Le ribâ dans la Sunna : formes concrètes, paroles des savants et signes des temps

Après avoir établi la gravité du ribâ (l’usure) dans ses dimensions spirituelles et eschatologiques, la Sunna prophétique en précisa les manifestations pratiques dans les transactions quotidiennes. Les hadiths que nous allons présenter définissent avec rigueur les formes que prend le ribâ dans les échanges de biens et de monnaies — afin que le musulman puisse les reconnaître et les éviter. Nous conclurons par les paroles des savants et les signes annonciateurs de l’Heure liés à la propagation du ribâ, dont nous voyons de nos jours la réalisation.

Les formes concrètes du ribâ dans les transactions

L’interdiction de vendre une nourriture avant de l’avoir récupérée

Ibn ‘Abbâs — qu’Allâh agrée — rapporta que le Messager d’Allâh — que l’éloge d’Allâh et Son salut soient sur lui — a interdit de vendre une nourriture avant de l’avoir récupérée. On lui demanda : « Comment cela ? » Il dit : « Des dirhams contre des dirhams et la nourriture différée. »

Le ribâ dans l’échange inégal de denrées de même nature

Abû Sa’îd — qu’Allâh agrée — rapporta : « On apporta des dattes au Messager d’Allâh — que l’éloge d’Allâh et Son salut soient sur lui —. Il dit : « Que représentent ces dattes parmi nos dattes ? » Un homme dit : « Messager d’Allâh ! Nous avons vendu nos dattes, deux sâ’ contre un sâ’ de celui-ci. » Le Messager d’Allâh dit : « Ceci est le ribâ (l’usure). Rendez-le donc, puis vendez nos dattes et achetez-nous de celles-ci. » »

L’or contre l’or et l’argent contre l’argent : la règle de l’équivalence et du comptant

Mâlik ibn Aws rapporta qu’il voulut échanger (sarf) cent dinars. Talha ibn ‘Ubaydi-llâh l’appela. Ils négocièrent jusqu’à ce qu’un accord fût conclu. Talha commença à retourner l’or dans sa main, puis dit : « Attends que mon trésorier vienne du jardin. » ‘Umar — qu’Allâh agrée — qui écoutait dit alors : « Par Allâh ! Tu ne le quitteras pas tant que tu n’auras pas encaissé de lui. Le Messager d’Allâh — que l’éloge d’Allâh et Son salut soient sur lui — a dit :

« L’or contre l’or est un ribâ (usure), sauf : prends et donne ! Le blé contre le blé est un ribâ (usure), sauf : prends et donne ! L’orge contre l’orge est un ribâ (usure), sauf : prends et donne ! Les dattes contre les dattes sont un ribâ (usure), sauf : prends et donne ! »

Dans un autre récit, ‘Umar dit également : « L’argent contre l’or est un ribâ (usure), sauf : prends et donne ! »

La méthode à suivre est qu’il n’est pas permis de se séparer sans avoir accompli le règlement, de sorte qu’aucune des parties ne garde la moindre chose appartenant à l’autre — même si elle dit : « Je l’apporterai de la voiture ou du bureau de change. » Si les parties se séparent sans compléter le règlement, elles tombent dans le ribâ (l’usure) et la vente est non valide. Ce règlement immédiat s’applique à toutes les monnaies, quelles qu’elles soient : dinar contre dinar, ou dinar contre dirham, or ou argent. Il n’est en aucun cas permis de se séparer avant le règlement intégral.

L’interdiction de la mouzâbana : vendre des fruits frais contre des dattes sèches

Bashîr ibn Yasâr rapporta d’après quelques-uns des Compagnons du Messager d’Allâh — que l’éloge d’Allâh et Son salut soient sur lui — que le Messager d’Allâh a interdit la vente des fruits de palmiers frais contre des dattes sèches et dit :

« Ceci est le ribâ (l’usure). Celle-ci est la mouzâbana. »

La raison en est que lorsque le fruit frais du palmier sèche, il pèse moins que les dattes sèches ; une fois vendu, il devient donc inégal en poids ou en mesure.

L’échange inégal de dattes de qualités différentes

Abû Sa’îd Al-Khudriyy — qu’Allâh agrée — rapporta : « Bilâl apporta des dattes au Messager d’Allâh — que l’éloge d’Allâh et Son salut soient sur lui —. Il lui dit : « D’où cela te vient-il ? » Il dit : « J’avais des dattes de mauvaise qualité que j’ai vendues contre celles-ci. » Le Prophète lui dit :

« Oh ! Ceci est exactement le ribâ (l’usure). Ne l’approche donc pas. Au lieu de cela, vends tes dattes comme tu veux, puis achète avec cela ce qui te plaît. »

Cela s’applique à toutes les choses semblables et de même nature. On vend, puis on encaisse le prix et on achète ensuite ce que l’on veut — de la même personne ou d’une autre. La chose la plus sûre et la plus prudente est d’acheter d’une autre personne.

