Bismillâhi Rahmâni Râhim

Le Constat

Avant d’aborder en détail la proposition, je veux d’abord présenter un constat. Aujourd’hui l’humanité toute entière est dans une sorte de phase d’ébullition. Politiquement, économiquement,socialement… Tout est très instable et nous sentons cela de façon générale et collective. Le résultat est catastrophique d’un point de vue moral : Manque de confiance en soi, solitude, tristesse, nervosité, déprime, stress, mal de vivre, manque de motivation, précarité, perte de courage, désespoir…

Mais ce qui est encore plus étonnant c’est que les musulmans, qui sont censés être la nation phare de l’humanité de par leur spiritualité, leurs valeurs porteuses d’espoir et leur comportement serein, humble et doux, sont en réalité les premières victimes de ce type de maux. Nombreux sont ce que l’on appelle les « cas sociaux » chez nous : Femmes abandonnées seules ou sans enfant, personnes âgées seules, jeunes en manque de repère, personnes en dépression…

Ce constat est un (très) bref résumé de la situation des musulmans telle qu’on peut l’analyser en France. Ce constat, je le tiens de mon expérience car j’opère en effet dans une structure islamique sur Toulouse, et force est de constater que le manque de confiance en soi est un mal dominant chez la jeunesse, mal qui prend racine dans ce que les générations précédentes ont développé en terme de sentiments négatifs.

On constate cependant un désir d’évoluer, d’aller vers une amélioration. Mais les efforts sont très divergents et cette dispersion engendre parfois encore plus de maux. Nombreux sommes nous à apprendre la science, mais très rares sont les sages parmi les musulmans. Ces maux, comme je l’ai écrit plus haut, sont communs à l’ensemble de l’humanité. Or nous voyons se développer depuis quelques années des disciplines comme la PNL (programmation neurolinguistique), la communication non verbale, le coaching mental (mentorat)… Autant de disciplines qui apprennent à l’humain à fleurir de l’intérieur pour mieux vivre. Mais en vérité ces gens là n’ont rien inventé, puisqu’il y a environ 1400 de cela, notre bien-aimé (sallaAllahu 3aleyhi wa sallam) s’évertuait de la même façon à prendre soin des nécessiteux, des opprimés, des pauvres, en bref des malheureux afin de leur redonner le sourire, la confiance et l’espoir.

Des savants se sont déjà penchés sur la question, et on a pu voir ainsi des ouvrages publiés comme Renouvelle ta vie de Mohammed Al Ghazâli ou encore Jouis de ta vie de Mohammed Al Arifi. Mais le fait est qu’effectivement on doit aujourd’hui admettre qu’un des besoins fondamentaux de notre communauté aujourd’hui, c’est le besoin d’humanisme.

La proposition et ses objectifs

De ce fait j’en viens à la proposition que j’ai imaginé, celle d’un centre social islamique dans lequel les personnes en manque d’amour, de moral, de volonté ou autre viendraient discuter, échanger, prendre conseil… Il s’agirait d’une structure composée d’un local avec une cuisine (pour préparer à manger aux grands précaires), d’une grande salle pour accueillir des savants qui feraient des conférences sur le sujet, de salles de classe dans lesquelles ont dispenserait des cours sur le bon comportement, la meilleure façon de communiquer avec les gens, la confiance en Allah et en soi-même, etc… Nous pourrions y proposer des activités pour les jeunes et des échanges avec les personnes âgées afin que celles-ci puissent partager leurs expériences passées, ce qui les valoriserait et leur permettrait de se sentir moins seules. En outre il y aurait des cabinets afin que des spécialistes s’entretiennent avec des personnes en « difficulté d’ordre moral » pour faire un suivi personnalisé. Puis bien évidemment, il y aurait une salle de prière.

Les Moyens

Les principaux moyens pédagogiques prendraient source dans : Le Quran, la Sunna, les sciences relatives au adab, les exemples des prophètes et leurs façons de surmonter les épreuves, les exemples des compagnons…

Mais aussi : La PNL, la communication (verbale et non verbale), le coaching mental (bien entendu on exclu là toute forme d’hypnose, de manipulation ou de technique de mentalisme) et tout les moyens qui aident à la valorisation des personnes.

Les exigences que doit comporter un tel projet sont :

– Un bâtiment conçu de façon à ce que les frères et les sœurs soient séparés.

– Au moins une personne qualifiée dans les sciences islamiques, connue pour son comportement et sa sagesse (car science ne dit pas forcément sagesse). Une chez les frères et une chez les sœurs.

– Au moins deux personnes qualifiées dans les domaines du coaching et de la communication. Deux chez les frères et deux chez les sœurs.

– Au moins deux personnes s’occupant de la « maintenance » des locaux et de l’organisation des évènements. Deux chez les frères et deux chez les sœurs.

– Renouer un lien avec la nature, la méditation de la création d’Allah et le respect des plantes et des animaux font cruellement défaut à notre communauté aujourd’hui, pourtant ils sont
bénéfiques à la reconstruction psychique et mentale d’un individu.

– Laisser de côté toute polémique relative à des questions de fiqh, de hizb ou autre. L’objectif est d’aider, de rassembler de faire sourire et de faire briller, pas de diviser.

Cette énumération n’est pas exhaustive, mais pour résumer il faudrait des locaux adaptés et des intervenants suffisamment compétents pour accueillir un bon nombre de personnes en grand besoin affectif ou moral. L’objectif est de faire en sorte que le triste ressorte avec le sourire, que le faible devienne un peu plus fort, que les esseulés ressentent un peu de compagnie, que ceux qui ont faim puissent manger ne serait-ce qu’un bol de soupe chaude, que ceux qui ont peur s’y sentent à l’abri, que celui qui se sent mal y trouve de la sérénité…

De par mon expérience au sein de différentes structures associatives, islamiques ou non, je sais qu’il est extrêmement difficile de mettre en place un tel projet. Mais la clé de voûte d’un tel engagement c’est la communication entre les différents membres, la concertation (et non une hiérarchie avec une seule personne à sa tête), le sérieux (des personnes ponctuelles, qui ne parlent pas pour rien dire et qui font bien leur travail), le désintéressement…

Je pourrais encore développer sur plusieurs pages cette proposition, mais le message essentiel de tout cela, c’est qu’il faut prendre soin de faibles et les protéger, les valoriser et les rendre plus fort. Et Allah Est Le Protecteur par excellence. Qu’Il fortifie notre communauté, amine.

Dans un hadith rapporté dans Sahih Bukhari, il est question d’une longue discussion entre Héraclius, empereur des romains, et Abu Sufiane, pas encore musulman à l’époque. Le premier voulu savoir si Mohammed (SallAllahu aleyhi wa sallam) était bien un prophète, or il connaissait les caractéristiques des prophètes, il lui demanda donc :
— Est-ce alors les nobles qui le suivent ou les faibles ?
— C’est plutôt les faibles, répondit Abu Sufiane.
— Est-ce que leur nombre augmente ou est-ce qu’il diminue ?
— Leur nombre s’accroît plutôt.

Suivons l’exemple des prophètes, wa Salamu Aleykum wa Rahmatullahi wa Barakatuh.

par Abu Hanâe