ribâ (usure). »
— Sa parole « où le ribâ est répandu » signifie : apparent et très propagé.
— Al-qatt : une variété d’aliments de bétail.
— Sa parole « c’est un ribâ (usure) » signifie : accepter le présent de l’emprunteur est semblable au ribâ (l’usure), en ce sens que c’est un surplus sur la dette de l’emprunteur.
Les prédécesseurs — qu’Allâh leur fasse miséricorde — évitaient par piété de chercher l’ombre du mur de l’emprunteur, de monter sa monture, de manger sa nourriture, de solliciter son intercession ou de bénéficier du moindre service de sa part, considérant que faire cela faisait partie du ribâ (l’usure).