La règle générale : égalité de poids et encaissement immédiat

Abû Hurayra — qu’Allâh agrée — rapporta d’après le Prophète — que l’éloge d’Allâh et Son salut soient sur lui — :

« L’argent contre l’argent, en quantités égales, en poids égal. L’or contre l’or, en poids égal, en quantités égales. Celui qui ajoute un surplus, ceci sera un ribâ (usure). »

‘Usâma ibn Zayd — qu’Allâh agrée — rapporta que le Messager d’Allâh — que l’éloge d’Allâh et Son salut soient sur lui — dit :

« Il n’y a aucun ribâ (usure) dans ce qui s’effectue de main à main. »

Deux ventes dans une seule : une forme de ribâ

Ibn Mas’ûd — qu’Allâh agrée — dit : « Deux transactions dans une seule est un ribâ (usure). »

Abû Hurayra — qu’Allâh agrée — rapporta d’après le Prophète — que l’éloge d’Allâh et Son salut soient sur lui — :

« Celui qui vend deux ventes dans une seule n’en possède que la moindre, ou le ribâ (l’usure). »

Sa parole « la moindre » signifie : la plus petite des deux. Sa parole « ou le ribâ » signifie : ou lui et son compagnon entrent dans le ribâ interdit s’il ne prend pas la plus petite et prend la supérieure.

L’interdiction du ribâ dans les ventes à paiement différé entre monnaies

‘Abdullâh ibn ‘Umar — qu’Allâh agrée — rapporta que ‘Umar ibn Al-Khattâb dit : « Ne vendez pas l’or contre l’or sauf en quantités égales, et ne faites pas que l’un dépasse l’autre. Ne vendez pas l’argent contre l’argent sauf en quantités égales, et ne faites pas que l’un dépasse l’autre. Ne vendez pas l’argent contre l’or, l’un différé et l’autre au comptant. S’il te demande d’attendre le temps qu’il rentre chez lui, ne lui accorde pas ce délai. J’ai peur pour vous du rimâ’. Le rimâ’ est le ribâ (l’usure). »

Sa parole « ne faites pas que l’un dépasse l’autre » — lâ tashiffû dans le texte arabe — signifie : n’augmentez pas l’un sur l’autre et ne le diminuez pas. Al-wariq : l’argent.

La vente à paiement différé entre monnaies est un ribâ

Abû Al-Minhâl rapporta : « Un associé vendit de l’argent à paiement différé (nasî’a). Lorsqu’il m’en informa, je lui dis : « Ceci n’est pas valide. » Il me dit : « Par Allâh ! Je l’ai vendu au marché, et personne ne m’a reproché cela. » Je me rendis alors chez Al-Barâ’ ibn ‘Âzib et l’interrogeai à ce sujet. Il me dit : « Le Prophète — que l’éloge d’Allâh et Son salut soient sur lui — est arrivé à Médine alors que nous pratiquions cette vente. Il dit : « Ce qui s’effectue de main à main est valable ; seulement ce qui est à paiement différé (nasî’a) est un ribâ (usure). » » Puis il me dit : « Va voir Zayd ibn Arqam. » Je le vis, et il dit la même chose. »

Les Compagnons — qu’Allâh agrée — faisaient très attention à ne pas tomber dans le ribâ (l’usure), car ils le considéraient comme l’un des plus grands péchés et craignaient que celui qui s’y habituerait en devînt dépendant au point que la mort lui survînt avant qu’il ne s’en repentît. Ce qui les poussait à cette vigilance n’était que la sincérité de leur foi et la certitude en la promesse d’Allâh et en Sa menace. Invoquons la protection d’Allâh contre cela et repentons-nous à Lui.

Le profit tiré du dos de la monture d’un emprunteur est un ribâ

‘Abdullâh ibn Mas’ûd — qu’Allâh agrée — fut interrogé au sujet d’un homme qui avait emprunté des dirhams, puis avait prêté le dos de sa monture à son créancier. Il dit : « Tout profit qu’il a tiré du dos de sa monture est un ribâ (usure). » Ce jugement repose sur le principe que c’est un prêt ayant rapporté un profit.

 

Dans le prochain article, nous laisserons de côté les définitions juridiques pour nous tourner vers les avertissements des savants à travers les siècles. Leurs paroles, ancrées dans le Coran et la Sunna, révèlent à quel point le ribâ a toujours été au cœur des préoccupations des gardiens de cette religion. Nous verrons également comment les signes précurseurs de l’Heure liés à la propagation du ribâ, annoncés par le Prophète — que l’éloge d’Allâh et Son salut soient sur lui —, trouvent dans notre époque une réalisation dont nul homme lucide ne peut nier l’évidence.

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